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analyse

Le Québec et la deuxième chance de Justin Trudeau

M. Trudeau prenant la parole devant ses partisans.

Justin Trudeau aura la lourde tâche de diriger un pays largement divisé.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Michel C. Auger

Justin Trudeau a obtenu une deuxième chance avec un gouvernement minoritaire. Il peut dire merci aux Ontariens qui lui ont donné un contingent presque aussi important de députés qu’en 2015. Mais il devra s’interroger sur ce qui s’est passé au Québec avec la résurgence du Bloc québécois.

Au début de cette campagne électorale, les libéraux avaient de grandes attentes pour le Québec. Ils voyaient les sièges néo-démocrates qui avaient survécu à la vague orange comme des proies faciles et parlaient ouvertement de gagner jusqu’à une soixantaine de sièges au Québec.

À la fin, ils n’auront perdu qu’une poignée de sièges au Québec et, au moment d’écrire ces lignes, aucun de leurs ministres. Mais on peut quand même dire que, d’une certaine façon, ce sont les gains du Bloc québécois qui auront privé Justin Trudeau de sa majorité.

Cela est arrivé, largement, à cause de l’attitude de M. Trudeau envers le Québec. D’entrée de jeu, il a refusé de nommer un lieutenant québécois, une institution établie dans les partis politiques nationaux au Canada. « Pas besoin d’un lieutenant quand on a un général », disait-il.

Même son père avait reconnu la nécessité d’avoir un ministre québécois qui s’occupait de lui transmettre les attentes comme les critiques de ses concitoyens et de ses députés. Justin Trudeau a beaucoup souffert, comme premier ministre, de ne pas avoir ce canal privilégié avec le Québec.

Il lui faudra aussi reconnaître que les demandes de reconnaissance de la spécificité du Québec ne sont pas à être envoyées directement dans la filière des « vieilles chicanes » dont on n’a surtout pas besoin de s’occuper.

L’Ouest

Ce sera d’autant plus important de ne pas oublier le Québec que les résultats des libéraux dans l’Ouest et l’aliénation qu’ils démontrent risquent de s’imposer quasi automatiquement comme la grande priorité du gouvernement.

Il n’y a pas un seul député libéral dans les trois provinces des Prairies, au moins à l’ouest de Winnipeg, alors que les grands dossiers énergétiques et environnementaux sont en train de devenir une question presque identitaire dans l’ouest du pays.

Il n’y aura personne pour amener ce point de vue au sein du gouvernement. Ou encore pour contrer les arguments des premiers ministres Jason Kenney, Scott Moe ou Brian Pallister, qui ont fait très ouvertement campagne contre les libéraux et, en particulier, contre la taxe sur le carbone.

L’Ontario

Le gouvernement libéral devra aussi se garder de donner trop de place à l’Ontario, malgré le fait que la moitié de ses députés viendront de cette province et, en particulier, de la grande région de Toronto.

D’autant que bien des libéraux fédéraux ont la fâcheuse tendance à être plus intéressés à s’opposer au gouvernement provincial de Doug Ford qu’aux dossiers de politique fédérale.

Il y aura donc bien des dossiers qui pourraient prendre plus de place dans les priorités du gouvernement que ceux du Québec. Mais ce serait une grave erreur pour M. Trudeau d’avoir la même attitude envers sa province que lors de son premier mandat.

Parce que l’une des constantes de la politique canadienne est que c’est l’Ontario qui décide de la couleur du gouvernement, mais que c’est le Québec qui décide de son statut majoritaire ou minoritaire. Le résultat d’hier soir le démontre encore une fois.

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