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Au Liban, Hariri répond à la crise par des réformes

Une femme, sur les épaules d'un homme, tient un drapeau libanais. Tout autour d'elle, une foule de manifestants.

Le Liban s'est engagé en 2018 à engager des réformes en contrepartie de promesses de prêts et de dons d'un montant total de 11,6 milliards de dollars, mais les moyens mis en œuvre par le gouvernement pour y arriver ne conviennent pas aux citoyens.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Agence France-Presse

Les principaux partis libanais, conspués depuis plusieurs jours dans les rues de pays, ont accepté une série de réformes proposées par le premier ministre Saad Hariri, a-t-on appris dimanche de source gouvernementale.

Face à la pression de la rue, M. Hariri avait donné vendredi trois jours à son gouvernement pour avaliser ses réformes jusque-là bloquées par les divisions politiques, un ultimatum qui expire lundi en début de soirée.

Les principaux dirigeants politiques ont répondu dimanche à cet ultimatum, acceptant notamment de ne plus imposer de nouveaux impôts et un programme de privatisations, a indiqué à l'AFP un responsable du gouvernement sous couvert de l'anonymat.

M. Hariri a envoyé son plan à toutes les parties concernées et a reçu leur accord, a indiqué ce responsable, citant notamment les deux grandes formations ayant la majorité au gouvernement, le Mouvement patriotique libre (MPL) et le Hezbollah. Un conseil des ministres devrait donner lundi matin son approbation formelle, en présence du président Michel Aoun.

Les dernières manifestations ont été déclenchées par l'annonce inopinée, jeudi, d'une nouvelle taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp.

Le discours télévisé du lendemain de M. Hariri a été largement interprété par les manifestants comme une tentative de sauver in extremis la classe politique huée dans la rue pour sa corruption et son incapacité à conduire des réformes dans un pays aux infrastructures déliquescentes.

Dimanche, pour le quatrième jour consécutif, les Libanais sont descendus dans tout le pays pour réclamer le départ de l'ensemble de la classe politique. La mobilisation a encore gagné en ampleur pour atteindre plusieurs centaines de milliers de personnes.

De Beyrouth à la ville à majorité sunnite de Tripoli, dans le nord, des localités chiites du sud aux villes druzes ou chrétiennes de l'est, les Libanais ont défilé pour exprimer leur ras-le-bol, au quatrième jour d'un mouvement d'une ampleur inédite qui a paralysé le pays.

Partout, sous une nuée de drapeaux libanais, des foules compactes ont repris les slogans du Printemps arabe qui rythment désormais leur révolte : « Révolution, révolution », « Le peuple veut la chute du régime »...

Dans le centre-ville de Beyrouth noir de monde, devenu le cœur névralgique de la contestation, la foule continuait de grossir en début de soirée, selon les journalistes de l'AFP sur place.

Un homme avec le visage maquillé de rouge et de vert et qui porte sur ses épaules une fillette.

Plusieurs manifestants arborent le maquillage du personnage fictif du Joker durant les rassemblements qui se tiennent dans tout le pays depuis plusieurs jours.

Photo : Reuters / Ali Hashisho

De nouveaux slogans sont apparus sur les murs : « Le Liban est au peuple », « La patrie pour les riches, le patriotisme pour les pauvres ».

Les manifestants, de tous les âges et de tous les milieux, ont néanmoins continué de se rassembler jour et nuit dans la rue.

À Beyrouth, Zalfa Aboukaïs, une employée de 27 ans, manifeste contre les voyous au pouvoir depuis 30 ans, soit depuis la fin de la guerre civile en 1990. Elle a écrit le nom de députés libanais sur des bouts de papier qu'elle accroche patiemment sur les barbelés installés par les forces de l'ordre pour contenir la foule. Tous des voleurs, dit-elle, cinglante.

Des manifestants ont grimpé sur des statues à Beyrouth.

Inchangée depuis des décennies, cette classe politique est accusée d'affairisme et de corruption alors que les infrastructures du pays sont en déliquescence totale.

Photo : Reuters / Ali Hashisho

M. Hariri avait laissé entendre qu'il pourrait démissionner lundi s'il ne réussissait pas à obtenir un feu vert pour ses réformes, dont celle très attendue par les Libanais d'une refonte du secteur de l'Énergie pour mettre fin aux incessantes coupures d'électricité qui minent leur quotidien.

Affairisme et corruption de la classe politique

Allié de M. Hariri, le parti chrétien des Forces libanaises a lui annoncé samedi la démission de ses quatre ministres du gouvernement, une initiative accueillie dans la liesse par les manifestants. Mais le slogan « Tous veut dire Tous » a été aussitôt crié, pour dire l'exigence d'un renouvellement de toute la classe politique, y compris donc du côté du président Michel Aoun et de ses alliés du Hezbollah.

Inchangée depuis des décennies, cette classe politique est accusée d'affairisme et de corruption, notamment parce que les infrastructures du pays sont en déliquescence totale.

Saad Hariri s'adresse aux journalistes.

Le premier ministre du Liban, Saad Hariri, avait annoncé qu'il pourrait démissionner lundi s'il n'obtenait pas de soutien politique pour ses réformes.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Des craintes d'une dévaluation pour la première fois en 22 ans de la livre libanaise, synonyme d'un nouvel appauvrissement dans une économie « dollarisée », avaient déjà fait monter la colère de la population ces dernières semaines.

Nous ne voulons plus que des gens aient à supplier pour obtenir des droits fondamentaux et des services que l'État est censé leur prodiguer, déclarait un autre manifestant à Beyrouth, Dani Mourtada, 26 ans.

Après des incidents violents et des actes de vandalisme dans le centre de Beyrouth dans la nuit de vendredi à samedi, une ambiance joyeuse et bon enfant a repris le dessus. À Beyrouth, on fumait dimanche des chichas et on jouait aux cartes dans la rue. Certains accompagnaient les slogans avec des instruments de musique.

À Tripoli, une ville pourtant conservatrice, la foule massée place al-Nour a dansé tard samedi soir au rythme d'une musique animée par un DJ et diffusée via haut-parleurs. Fait marquant, la contestation a aussi gagné des fiefs du Hezbollah et du mouvement Amal, dans le sud du pays.

Dans la ville de Tyr (sud), les pêcheurs ont manifesté dans leurs barques en portant des drapeaux libanais alors que la foule les suivait en défilant sur le port.

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