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« Chaque personne a son bon français » : l’insécurité linguistique en Nouvelle-Écosse

Un drapeau de l'Acadie en Nouvelle-Écosse

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Radio-Canada

Depuis les déclarations de Denise Bombardier sur la situation du français à l'extérieur du Québec, la question de la langue fait jaser en Acadie. Le thème de l’assemblée générale annuelle de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), qui se réunissait à Dartmouth, dans la région d’Halifax, est d’ailleurs la sécurité linguistique. 

Il n’est pas rare de croiser des francophones vivant en milieu minoritaire qui disent se sentir jugés pour leur accent, ou la qualité de leur français. Croisé à l’assemblée de la FANE, un membre de la Société acadienne de Clare explique avoir déjà été l’objet de ce genre de remarques.

Ça m'est arrivé à quelques reprises de me sentir attaqué dans mon français, confie Adrien Comeau. Il relate une expérience vécue à l’Université Sainte-Anne où, après la présentation en classe d’un ouvrage acadien, un étudiant international a dit être déçu de ce qu’il venait de lire, car à son avis ce n'était pas un français moderne et un français standardisé.

Adrien Comeau regarde la caméra. Il est devant un mur blanc.

Adrien Comeau

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Ça m'a touché de très loin, car c'est notre français. On est au Canada, on a le droit de parler le français qu'on veut. Il n’y en a pas un, français, qui est mauvais, affirme le jeune Acadien.

Chaque personne a son propre français, et chaque personne a son bon français, croit fermement Adrien Comeau. Il n'y a personne qui a le mauvais français.

Si, moi, je parle le français, c'est mon bon français. Si, toi, tu le parles, c'est ton bon français.

Adrien Comeau, Acadien de la Nouvelle-Écosse

Une double discrimination linguistique

Ces complexes liés à la langue touchent en particulier les jeunes, à un âge où ils bâtissent leur confiance. La linguiste Sally Ross rappelle que ces attitudes envers les francophones hors Québec ne sont pas nouvelles.

Depuis des siècles, soutient-elle, les Acadiens de la Nouvelle-Écosse, en particulier, font l’objet d’une double discrimination linguistique.

D'une part, ils ont été jugés en raison de leur accent et de leur vocabulaire qui diffèrent du français soi-disant standard et normalisé, et d'autre part, ils ont été discriminés par les anglophones qui ne toléraient pas la langue [française], explique-t-elle.

Sally Ross devant un mur blanc.

Sally Ross, linguiste

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

En fin de semaine, les membres de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse discutent de solutions et tentent de développer une stratégie d'avenir.

Il faut connaître l'histoire acadienne pour comprendre pourquoi il y a des accents, insiste Sally Ross. Nous n'avons pas eu l'Académie française et nous n'avons pas l'Office de la langue française pour nous “corriger” et nous dire constamment d'être comme des bons petits soldats et d'accorder les verbes comme il faut.

Au final, on retient de cette réunion de la FANE que la force du français, c'est les nombreuses couleurs et les nombreux accents de l'Acadie néo-écossaise. 

Je pense que les gens doivent apprendre que le français, c'est leur français. Peu importe ce que quelqu’un vous dit, n'arrêtez pas de parler! conclut Adrien Comeau.

D’après un reportage de Stéphanie Blanchet

Nouvelle-Écosse

Francophonie