•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le gouvernement libanais annonce des réformes sans calmer la colère de la rue

Des manifestants agitent des drapeaux lors d'un rassemblement le long d'une autoroute.

La foule s'est rassemblée dans les rues pour une cinquième journée de suite.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Radio-Canada

Aux prises avec une mobilisation populaire sans précédent, le gouvernement libanais a adopté lundi une série de réformes longtemps bloquées. Néanmoins, les manifestants ont continué de crier leur colère en réaction à une classe politique accusée d'avoir laissé couler le pays.

À l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire, le premier ministre Saad Hariri a annoncé devant la presse l'adoption, par la coalition gouvernementale qu'il dirige, de mesures essentielles et nécessaires.

Il a notamment promis un budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population, une baisse de 50 % des salaires du président et des ex-présidents, ministres et députés, ainsi que de nouvelles taxes sur les banques.

M. Hariri a aussi assuré qu'il soutenait la demande des manifestants pour des élections anticipées. Votre voix est entendue, et si vous réclamez des élections anticipées, [...] moi, Saad Hariri, je suis personnellement avec vous. Les dernières législatives ont eu lieu en mai 2018.

« De la poudre aux yeux »

Retransmises en direct par des haut-parleurs installés sur les lieux des rassemblements géants du centre-ville de Beyrouth, les annonces de M. Hariri n'ont apparemment pas convaincu : elles ont été accueillies par les dizaines de milliers de manifestants aux cris des « révolution, révolution » et « le peuple veut la chute du régime », les slogans phares de la contestation.

Mensonge; c'est du mensonge. C'est de la poudre aux yeux. Qui peut garantir que ces réformes seront appliquées?

Chantal, une manifestante de 40 ans

S'adressant à la foule rassemblée dans les rues pour une cinquième journée de suite, le premier ministre a fait profil bas. Ces décisions n'ont pas été prises pour vous demander de cesser de manifester ou d'exprimer votre colère, a-t-il dit, ajoutant : C'est vous qui déciderez de le faire; personne ne vous impose de délai.

Vous êtes la boussole; c'est vous qui avez fait bouger le conseil des ministres, c'est votre mouvement qui a conduit aux décisions , a encore assuré M. Hariri.

Mais les appels au départ de toute la classe politique, jugée corrompue et incompétente sans exception, continuait lundi soir de faire l'unanimité : Tous, cela veut dire tous!

En début de soirée, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant la Banque du Liban (BDL), la banque centrale du pays. « La BDL représente le pouvoir politique, la corruption et les mauvaises politiques » publiques, a lancé à l'AFP l'un des manifestants, Mohamad Nahlé.

La colère populaire avait éclaté jeudi avec l'annonce surprise d'une nouvelle taxe sur les appels effectués au moyen des applications de messagerie Internet comme WhatsApp. La mesure a été rapidement annulée, mais la contestation a continué de grandir.

Il est difficile d'éteindre le volcan avec des solutions de dernière minute, a indiqué Imad Salamey, professeur de sciences politiques à l'Université libanaise américaine de Beyrouth, interrogé lundi par l'Agence France-Presse avant l'annonce du plan.

Pays paralysé

L'objectif de M. Hariri, selon la presse libanaise, était de susciter un « choc » en promettant la mise en œuvre de réformes rendues impossibles par les divisions et les bisbilles politiciennes.

Pendant ce temps, le quotidien a continué de se dégrader pour les Libanais, toujours aux prises avec d'incessantes coupures d'eau et d'électricité 30 ans après la fin de la guerre civile (1975-1990). Plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, rapporte la Banque mondiale.

Lundi matin, des manifestants ont bloqué de nombreuses routes partout au pays pour empêcher les employés d'aller au travail, tandis que les appels à descendre dans la rue se multipliaient sur les réseaux sociaux.

Banques, universités et écoles sont restées fermées, paralysant de nouveau le pays.

Dimanche, jour de repos, ils étaient des centaines de milliers dans les rues de tout le pays, du sud (à majorité chiite) aux villes chrétiennes ou druzes de l'est.

Des manifestants ont grimpé sur des statues à Beyrouth.

Inchangée depuis des décennies, cette classe politique est accusée d'affairisme et de corruption alors que les infrastructures du pays sont en déliquescence totale.

Photo : Reuters / Ali Hashisho

Dans une ambiance festive, les manifestants s'en sont pris directement à des leaders longtemps craints et respectés. Fait extraordinaire, ces slogans parfois insultants ont été scandés au cœur même de leurs fiefs.

Président du Parlement depuis près de 30 ans, le dirigeant chiite Nabih Berri a ainsi été fustigé pour s'être accroché depuis si longtemps au pouvoir. Qu'y avait-il avant Nabih Berri? Adam et Ève, pouvait-on lire sur une pancarte brandie dans la capitale.

M. Hariri avait menacé vendredi de manière voilée de démissionner en cas de rejet de son plan, mais selon la presse libanaise, Paris et Washington sont montés au créneau pour l'en dissuader.

Avec les informations de Agence France-Presse

Crises politiques

International