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« Trudeau a eu le message sur la loi 21 », croit François Legault

François Legault et la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel derrière un micro.

Le premier ministre du Québec François Legault entend maintenir de bonnes relations avec le gouvernement minoritaire libéral.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

François Messier

Justin Trudeau n'a pas la légitimité requise pour contester la Loi sur la laïcité de l'État, estime le premier ministre du Québec, François Legault, au lendemain de l'élection d'un gouvernement libéral fédéral minoritaire.

En conférence de presse, mardi matin, M. Legault a affirmé que la résurgence du Bloc québécois, qui a triplé sa députation à la Chambre des communes, illustre le fait que le vote nationaliste s'est exprimé clairement lundi.

Même si les libéraux comptent toujours plus de députés que les bloquistes au Québec, M. Legault affirme que cela constitue un message très fort envoyé non seulement à M. Trudeau, mais aussi à l'ensemble des partis fédéraux.

C'est important que les partis fédéraux comprennent qu'une grande majorité de Québécois appuient l'interdiction des signes religieux pour les personnes en situation d'autorité, donc qu'ils devraient respecter la grande majorité des Québécois.

François Legault, premier ministre du Québec

Il a d'ailleurs dit croire que M. Trudeau a eu le message sur la loi 21. Il en tient pour preuve que le chef libéral a lui-même dit avoir entendu le message des Québécois dans son discours de victoire, la nuit dernière.

M. Trudeau a cependant livré un message ambigu, sans dire qu'il renoncerait à intervenir dans la contestation judiciaire de la loi, comme il l'a fait pendant la campagne électorale.

Mes chers Québécois, j’ai entendu votre message [...]. Vous voulez continuer d’avancer avec nous, mais vous voulez aussi vous assurer que la voix du Québec se porte encore plus à Ottawa. Je vous donne ma parole : mon équipe et moi serons là pour vous.

Extrait du discours prononcé lundi soir par Justin Trudeau

M. Legault dit d'ailleurs avoir ouvertement parlé de cet enjeu dans une conversation téléphonique très cordiale qu'il a eue jeudi matin avec son homologue fédéral. Il a profité de l'occasion pour l'inviter à venir discuter avec lui à Québec, a-t-il précisé.

Le premier ministre du Québec n'a cependant pas dit si Justin Trudeau s'était montré disposé à mettre de l'eau dans son vin au sujet de la loi sur la laïcité. Vous pourrez lui poser des questions, a-t-il répondu aux journalistes qui cherchaient à en apprendre davantage.

Blanchet refuse de dévoiler son jeu

S'adressant à la presse deux heures plus tard, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a répété qu'il défendra la loi sur la laïcité bec et ongles à Ottawa.

Avec la loi sur la laïcité, […] c’est : ce n’est pas votre juridiction, tassez-vous de là et ne financez pas ceux qui vont utiliser les ressources des Québécois contre une loi des Québécois.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Il n'a cependant pas voulu dire s'il pourrait déposer une motion de censure si le gouvernement Trudeau devait intervenir dans le dossier.

Je comprends que les attentes claires de l'Assemblée nationale du Québec et d’un nombre très important de Québécois sont quant à notre volonté de faire obstacle à tout ce qui irait contre la loi 21 sur la laïcité de l’État québécois, a-t-il dit.

Maintenant, je ne me prononce pas aujourd’hui sur le choix des outils parlementaires auxquels on aura recours.

Des ententes à venir

M. Legault a tout de même déclaré être confiant et convaincu qu'il pourra continuer de conclure des ententes avec le gouvernement minoritaire que dirigera M. Trudeau, comme cela s'est déjà produit dans des dossiers concernant la main-d'oeuvre et les infrastructures.

Il affirme qu'une entente dans le secteur du logement est à portée de main, et assure qu'il cherchera à en conclure d'autres sur les infrastructures, les travailleurs étrangers temporaires et le déploiement d'un service Internet haute vitesse dans les régions du Québec.

Le chef du gouvernement du Québec croit en outre qu'il est toujours possible de trouver des solutions pour que les Québécois puissent remplir une seule déclaration d'impôt gérée par le fisc québécois, même si le gouvernement Trudeau s'est montré réfractaire à cette suggestion.

Moi, je vais travailler avec les députés du Québec pour défendre les intérêts du Québec, mais mon interlocuteur, ce sera Justin Trudeau.

François Legault, premier ministre du Québec

Pendant la campagne électorale, M. Legault avait présenté une liste de demandes aux partis fédéraux. Outre le respect de la loi sur la laïcité, il demandait à ce que le Québec obtienne plus de pouvoirs en matière d'immigration.

Des bloquistes nationalistes ou indépendantistes?

François Legault refuse cependant de croire que le retour en force du Bloc québécois puisse donner une nouvelle impulsion au Parti québécois, qui prône lui aussi la souveraineté du Québec.

Les Québécois n'ont pas le goût de la souveraineté, a-t-il commenté, après avoir souligné qu'Yves-François Blanchet a lui-même convenu que la souveraineté n'était pas au coeur du mandat qu'il a sollicité auprès des Québécois, même s'il s'agit de l'objectif ultime de son parti.

Ce point de vue n'est pas partagé par le chef péquiste par intérim, Pascal Bérubé, qui n'a pas caché le bonheur que lui procurent les résultats inspirants obtenus par ses frères d'armes du Bloc québécois.

Je félicite Yves-François Blanchet pour sa campagne fantastique qui a permis d’élire 32 députés pas seulement nationalistes, 32 députés indépendantistes qui rentrent à la Chambre des communes, qui vont représenter les intérêts du Québec, sans renier leurs convictions.

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

Selon lui, M. Legault a tort de considérer M. Trudeau comme son seul interlocuteur, puisque ce dernier a déjà offert une fin de non-recevoir aux demandes de son gouvernement.

On a le même gouvernement qui tend à démontrer que le Canada est dysfonctionnel. Il est morcelé, il ne fonctionne pas pour les intérêts du Québec. Nous, on en a tiré des conclusions politiques il y a longtemps, a-t-il dit.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, est allée dans le même sens, en ajoutant une perspective environnementaliste à son analyse.

On est dans le même Canada qu'hier, c’est-à-dire un État pétrolier, un État qui continue de mettre de l’avant cette vision du pétrole comme énergie utilisable et qu’on peut utiliser, a-t-elle dit, avant de plaider que la seule solution à cette situation est l'indépendance du Québec.

Le chef libéral par intérim, Pierre Arcand, est resté à l'écart de ce débat. Il a cependant dit croire que le résultat du scrutin au Québec n’est pas une bonne nouvelle pour le premier ministre Legault dans la mesure où le Bloc n’a pas la balance du pouvoir.

J’ai plus de facilité à voir une entente entre les libéraux et le NPD plutôt qu’une entente entre les libéraux fédéraux et le Bloc, a-t-il commenté.

M. Arcand a par ailleurs continué de plaider que le gouvernement fédéral devrait rétablir des transferts fédéraux en santé, mais aussi agir pour régler les problèmes des producteurs de porc et de lait.

Les premiers font les frais d'un conflit commercial avec la Chine, tandis que les seconds attendent les compensations promises par le gouvernement Trudeau pour les brèches dans le système de gestion de l'offre qui se trouvent dans les derniers accords commerciaux signés par le Canada.

M. Blanchet a d'ailleurs demandé mardi à Justin Trudeau de convoquer le nouveau Parlement avant les Fêtes, afin de régler la question des compensations à verser aux producteurs laitiers.

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