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Les enjeux de l’Est à peine survolés en campagne, déplorent des élus

Un petit village au bord du fleuve.

Paysage gaspésien en automne

Photo : Radio-Canada

Laurence Gallant

Assurance-emploi, environnement, occupation du territoire, communautés autochtones, compensations aux agriculteurs... Alors que la campagne électorale fédérale tire à sa fin, plusieurs enjeux qui touchent la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine n’ont pas suffisamment été abordés par les candidats, estiment plusieurs élus de l’Est-du-Québec.

Comme toutes les campagnes électorales, on ne fait jamais le tour des enjeux importants, on est en superficie. Je pense que c’est typique d’une campagne électorale, affirme de prime abord le maire de Sept-Îles et préfet de la MRC des Sept-Rivières, Réjean Porlier.

Pour moi, les grands oubliés de la campagne, c’est encore les régions, déclare pour sa part le préfet de la MRC de la Minganie, Luc Noël.

C’est que les différents partis qui se sont affrontés durant près de 40 jours n’ont pas touché au cœur des enjeux des régions, aux yeux de nombreux élus.

Bonification de l’assurance-emploi

Ils estiment notamment que la réalité des travailleurs saisonniers aurait dû être davantage abordée.

Le fameux trou noir, il existe encore. On sait qu’on est dans les régions ressources, dans les régions où il y a beaucoup de tourisme. On a beaucoup de travailleurs qui vivent ces situations-là, et ce n’est pas réglé.

Francis St-Pierre, préfet de la MRC de Rimouski-Neigette
Francis St-Pierre.

Francis St-Pierre, préfet de la MRC de Rimouski-Neigette

Photo : Radio-Canada

Le préfet de la MRC de Rimouski-Neigette se dit inquiet dans le dossier de l’assurance-emploi et déplore le fait que certaines personnes ne comprennent toujours pas la réalité des travailleurs saisonniers.

Le tourisme, au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, oui, il y en a en hiver et à l’automne, mais c’est majoritairement l’été. Le travail en forêt, c’est majoritairement l’été. Les pêches, quand le fleuve est gelé, on ne va pas à la pêche. Il y a des travailleurs qui n’ont pas le choix d’être sur le chômage, explique Francis St-Pierre.

Même écho de l’autre côté du fleuve : Il y a des mesures qui auraient dû être prises ça fait longtemps, pour justement changer le calcul des prestations, affirme Luc Noël.

Luc Noël est préfet de la MRC de la Minganie

Luc Noël est préfet de la MRC de la Minganie

Photo : Radio-Canada

Le préfet de la MRC de la Minganie aimerait de surcroît que les prestations de maladie pour les bénéficiaires de l’assurance-emploi soient bonifiées.

Le travail saisonnier fait partie de notre culture économique. [...] Dans notre région, cette structure économique-là représente quasiment 25, 30 % de l’emploi.

Luc Noël, préfet de la MRC de la Minganie

Les travailleurs qui ont un emploi saisonnier, ce n’est pas vrai qu’on peut les prendre et les déplacer partout sur le territoire. Et lorsqu’on demande à ces gens-là de faire autre chose, le risque, c’est qu’on n’ait plus nos travailleurs saisonniers pour faire, par exemple, toute la question de la pêche, de la forêt. [...] Il faut protéger ces emplois-là, affirme pour sa part le préfet de la MRC des Sept-Rivières, Réjean Porlier.

Manifestants devant le bureau de Service Canada à Cap-aux-Meules.

Manifestants devant le bureau de Service Canada à Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine.

Photo : Anatole Chiasson

Le représentant de la MRC de Rimouski-Neigette craint par ailleurs que les compensations promises aux producteurs laitiers touchés par la renégociation des accords internationaux ne se concrétisent pas, après les élections du 21 octobre.

Le chèque est peut-être dans la malle à quelque part, mais il n’est pas rentré. Après l’élection, qu’est-ce que ça va être? Moi, ça m’inquiète.

Francis St-Pierre, préfet de la MRC de Rimouski-Neigette

Environnement et Premières Nations

Réjean Porlier aurait aimé voir des partis qui étayent davantage des actions concrètes et sérieuses durant la campagne électorale, notamment en ce qui a trait à l’environnement et aux conditions de vie des communautés autochtones.

Il aurait espéré un plan d’action pour changer les choses, pour faire en sorte d’aider les communautés à s’en sortir; l’éducation devrait être au cœur de tout ça, mais c’est des choses dont on parle très peu.

Notre dossier Élections Canada 2019

M. Porlier juge que les changements climatiques devraient être abordés davantage de front, alors que pour l’instant on pellète par en avant.

Face à l’érosion des berges, par exemple, le maire de Sept-Îles estime qu’au-delà des compensations financières, les dirigeants de tous les ordres de gouvernement devraient se préparer à déplacer les citoyens qui seront éventuellement à risque, avant d’avoir à gérer une crise.

Réjean Porlier.

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier

Photo : Radio-Canada

En donnant l'exemple de l’enjeu du prolongement de la route 138, Réjean Porlier souhaiterait entendre les politiciens expliquer pourquoi ce dossier est important, au-delà des promesses.

Et il y a plusieurs réponses à ça. Est-ce qu’on peut penser que la Côte-Nord une fois désenclavée, ça devient à quelque part le centre de quelque chose, ça va être bon pour l’économie, ça va être bon pour le tourisme, ça va être bon pour les communautés qui sont isolées? Mais on n’en parle pas, de ces choses-là, on ne le voit pas dans un plan d’ensemble, c’est ce qui me fait dire qu’on demeure toujours en superficie dans ces grandes campagnes électorales-là, affirme-t-il.

Occupation du territoire

Pour les élus interrogés, l’occupation du territoire et la question du pouvoir décisionnel des régions demeurent centrales et auraient dû être traitées davantage durant la campagne électorale fédérale.

Ce qu’on oublie, c’est que les gouvernements, quand ils sont élus, ils transigent avec les grandes villes, jamais avec les régions, jamais avec les petites municipalités.

Luc Noël, préfet de la MRC de la Minganie

Les régions demeurent des pôles de développement qui contribuent à la richesse de la collectivité, mais elles ne reçoivent toujours que des miettes, dénonce Luc Noël.

La route 138 sur la Côte-Nord.

La route 138 à Natashquan, en Minganie

Photo : Radio-Canada

Selon le préfet de la Minganie, le gouvernement fédéral devrait contribuer à rapprocher le centre des décisions le plus près possible des citoyens, tant en ce qui a trait au transport, au logement, qu’aux infrastructures portuaires et aéroportuaires.

De son côté, Réjean Porlier constate de l’improvisation dans plusieurs dossiers, ce qui peut contribuer au cynisme ambiant, juge-t-il.

Le Canada devrait aussi avoir une stratégie d’occupation du territoire. On devrait comprendre l’importance des infrastructures et non seulement pour répondre à un besoin criant, parce que justement les gens crient, il faut que ça s’inscrive dans un plan stratégique global, des actions concrètes, lesquelles sont mesurables, et on pourrait mesurer notre plan à tous les ans, martèle le maire.

Dans le cas du préfet Francis St-Pierre, il déplore que le citoyen moyen a comme l’impression que la campagne électorale ne s’est faite seulement qu’au national.

Avec la collaboration de Denis Leduc

Bas-Saint-Laurent

Politique fédérale