•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un gouvernement libéral minoritaire pour un pays divisé

Justin Trudeau limite les dégâts et obtient un second mandat, mais devra se trouver des alliés face aux conservateurs.

Le couple est sur la scène devant une série de téléphone cellulaire tenus en l'air. Ils sourient à pleines dents.

Justin Trudeau et Sophie Grégoire Trudeau célèbrent la courte victoire des libéraux.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

François Messier

Justin Trudeau pourra diriger le gouvernement du Canada pour un second mandat, mais il sera contraint de le faire sans majorité à la Chambre des communes.

Au terme d'une campagne de 40 jours, les libéraux ont gagné dans 157 circonscriptions, soit un peu moins que les 170 sièges nécessaires pour détenir la majorité aux Communes. L'une de ces victoires doit toutefois être confirmée mardi, puisque 5 des 216 boîtes de scrutin n'ont pas encore été ouvertes dans Kitchener–Conestoga, où le libéral Tim Louis dispose d'une avance de 273 voix sur son adversaire conservateur Harold Albercht.

Les conservateurs d'Andrew Scheer ont pour leur part remporté 121 sièges, tandis que les néo-démocrates de Jagmeet Singh ont fait élire 24 députés.

Le Bloc québécois d'Yves-François Blanchet l'a quant à lui emporté dans 32 circonscriptions, soit trois fois plus qu'en 2015. Ce résultat permettra à la formation souverainiste de retrouver son statut de parti officiel aux Communes.

Le Parti vert d'Elizabeth May a fait élire 3 députés, soit 1 de plus qu'à la dissolution de la Chambre des communes, grâce à une percée à Fredericton. L'ex-libérale Jody Wilson-Raybould sera pour sa part de retour à la Chambre des communes à titre de députée indépendante de Vancouver Granville, contrairement à sa collègue Jane Philipott, battue dans Markham–Stouffville.

À l'échelle du pays, les conservateurs récoltent cependant plus d'appuis que les libéraux, avec 34,4 % des voix exprimées contre 33 %. Les néo-démocrates obtiennent 15,9 % des suffrages, le Bloc québécois, 7,7 %, et les verts, 6,5 %.

Deux jeunes hommes célèbrent la victoire de leur formation politique en levant la main vers le ciel.

Des militants libéraux s'étaient réunis au Palais des congrès de Montréal, lundi soir, pour suivre le déroulement de la soirée électorale. Ils n'ont pas été déçus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De manière générale, les libéraux auront réussi à se maintenir au pouvoir en préservant leurs acquis en Ontario, et plus particulièrement dans la grande région de Toronto.

Ils ont toutefois essuyé quelques pertes en Atlantique, où ils avaient remporté les 32 circonscriptions en 2015; au Québec, où le Bloc a davantage réussi à tirer profit de l'effondrement du vote néo-démocrate, notamment dans la banlieue montréalaise; et en Colombie-Britannique, où le vote a été très partagé.

Le Parti conservateur demeure pour sa part la formation politique préférée des électeurs dans les provinces des Prairies : il a notamment remporté toutes les circonscriptions de la Saskatchewan et de l'Alberta, à l'exception d'Edmonton-Strathcona, qui affiche les couleurs du Nouveau Parti démocratique (NPD).

M. Trudeau a été réélu dans la circonscription montréalaise de Papineau, et la grande majorité des membres de son cabinet ont été élus. Amarjeet Sohi a cependant été défait dans Edmonton Mill Woods, et Ralph Goodale s'est incliné dans Regina–Wascana.

Andrew Scheer a été réélu dans Regina—Qu'Appelle, en Saskatchewan, tout comme Jagmeet Singh dans Burnaby-Sud et Elizabeth May dans Saanich—Gulf Islands, tandis qu'Yves-François Blanchet a réussi à se faire élire dans Belœil—Chambly.

Le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, a cependant mordu la poussière, s'inclinant devant le conservateur Richard Lehoux dans la circonscription de Beauce. Son parti a recueilli 1,6 % des suffrages exprimés à l'échelle nationale.

Les Canadiens ont choisi un programme progressiste, dit Trudeau

Prenant la parole en pleine nuit, le premier ministre Justin Trudeau s'est félicité que les Canadiens aient rejeté la polarisation et la négativité, ainsi que le programme de compressions et d'austérité du Parti conservateur.

Ils ont plutôt fait le choix d'un programme progressiste, qui permettra de poser des gestes forts pour lutter contre les changements climatiques, rendre la vie plus abordable, réduire le nombre d'armes à feu en circulation et concrétiser la réconciliation avec les Premières Nations, a-t-il déclaré.

Depuis quatre ans, on fait tout ce qu'on peut pour améliorer la vie de tous. C'est ce qu'on va continuer de faire au cours des quatre prochaines années.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

M. Trudeau dit avoir entendu le message des Québécois, qui veulent, selon lui, continuer d'avancer avec les libéraux, mais aussi s'assurer que la voix du Québec porte encore plus à Ottawa.

Il a aussi dit aux électeurs de l'Alberta et de la Saskatchewan qu'il avait entendu [leur] frustration et qu'il allait tenter de rassembler le pays, sans offrir plus de détails.

Une mise en garde de Scheer

Justin Trudeau s'est adressé aux Canadiens au moment où son rival Andrew Scheer venait tout juste de prendre la parole, l'évinçant du coup des écrans de télévision.

M. Scheer regarde par terre.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a dû concéder la défaite, lundi soir, à Regina.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

M. Scheer a concédé la défaite, mais n'a pas manqué de souligner que son parti avait récolté plus de votes que les libéraux. Il a adopté une posture de défi devant M. Trudeau.

M. Trudeau, quand votre gouvernement va tomber, les conservateurs seront prêts, et nous allons gagner.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Jagmeet Singh a pour sa part déclaré que le NPD jouera un rôle constructif et positif dans le prochain Parlement. Tous les jours, nous allons travailler pour nous assurer que votre vie s'améliore, a-t-il déclaré devant ses partisans.

Les Canadiens ont envoyé un message clair ce soir. Ils veulent un gouvernement qui fonctionne pour eux, pas pour les plus riches et les multinationales, a-t-il ajouté. Il s'est aussi adressé aux Québécois, qui ont abandonné son parti.

Le chef néo-démocrate et son épouse, entourés de nombreux partisans survoltés.

Le NPD de Jagmeet Singh disposera de la balance du pouvoir dans le prochain Parlement.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet est apparu tout sourire pour son discours de fin de soirée aux allures de victoire. Nous revenons de loin, mais nous irons encore plus loin, a-t-il lancé aux militants de son parti.

À bien des égards, ce fut une campagne victorieuse. [...] Il y a quatre mois, six mois, on était encore des fous. Il y a des fous qui ont dit "oui", et ils s'en viennent à la Chambre des communes.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

M. Blanchet a également assuré que le Bloc québécois sera parlable, pourvu que le gouvernement le soit aussi. Il a rappelé que son parti entend appuyer les mesures qui seront bonnes pour le Québec, et il s'opposera à celles qu'il jugera nuisibles.

M. Blanchet sur scène, accompagné par sa conjointe, qui l’applaudi.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet était tout sourire, lundi soir, au National, et pour cause : les résultats récoltés par son parti ont dépassé les attentes, et de loin.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

La lutte continuera. Nous ne sommes pas déçus, a quant à elle déclaré Elizabeth May. Un gouvernement minoritaire, c’est tellement mieux qu’un gouvernement majoritaire.

Mme May regarde vers le haut, la bouche ouverte, visiblement déçue.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a accepté à contrecœur la défaite de sa formation politique, lundi soir.

Photo : Reuters / Kevin Light

Maxime Bernier a pour sa part indiqué que le Parti populaire du Canada poursuivra sa route. On va continuer à se battre. Je vais continuer à faire vivre le parti et à me représenter en Beauce, a-t-il déclaré.

Maxime Bernier lors de son discours de défaite.

Le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, a été défait dans sa propre circonscription.

Photo : Reuters / Mathieu Belanger

Plus de 27 millions de Canadiens étaient conviés aux urnes dans l’un ou l’autre des quelque 20 000 bureaux ouverts d’un océan à l’autre pour ces élections.

Élections Canada estime que le taux de participation a été de 65,94 %, un chiffre qui ne tient toutefois pas compte des électeurs qui se sont inscrits le jour de l'élection. En 2015, le taux de participation avait été de 68,3 %.

Un nombre record de 4,7 millions de personnes avaient déjà voté par anticipation du 11 au 14 octobre, selon les données préliminaires d'Élections Canada. Il s'agit d'une augmentation de 30,5 % par rapport à 2015.

Notre dossier Élections Canada 2019

La Chambre des communes comptes 338 sièges.

À la fin de la 42e législature, le Parti libéral comptait 177 députés; le Parti conservateur (PC), 95; le Nouveau Parti démocratique, 39; le Bloc québécois, 10; et le Parti vert, 2.

Le Parlement comptait aussi 8 députés indépendants, dont les ex-libérales Jane Philpott et Jody Wilson-Raybould, un député du Parti populaire du Canada (Maxime Bernier) et un autre du Parti social-démocratique (Erin Weir).

Politique fédérale

Politique