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« Madame, tous les votes comptent. J’ai perdu par neuf voix en 2011. »

Bernard Généreux, le candidat qui ne vit pas des soirées électorales comme les autres.

Le député sortant et candidat conservateur Bernard Généraux regarde ses messages sur son téléphone mobile dans son bureau de campagne de Rivière-du-Loup.

Le député sortant et candidat conservateur Bernard Généraux dans son bureau de campagne de Rivière-du-Loup.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Marc Godbout

Que se passera-t-il dans la tête de Bernard Généreux lundi soir? Ce député sortant est le seul candidat à avoir affronté deux dépouillements judiciaires. Dans Montmagny–L’Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup, des juges avaient dû mettre fin à de longs suspenses en 2011 et en 2015. S’il existe un endroit où les électeurs n’osent plus y aller de prédictions, c’est bien dans cette circonscription.

Bernard Généreux a soudainement les larmes aux yeux. Le simple fait de revenir sur ce qui s’est produit en 2011 le remue. Ça change son homme, on ne voit pas les choses de la même façon après.

Le député conservateur était pourtant confiant, peut-être même trop. Élu pour la première fois lors d'une élection partielle deux ans plus tôt, il était convaincu que les électeurs allaient lui confier un nouveau mandat quand Stephen Harper a déclenché des élections générales.

Le soir du 2 mai 2011, Bernard Généreux est d’abord donné vainqueur avec 110 voix de plus que le candidat néo-démocrate. Le lendemain du scrutin, revirement. Son téléphone sonne, on lui annonce qu’il a plutôt perdu.

Onze jours après l’élection et la vague orange, le dépouillement judiciaire confirme que Bernard Généreux est délogé par neuf voix. J’ai été sur le banc de punition pendant quatre ans. J’y ai pensé tous les jours et ça a été une leçon d’humilité.

Des gens avaient dit après ma défaite que j’étais hautain. Ils avaient l’impression que j’étais au-dessus de mes affaires. Ça m’a tellement fait mal que j’ai dû travailler sur ma personnalité.

Bernard Généreux, député sortant et candidat conservateur

En 2015, le candidat conservateur prend sa revanche, mais il doit passer au travers d’un autre dépouillement judiciaire qui, cette fois, confirme sa victoire.

Le député marche dans la rue.

Le député sortant et candidat conservateur Bernard Généreux fait du porte-à-porte à Saint-Alexandre-de-Kamouraska.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Alors qu’il arpente les rues de Saint-Alexandre-de-Kamouraska dans la dernière ligne droite de cette campagne, il rappelle poliment à une électrice qui n’a pas encore voté l’importance de le faire. Madame, tous les votes comptent. J’ai perdu par neuf voix en 2011.

Ne rien tenir pour acquis est devenu un cliché en politique. Mais pour Bernard Généreux, plus que pour tout autre candidat, l’expression prend tout son sens. Il y a 58 municipalités dans le comté, j’ai fait les 58 municipalités. J’étais sur l’île de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Il y a 35 électeurs, je suis allé les voir un par un. Je n’avais jamais fait ça avant.

Bernard Généreux devant un électeur qui est assis sur son tracteur.

Le député sortant et candidat conservateur Bernard Généreux discute avec un électeur de la circonscription de Montmagny–L’Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Les rares victoires lors d’une contestation

En tout, 31 dépouillements judiciaires ont été rendus nécessaires depuis 1997. À seulement deux occasions, le tribunal a annulé le résultat initial, y compris celui de 2011 dans Montmagny–L’Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup.

Clément Massé a été un témoin privilégié de ce dénouement spectaculaire. C’est lui qui représentait le candidat conservateur lors du dépouillement judiciaire de 2011.

Il a pratiqué le droit pendant 44 ans dans la région de Rivière-du-Loup. Dans ma carrière, ça a été en haut de la liste au niveau du stress.

Ils ont enlevé les bancs de la salle des assises criminelles au palais de justice. Ils les ont remplacés par 12 tables pour pouvoir mettre les boîtes de scrutin.

Un drapeau du Québec flotte sur le palais de justice de Rivière-du-Loup.

Le palais de justice de Rivière-du-Loup a été le théâtre de deux dépouillements judiciaires à la suite des scrutins fédéraux de 2011 et de 2015.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Puisque l'écart entre le candidat conservateur et celui du NPD correspondait à moins d'un millième du total des voix, les 48 225 bulletins de vote ont dû être recomptés, un par un, devant le juge. C’est ce que prévoit obligatoirement la Loi électorale du Canada.

Clément Massé accepte de revenir sur cet épisode parce qu’il veut notamment conscientiser les électeurs à l’importance de voter en respectant les règles de base. Trente-trois bulletins de vote considérés comme litigieux ont changé la donne.

On en a vu de toutes les sortes sur les bulletins de vote. Des marques à l’extérieur du cercle, des sourires, des petits bonshommes, des dessins. Ces niaiseries-là peuvent avoir des conséquences énormes en bout de ligne.

Clément Massé, avocat
L'avocat Clément Massé consulte un document.

L'avocat Clément Massé représentait Bernard Généreux lors du dépouillement judiciaire de 2011 dans le comté de Montmagny–L’Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Si on additionne les coûts que ça engendre, on parle de centaines de milliers de dollars pour l’État et les partis politiques, souhaite rappeler Clément Massé.

Là où les certitudes ne sont plus légion

Des équipes s'affrontent au centre de curling de Rivière-du-Loup.

Le centre de curling de Rivière-du-Loup

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Que ce soit au café le plus fréquenté de Rivière-du-Loup ou encore au club de curling, l’histoire récente a enseigné à bien des électeurs à faire preuve de retenue quant à l’issue du vote.

Cette fois, je ne tirerai pas de conclusion le soir même. Je vais préférer attendre au lendemain pour avoir une meilleure idée, se limite à dire Bertrand Lavoie.

Jeannine Ouellet, elle non plus, n’ose pas se mouiller. C’est embêtant; ici, nous avons appris à ne plus faire de prédictions.

Qui sait, un troisième recomptage ne me surprendrait pas, lance Laval Beaulieu sur un ton mi-blagueur, mi-sérieux.

Le député marche à travers les feuilles par une journée ensoleillée.

Le député sortant et candidat conservateur dans la circonscription de Montmagny–L’Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup marche à travers les feuilles à Saint-Alexandre-de-Kamouraska.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Bernard Généreux fait confiance au destin, encouragé par ce qu’il a vu sur le terrain.

La campagne que mon équipe et moi venons de faire a été la meilleure des quatre. Nous étions partout. On ne peut pas faire plus. Si jamais je devais être défait lundi, ce sera avec le sourire.

Avec les nombreuses courses qui s’annoncent serrées lundi soir, les dépouillements judiciaires seront peut-être nécessaires. Si ça arrive ici, ça arrivera. Je vais le prendre avec beaucoup plus de sérénité. Mais ça prend des nerfs d’acier, je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi!

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