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La classe politique se réunit au Chili pour mettre fin à la crise sociale

Des agents de police se tiennent devant des portes coulissantes en métal couvertes de graffitis. Un policier parle à un jeune homme qui balaie la rue.

Des agents de police gardent une station de métro fermée à Santiago, pendant que des citoyens ramassent les débris causés par les manifestations.

Photo : Reuters / Edgard Garrido

Agence France-Presse

Le président chilien Sebastian Piñera a réuni mardi les partis politiques pour tenter de trouver une issue à la violente crise sociale qui secoue le Chili depuis vendredi et qui a, jusqu'à maintenant, fait 15 morts.

Alors que de nouvelles manifestations et des grèves étaient annoncées, le président conservateur, qui jugeait dimanche son pays « en guerre », a changé de ton. Lundi soir, dans un message à la nation, il a annoncé une réunion avec l'ensemble des forces politiques.

Demain, je rencontrerai les présidents des partis, aussi bien du gouvernement que de l'opposition, pour explorer et j'espère avancer vers un accord social qui nous permette de nous rapprocher, tous unis, avec rapidité, efficacité et responsabilité, de meilleures solutions aux problèmes qui affectent les Chiliens, a déclaré le chef de l'État.

Les quelque 7,5 millions d'habitants de Santiago ont passé une troisième nuit sous couvre-feu, de 20 h à 6 h.

Le bilan des morts dans des incendies et des pillages est monté à 15 mardi, dont 11 dans la région de la capitale et 4 dans le reste du pays.

Nous avons un total de 15 morts dans le pays, dont 11 dans la région de Santiago, survenus lors d'incendies et de pillages principalement de centres commerciaux, a déclaré à la presse le sous-secrétaire à l'Intérieur, Rodrigo Ubilla. Parmi les personnes tuées hors de la capitale, trois l'ont été par balle, a-t-il ajouté.

De plus, 239 civils ont été blessés, ainsi qu'une cinquantaine de policiers et militaires. Un total de 2643 personnes ont été arrêtées.

Lundi soir, l'Institut national des droits humains (INDH), un organisme public indépendant, a indiqué que parmi les blessés, 84 avaient été atteints par des armes à feu.

L'état d'urgence en vigueur depuis vendredi soir dans la capitale est également appliqué à neuf autres des 16 régions du pays. Près de 20 000 policiers et soldats sont déployés. C'est la première fois que des militaires patrouillent dans les rues depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet, en 1990.

Plusieurs autres manifestations sont prévues

Les manifestations pourraient s'amplifier avec l'appel lancé par la Centrale unitaire de travailleurs (CUT), la plus grande confédération syndicale du pays, et 18 autres organisations à des grèves et manifestations mercredi et jeudi à Santiago.

Les syndicats de la santé publique ont également annoncé pour cette semaine une grève et des protestations devant le ministère de la Santé.

Les manifestations ont débuté vendredi pour protester contre une hausse du billet de métro. La mesure a été suspendue par le président, mais les émeutes se sont poursuivies, nourries par la colère devant les conditions socioéconomiques difficiles et les inégalités.

Dans ce pays de 18 millions d'habitants loué pour sa stabilité économique et politique, l'accès à la santé et à l'éducation relève presque uniquement du secteur privé.

Ce qui se passe n'est pas lié à la hausse de 30 pesos du prix du métro, mais à la situation depuis 30 ans. Il y a les retraites, les queues au dispensaire, les listes d'attente à l'hôpital, le prix des médicaments, les bas salaires, a expliqué Orlando, 55 ans, venu lundi manifester à bicyclette.

Tôt mardi, les rues étaient désertes à Santiago, avec des véhicules militaires patrouillant sur les avenues et des convois de policiers. Les forces de l'ordre vérifiaient les papiers des automobilistes pour s'assurer qu'ils avaient l'autorisation de circuler malgré le couvre-feu.

Des incendies et des pillages se sont encore produits durant la nuit ainsi que des manifestations isolées, dispersées par les forces de l'ordre.

La plaza Italia, épicentre des manifestations dans la capitale ces derniers jours, était, comme les rues adjacentes, jonchée des débris utilisés par les manifestants pour monter des barricades.

Des milliers de personnes s'étaient réunies la veille sur la place, tapant sur des casseroles ou criant Le Chili s'est réveillé . Malgré quelques échauffourées, la manifestation à Santiago s'est globalement déroulée dans le calme, mais des heurts ont notamment éclaté à Valparaiso, Concepcion et Maipu.

Après avoir tenté la veille de reprendre leurs activités, avec de longues files d'attente pour s'approvisionner, alors que des dizaines de supermarchés et de stations-service ont été saccagés ou incendiés, les Chiliens se préparaient à une nouvelle journée d'incertitude mardi.

À Santiago, le métro qui transporte quotidiennement quelque trois millions de personnes est fermé depuis vendredi après le saccage de 78 stations et des dégâts évalués à plus de 393 millions de dollars. Une seule des sept lignes fonctionnait mardi et plus de 4000 bus ont été déployés pour faciliter le transport des habitants.

Les cours ont été suspendus dans la quasi-totalité des écoles et universités de la capitale, mais les hôpitaux fonctionnent normalement.

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