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Le PCC derrière une campagne visant à « détruire » le parti de Maxime Bernier

Une campagne afin d’exclure le chef du Parti populaire des débats a été mise sur pied par Daisy Group pour un client anonyme, qui était en fait le Parti conservateur.

Maxime Bernier dans les studios de Radio-Canada

Le fondateur et chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Jeff Yates
Kaleigh Rogers
Andrea Bellemare

Une entreprise ontarienne de communications politiques, Daisy Group, a créé une campagne sur les médias sociaux afin de déstabiliser le Parti populaire du Canada (PPC) et de garder la formation de Maxime Bernier à l’écart des débats des chefs fédéraux en français et en anglais, montrent des documents obtenus par CBC/Radio-Canada.

Les documents décrivent le travail effectué par plusieurs employés de Daisy Group pour un client anonyme. Mais une source bien au fait du dossier a affirmé à CBC/Radio-Canada que ce client était le Parti conservateur du Canada (PCC).

Cette nouvelle a d’abord été rapportée vendredi soir par le Globe and Mail.

Selon une source confidentielle de CBC News, l’objectif du plan, nommé « projet Cactus » par l'entreprise Daisy Group, était de faire mieux paraître les conservateurs auprès des électeurs en mettant l’accent sur les commentaires xénophobes des candidats et des partisans du PPC sur les réseaux sociaux.

Cette source a ajouté que quatre employés ont travaillé à plein temps à un certain moment sur ce projet.

Daisy Group a été fondée en 2006 par Warren Kinsella, un avocat, militant antihaine et ancien stratège libéral qui est critique du chef libéral Justin Trudeau. Sur le site web de l'entreprise, on apprend que M. Kinsella a été directeur des campagnes libérales fédérales en 1993 et en 2000. De 1990 à 1993, il a été adjoint spécial du chef libéral Jean Chrétien et il a occupé des fonctions de chef de cabinet de 1993 à 1996 au sein de plusieurs ministères fédéraux.

Lorsque CBC/Radio-Canada a demandé à Warren Kinsella de commenter la nouvelle vendredi soir, il y est allé d'une courte déclaration. Nous ne parlons jamais des affaires de nos clients. Toutefois, nous avons toujours combattu fièrement le racisme et l'intolérance, a-t-il affirmé.

Questionné par CBC News, le Parti conservateur a quant à lui refusé de commenter l'affaire. Nous n’offrons pas de commentaires sur les fournisseurs que nous embauchons ou non, a dit le porte-parole Simon Jeffries.

En juillet, la leader du Parti vert, Elizabeth May, a par ailleurs dû répondre aux critiques de ses troupes lorsque la presse a rapporté que sa formation avait accordé un mandat à Warren Kinsella.

Mme May a affirmé au Toronto Star que le mandat de M. Kinsella, qui devait mettre sur pied une unité de communication à réponse rapide, a été de courte durée.

Maxime Bernier « abasourdi et choqué »

Le chef du Parti populaire n’a pas tardé à réagir sur Twitter, dénonçant une atteinte à l’intégrité de notre processus démocratique.

Je suis abasourdi et choqué d’apprendre qu’Andrew Scheer et Hamish Marshall ont payé des salisseurs professionnels pour discréditer notre parti, a-t-il écrit, évoquant ici le directeur de la campagne électorale du Parti conservateur.

J’ai quitté le PCC après avoir réalisé qu’il était devenu moralement et intellectuellement corrompu. Qui peut maintenant en douter?

Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada

La nouvelle du Globe and Mail prouve que les accusations constantes de racisme, les démissions suspectes de membres d’exécutifs et de candidats, les fausses lettres et d’autres histoires ont probablement été arrangées par Warren Kinsella pour ses clients conservateurs, a-t-il poursuivi.

Dans une déclaration transmise à CBC/Radio-Canada vendredi soir, la directrice générale du PPC, Johanne Mennie, a soutenu qu’il n’est guère surprenant que le Parti conservateur du Canada soit à l’origine de stratégies aussi honteuses et lâches.

Comme notre chef, Maxime Bernier, a affirmé lorsqu’il a quitté le PCC et qu’il a répété maintes fois, ce parti est moralement et intellectuellement corrompu. Aujourd’hui, cette histoire le prouve hors de tout doute, a-t-elle ajouté.

Déstabiliser le Parti populaire en trois étapes

Les documents consultés par CBC/Radio-Canada mettent en lumière un plan pour « traquer et détruire » (« seek and destroy ») le PPC et empêcher son chef, Maxime Bernier, de participer aux débats des leaders fédéraux. Le projet Cactus devait se dérouler en trois phases, selon les documents.

La phase initiale, qui devait avoir lieu en mars et en avril 2019, portait sur la création d’une image de marque négative.

La seconde étape, identifiée comme « la phase de lancement » et connue sous le vocable de « traquer et détruire », allait du 16 avril au 30 juin, c'est-à-dire jusqu'au début de la période préélectorale, moment où de nouvelles restrictions entraient en vigueur concernant la publicité par des tiers.

Enfin, la troisième phase était celle de la mise en oeuvre et devait démarrer le 1er juillet. Au cours de cette phase, une équipe devait tenter de déstabiliser Maxime Bernier et le PPC en les faisant déroger de leur message politique et en forçant la nouvelle formation à défendre des exemples de discours haineux ou racistes. Pour atteindre cet objectif, Daisy Group a mis sur un pied un groupe nommé STAMP Out Hate.

Standing Together Against Misogyny and Prejudice (STAMP) a rejoint Twitter en avril 2019.

Standing Together Against Misogyny and Prejudice (STAMP) a rejoint Twitter en avril 2019.

Photo : Radio-Canada

Brouiller les pistes quant à l'identité du client

Des échanges provenant d’un groupe de discussion créé spécialement pour le projet Cactus sur le service de messagerie WhatsApp ont été fournis à CBC/Radio-Canada. Des employés y composent des ébauches de tweets et demandent l’approbation de Warren Kinsella.

Ces tweets ont ensuite été publiés sur le compte Twitter du groupe STAMP Out Hate, créé le 24 avril 2019 pour le compte d'un organisme sans but lucratif géré par Daisy Group.

Dans des documents produits avant le lancement du projet Cactus, et dont CBC/Radio-Canada a obtenu copie, Daisy Group décrit STAMP Out Hate comme un écran pour le projet de son client, le Parti conservateur.

Daisy va créer une organisation sans liens apparents avec le projet et qui ne pourra pas être associée au client ou à toute organisation qui y participe. [STAMP] mènera une campagne de relations publiques par procuration qui permettra aux vrais Canadiens de faire la lumière sur les préjugés et la haine associée au PPC, écrivait un consultant de Daisy Group.

Ce compte a vertement critiqué le Parti populaire, ses candidats et ses partisans jusqu’au 29 juin, soit un jour avant qu'entrent en vigueur de nouvelles règles régissant les dépenses de tiers lors d’élections. Le compte a depuis cessé d’attaquer le parti de Maxime Bernier, mais a continué de tweeter des messages dénonçant le racisme.

Rien n'indique que le projet Cactus a transgressé les règles qui sont entrées en vigueur le 30 juin. Daisy [Group] travaillera à s’assurer que cette campagne ne sera pas considérée comme celle d’une tierce partie [en vertu de la Loi électorale du Canada], peut-on lire dans des courriels concernant le projet Cactus.

Dans les échanges provenant du groupe de discussion WhatsApp, un employé demande à quel moment les règles concernant les dépenses des tiers lors d'élections entreront en vigueur. Un collègue lui indique : « Le 30 juin. » L'employé lui répond : « Génial, merci! »

CBC News a tenté de contacter plusieurs employés ayant participé à cette discussion. Ceux qui ont répondu ont dit qu'ils ne feraient pas de commentaires.

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