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analyse

Climat : l’appel de Mark Carney au secteur financier

Mark Carney, lors d'une conférence.

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney.

Photo : Reuters / POOL New

Gérald Fillion

L’appel vient de haut : Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre et ancien président du Conseil de stabilité financière, appelle à un encadrement plus serré du système financier mondial pour limiter le réchauffement climatique. Sans entrave, dans les faits, le système financier accélère le réchauffement, il ne le freine pas.

C’est sans précédent. Le banquier en chef du Royaume-Uni affirme (Nouvelle fenêtre) [en anglais] que les institutions financières font partie du problème et que l’impératif climatique devrait nous obliger à les réglementer davantage.

Les fonds fournis par les banques et les firmes d’investissements en appui à plusieurs grands projets polluants vont mener à une augmentation de 4 degrés Celsius, affirme Mark Carney, alors que l'Accord de Paris vise à limiter la hausse de la température mondiale à 2 degrés Celsius, voire 1,5 degré.

Les objectifs sont clairs, mais les politiques sont incohérentes, dit-il. Alors que les 20 plus grandes entreprises énergétiques du monde sont responsables du tiers de toutes les émissions de carbone sur Terre, il est venu le temps, de l’avis du gouverneur de la Banque d’Angleterre, de ralentir l’appétit du système financier, qui ne semble pas se soucier de l’urgence climatique.

Des firmes d’investissement prennent déjà conscience de leur impact sur le climat. Mark Carney fait référence au Fonds d'investissement du Japon, un fonds de 1600 milliards de dollars américains, qui a calculé que son portefeuille est composé d’investissements qui s’appuient sur un scénario d’une hausse de la température moyenne dans le monde de 3,5 degrés Celsius. Le fonds dit être en train de réduire ses actifs polluants dans son portefeuille.

C’est la même chose pour les assureurs AXA Assurance et Allianz, dont les actifs s’alignent sur une hausse moyenne des températures de 3,7 degrés Celsius.

Les entreprises doivent changer

Les grandes entreprises anglaises devront d'ici deux ans publier des informations sur les risques climatiques des projets qu'elles financent. Le budget du gouvernement britannique doit être dévoilé le 6 novembre et Mark Carney a laissé entendre que Londres va obliger la Banque d'Angleterre à prendre en compte le risque climatique dans sa supervision financière.

Dans une entrevue au Guardian le 13 octobre dernier, Mark Carney a dit que les entreprises et les industries qui n’ont pas de plan pour devenir carboneutres seront bientôt punies par les investisseurs et sont vouées à la faillite.

Une crise financière est à prévoir, selon lui, si la transition n’est pas dirigée de façon ordonnée. Plus on attend, plus les risques d’effondrement du système financier grandissent. Sans une intervention musclée, c’est plus de 20 000 milliards de dollars américains d’actifs qui pourraient être effacés.

Il ajoute que le secteur financier non seulement doit être encadré pour réduire son appui aux projets polluants, mais se met à risque de perdre des sommes colossales dans la transition énergétique. Un « Minsky moment » est possible, ce qui veut dire qu’une chute abrupte de la valeur des actifs et un changement immédiat dans le cycle économique pourraient survenir.

Au-delà du Brexit

Le défi climatique n’attendra pas que les députés britanniques règlent le dossier du Brexit. Pendant que le Royaume-Uni cherche à trouver une voie de sortie politique à cet imbroglio interminable, l’urgence climatique réclame des actions immédiates.

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste et principale formation d’opposition, promet, s’il devient un jour premier ministre, de retirer de la cote du marché de la Bourse de Londres les entreprises qui n’agissent pas sur le plan environnemental. Il dit vouloir mener une réforme du secteur financier pour que ces entreprises fassent partie de la solution et non du problème.

The Guardian évoquait récemment une bulle carbone, qui peut exploser à tout moment. La Banque d’investissement d’Europe doit décider en novembre si elle va poursuivre ses investissements dans les énergies fossiles ou non. Le président de la banque, Werner Hoyer, tente d’amener son institution à déplacer ses choix vers des projets d’énergie renouvelable et de cesser, fin 2020, de prêter de l’argent à des entreprises qui exploitent les énergies fossiles.

L’Allemagne, l’Italie, la Pologne et la Lettonie souhaitent toutefois que la Banque d’investissement d’Europe continue de financer des projets de gaz naturel, qui produisent moins de gaz à effet de serre que le pétrole, le mazout et le charbon. L’institution a financé des projets d’exploitation des énergies fossiles l’an dernier à hauteur de 2,1 milliards de dollars américains.

C’est un peu la même question qu’on se pose durant notre campagne, ici au Canada : comment peut-on réduire les émissions de gaz à effet de serre si, en retour, les décisions des autorités politiques et économiques vont à contre-courant? Ce que fait Mark Carney, dans les faits, c’est qu’il nous invite, plus que quiconque, à développer l’économie en nous assurant de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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