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Un troisième couvre-feu décrété dans la capitale du Chili

Des personnes réunies lors d'une manifestation dans un parc.

La contestation ne faiblit pas à Santiago même si le président a annulé la hausse des frais de transport.

Photo : Reuters / Ivan Alvarado

Radio-Canada

Un couvre-feu entrera en vigueur pour une troisième nuit de suite lundi soir à Santiago, a annoncé le général Javier Iturriaga, chargé d'assurer la sécurité publique depuis l'éclatement de violentes protestations sociales au Chili qui ont fait 11 morts.

Un premier couvre-feu nocturne avait été décrété dès samedi soir dans la capitale du Chili. Il a été renouvelé dans la nuit de dimanche à lundi, mais la capitale était toujours paralysée par des manifestations, lundi.

Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la Plaza Italia, dans le centre de la ville.

« Dehors, les militaires ! » criaient des manifestants à l'endroit des soldats et policiers déployés en nombre, a constaté l'Agence France-Presse. « Le Chili s'est réveillé, le Chili s'est réveillé ! » chantaient d'autres protestataires en tapant sur des casseroles avec plus de force chaque fois qu'un hélicoptère militaire survolait la foule.

Malgré quelques échauffourées entre manifestants et forces de l'ordre, la manifestation s'est déroulée majoritairement dans le calme dans la capitale. Des heurts ont toutefois éclaté lors de rassemblements dans plusieurs grandes villes du pays, à Valparaiso, à Concepción et à Maipu, notamment.

D'autres villes sont d'ailleurs également sous l'effet de couvre-feux, selon des médias chiliens, et l'état d'urgence en vigueur depuis vendredi soir dans la capitale concerne dorénavant 9 autres des 16 régions du pays.

Fortes inégalités

Les analystes mettent en cause les fortes inégalités sociales d’un pays qui a peu évolué depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet, même si ses indicateurs économiques font l’envie de ses voisins.

Premier producteur mondial de cuivre, le Chili connaît une croissance économique qui devrait atteindre 2,5 % cette année. L'inflation est contenue à 2 %; le taux de pauvreté à 8,6 %; et le revenu par habitant – qui dépasse 20 000 $ US par année – est le plus élevé de la région.

Mais cette réussite apparente masque des problèmes beaucoup plus profonds, explique la sociologue Lucia Dammert, de l’Université de Santiago du Chili.

De l’extérieur, on ne pouvait voir que les réussites du Chili, admet-elle. Mais à l'intérieur, il y a des niveaux élevés de fragmentation, de ségrégation, et une jeunesse qui, même si elle n'a pas vécu la dictature, a cessé de voter il y a de nombreuses années. Elle en a eu marre et elle est sortie dans la rue pour montrer sa colère et sa déception.

Le film des événements

C’est une faible augmentation du prix des tickets de métro – de 800 à 830 pesos, soit l'équivalent de 5 cents canadiens – qui a mis le feu aux poudres, vendredi, et qui a mené le président Sebastian Piñera à décréter l’état d’urgence à Santiago, puis dans plusieurs autres régions du pays. Mais comme le souligne Octavio Avendaño, sociologue et politologue à l’Université du Chili, cette hausse des frais de transport touche le quotidien de familles déjà lourdement endettées.

La tension s’est accumulée [au fil des années], et la frustration s’est renforcée chaque jour dans la vie quotidienne, souligne-t-il.

Les manifestations ont d'ailleurs continué malgré l’annulation de la hausse des frais de transport décrétée samedi par le président Piñera.

Selon une étude de l'Université de Saint-Sébastien et d'Equifax, un Chilien sur trois est incapable de faire face à son endettement avec ses ressources.

Ce phénomène serait notamment causé par le peu d’avantages sociaux accordés aux travailleurs. Car, sur le plan économique, bien peu de choses ont changé au Chili depuis le départ d’Augusto Pinochet : presque 30 ans plus tard, la santé, l’éducation et les retraites demeurent essentiellement aux mains d’intérêts privés.

Les protestataires dénoncent ainsi l'injustice d'un système économique qui favorise avant tout le capital, alors que le président Sebastian Piñera est lui-même l'un des hommes les plus riches du Chili et que son gouvernement compte de nombreuses personnalités issues du monde des affaires, perçues comme déconnectées de la réalité.

Le monde politique a son mea culpa à faire.

Lucia Dammert, professeure à l'Université de Santiago du Chili

De nombreuses pancartes brandies lors des manifestations de la fin de semaine faisaient d’ailleurs référence aux scandales de corruption dans lesquels ont été impliqués de puissants groupes économiques proches du chef de l'État.

Des gens contournent la vitre brisée d'un abribus pour monter dans un autobus.

Des arrêts d'autobus ont été vandalisés.

Photo : Getty Images / Pedro Ugarte

Près de 10 000 policiers et soldats ont été déployés dans la capitale. C’est la première fois que des patrouilles de militaires arpentent ces rues depuis la fin de la dictature, en 1990.

Une dizaine de soldats sont assis dans une camionnette de l'armée chilienne.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les militaires étaient très visibles, lundi, dans les rues de Santiago.

Photo : Reuters / Edgard Garrido

Le président Piñera a confié au général Javier Iturriaga de rétablir l’ordre à Santiago.

Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne et qui est prêt à faire usage de la violence et de la délinquance sans aucune limite.

Sebastian Piñera, président du Chili

Près de 1500 personnes ont été arrêtées dans tout le pays depuis le début des émeutes.

Avec les informations de Agence France-Presse

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