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Témoignage accablant au procès de deux anciens tenanciers de bar accusés de viol

Photo des accusés : Gavin MacMillan et Enzo De Jesus Carrasco

Le propriétaire du bar College Street, Gavin MacMillan, et le gérant de l'établissement, Enzo De Jesus Carrasco.

Photo : Police de Toronto

Jean-Philippe Nadeau

À Toronto, une urgentologue spécialisée dans les effets de l'intoxication a témoigné pour la Couronne au procès des deux hommes accusés d'avoir séquestré et agressé une femme en décembre 2016 dans un bar de la ville. Le propriétaire de l'établissement, Gavin MacMillan, et son gérant, Enzo De Jesus Carrasco, ont plaidé non coupable à l'ouverture de leur procès il y a deux semaines. Le consentement de la présumée victime est au centre des plaidoiries.

Gavin MacMillan et Enzo De Jesus Carrasco sont notamment accusés d'avoir drogué une femme âgée d'une vingtaine d'années qu'ils ne connaissaient pas et de l'avoir confinée dans le sous-sol du bar College Street durant toute la nuit du 15 au 16 décembre 2016.

Outre les accusations de séquestration, ils sont aussi inculpés pour agression sexuelle en groupe.

La Couronne a tenté lundi de faire comprendre au jury que la présumée victime ne pouvait consentir à des relations sexuelles à cause de son état d'intoxication avancé. Elle a projeté des vidéos de surveillance qui montrent la femme entrer dans le bar complètement sobre.

On voit une illustration judiciaire de la détective Julia Lee de la Police de Toronto à la barre du procès des deux accusés.

La détective Julia Lee de la police de Toronto décrit au jury les vidéos des caméras de surveillance saisies dans le bar College Street.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

On la voit ensuite se faire offrir plusieurs consommations dans le courant de la soirée par l'un des accusés, puis ce qui ressemble à de la cocaïne selon les procureurs. La Couronne est par ailleurs convaincue que les deux accusés ont versé de la kétamine en poudre dans son verre.

La kétamine est un anesthésique dissociatif qui produit un sentiment de détachement de l'esprit et du corps, ce qui fait en sorte qu'un individu se souvient rarement de ce qui s'est produit la veille lorsqu'il en consomme.

La façade d'un bar avec une enseigne sur laquelle est écrit : College Street Bar. La photo a été prise de nuit.

Le bar College Street où la séquestration et l'agression présumées seraient survenues.

Photo : Radio-Canada / Lauren Pelley

Les vidéos montrent que la plaignante, malgré son état d'ébriété, s'est débattue par moments, lorsque l'un des deux hommes a commencé à la déshabiller. On y voit notamment les deux hommes la tenir, voire la tirer par les cheveux.

Les vidéos sont dépourvues de trame sonore, si bien qu'on ignore si les accusés giflent la femme pour la réanimer ou par plaisir.

On voit une capture d'écran de l'une des nombreuses vidéos que la Couronne présente au jury.

Dans cet extrait vidéo, Enzo De Jesus Carrasco prend par la main la plaignante pour la diriger vers le bar.

Photo : Ministère du Procureur général de l'Ontario

Il est en outre impossible d'entendre la teneur des conversations entre les trois adultes à moitié dévêtus, lorsque la femme apparaît par exemple éveillée dans le bureau des deux hommes au sous-sol de l'établissement.

D'autres passages des vidéos de surveillance portant sur les présumées agressions sexuelles sont trop perturbants pour être décrits, mais tous les enregistrements ont été projetés au jury une première fois au début du procès.

On voit une illustration judiciaire qui dépeint les deux accusés dans ce procès, Gavin MacMillan et Enzo De Jesus Carrasco.

Gavin MacMillan et Enzo De Jesus Carrasco regardent les vidéos de leur ancien établissement au côté de leurs avocats.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La plaignante est en revanche plus nonchalante à d'autres moments durant lesquels elle caresse la joue de l'un des accusés. On la voit surtout en train de tituber ou de chercher son équilibre, lorsqu'elle n'est pas soutenue carrément par l'un ou les deux accusés entre les moments où elle perd connaissance.

Interrogatoire de la Couronne

L'urgentologue, la Dre Kari Sampsel, a commenté les images qu'elle a redécouvertes à la barre. Elle se spécialise dans les cas de surdoses aux urgences, mais elle n'a en aucun cas examiné la plaignante, lorsque celle-ci s'est présentée à l'hôpital le soir du 16 décembre 2016.

La Dre Sampsel a été approchée par la Couronne pour apporter son expertise dans ce procès. Elle a confirmé que la plaignante peut difficilement se tenir debout. Ses muscles sont flasques et dénués de réflexes, ses facultés cognitives sont gravement affaiblies, elle semble incapable de prendre des décisions, a-t-elle dit.

On voit le propriétaire du bar College Street, Gavin MacMillan.

Gavin MacMillan donnait à l'époque des cours de barman certains soirs de la semaine.

Photo : Bar College Street

La médecin a ajouté que la femme est tellement ivre qu'elle perd connaissance durant la nuit avant de se réveiller sous les effets stimulants des deux drogues que la Couronne a évoquées.

La Dre Sampsel a expliqué que les effets de la kétamine auraient pu s'amplifier au fur et à mesure que les effets de l'alcool se dissipaient au petit matin. Son comportement indique qu'elle est gravement intoxiquée et qu'elle n'était probablement pas consciente de ce qu'elle faisait, a-t-elle poursuivi.

L'urgentologue a conclu qu'un tel niveau d'intoxication explique par ailleurs le fait que la femme ne se souvient plus très bien ce qui lui est arrivé comme l'a soutenu la Couronne dans son réquisitoire à l'ouverture du procès.

On voit Enzo de Jesus Carrasco, sortir du tribunal.

Enzo De Jesus Carrasco à la sortie du tribunal au premier jour de son procès le 7 octobre dernier.

Photo : Radio-Canada / CBC

La Couronne a la tâche difficile de prouver au-delà de tout doute raisonnable que la plaignante a bien été violée comme elle l'a affirmé aux policiers lorsqu'elle est rentrée chez elle vers midi le 16 décembre 2016.

Contre-interrogatoire de la défense

Dans son contre-interrogatoire, l'urgentologue a néanmoins affirmé que rien ne prouvait que la plaignante avait été droguée avec de la kétamine et qu'il ne s'agissait que d'une théorie de la Couronne que les procureurs lui avaient demandé d'explorer dans un courriel avant de la faire témoigner dans ce procès.

La défense reconnaît que de la kétamine a bien été saisie dans le bar par les policiers, mais que cela ne signifie pas que la présumée victime en a consommé à son insu.

Une femme colle un message en forme de coeur sur la vitrine d'un bar

Des personnes avaient affiché des messages de soutien aux personnes survivantes d'agression sexuelle sur la vitrine du bar College Street en décembre 2016.

Photo : Radio-Canada / CBC

L'urgentologue a par ailleurs reconnu que rien ne montrait que la plaignante n'était pas du tout consentante et que la piètre qualité des vidéos rendait son analyse difficile à ce sujet.

La Dre Sampsel a enfin avoué que la plaignante ne s'est jamais retrouvée dans un état complet d'ataxie (un trouble de la coordination des mouvements d'origine neurologique, NDLR) et que des lésions causées à des parties intimes d'une femme pouvaient également survenir dans des relations sexuelles rudes, mais consensuelles.

Toronto

Crimes et délits