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« Je veux que ma voix soit entendue » : voter quand on est jeune et sans-abri

Une jeune femme, aux cheveux courts et avec des lunettes, pose devant la porte d'un grand bâtiment, l'air déterminée.

Siré Doumbouya, 25 ans, votera pour la première fois à des élections fédérales lundi.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Camille Gris Roy

Aller voter pour la toute première fois peut être intimidant, et encore plus quand on n’a pas d’adresse fixe ni de papiers d’identité.

C’est le cas de Siré Doumbouya, qui habite depuis huit mois au refuge Covenant House, à Toronto, un organisme d’aide aux jeunes sans-abri et aux victimes de trafic de personnes. La citoyenne de 25 ans votera pour la première fois lundi à des élections fédérales.

Je veux que ma voix et la voix des autres soient entendues, souligne-t-elle. Je trouve que cette génération, c’est à nous de la contrôler : et si on veut aller dans la bonne direction, il faut qu’on se lève et qu’on aille voter.

Mais les personnes en situation d’itinérance font face à de nombreux obstacles pour voter, juge Tracie LeBlanc, directrice adjointe des communications à Covenant House : discrimination, problèmes d’identification et manque d’information notamment.

Il y a aussi l’élément que pour ceux qui sont itinérants, leur priorité, c’est vraiment juste de survivre de jour en jour, renchérit Tim Aubry, titulaire de la Chaire de recherche facultaire sur l’itinérance et la santé mentale communautaire à l’Université d’Ottawa.

Pour aider les jeunes dans ces démarches, Covenant House a donc organisé des séances de discussion et d’information. L'organisme fournira aussi la documentation nécessaire à ceux qui, comme Siré, ont perdu ou n’ont tout simplement pas de papiers.

Comment voter sans adresse et sans papiers?

Selon Élections Canada, une lettre de confirmation d'adresse peut être délivrée par un organisme qui vient en aide à la personne itinérante, qui pourra alors s’inscrire et voter dans la circonscription où se trouve l’organisme.

Elle devra en plus présenter une pièce d’identité, comme une carte d’assurance maladie ou un permis de conduire. Si elle n'en possède pas, l’organisme qui l’aide peut généralement l’accompagner dans les démarches administratives. L'électeur peut demander à une personne inscrite au même bureau de vote d'être son répondant.

Les employés de Covenant House ont commencé une formation assez longue avec les jeunes : ça inclut de regarder les nouvelles, discuter des informations du jour... Toutes les questions que les jeunes posent, on y répond, explique Tracie LeBlanc.

Moi, je lis beaucoup les journaux, je regarde les débats à la télévision, j’écoute vraiment ce que chaque candidat a à dire.

Siré Doumbouya

Des enjeux abordés en surface?

Santé mentale, éducation et violence armée sont parmi les enjeux qui préoccupent particulièrement les jeunes de Covenant House.

Il y a trop de violence. Tu veux être en sécurité quand tu marches dehors, tu ne devrais pas avoir peur où tu habites, lance Siré Doumbouya.

Autre question primordiale : le logement abordable. Je trouve que les jeunes ici se sentent ignorés dans l’élection, observe Tracie LeBlanc.

C’est vraiment difficile pour beaucoup de Torontois de payer leur loyer et pour les jeunes à risque, les victimes de trafic et les jeunes sans-abri, c’est encore plus difficile.

Tracie LeBlanc, de Covenant House

Ici, les jeunes ont tellement de stress et s’occupent de tellement de choses comme l'immigration, l’éducation, l’emploi et le logement alors c’est vraiment difficile de maintenir l’espoir pour l’avenir, résume-t-elle.

Une femme assez jeune, cheveux très courts, souriante, portant une robe noire et des lunettes. Elle se tient debout dans une salle, à côté d'une fenêtre et d'un bouquet de fleurs.

Tracie LeBlanc est directrice adjointe des communications pour Covenant House à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Le professeur Tim Aubry souligne que si les chefs de parti s’adressent souvent à la classe moyenne, ils parlent moins à ceux qui sont en situation de pauvreté extrême. Sur le logement par exemple, on parlait plutôt de rendre accès à la propriété pour ceux qui achètent leur première maison.

On parle des familles, d'assistance à ceux qui ont des enfants, mais ceux qui sont seuls - les jeunes, les adultes qui sont seuls, c'est une population qui est très marginalisée.

Tim Aubry, professeur de sciences sociales à l'Université d'Ottawa

C’est une petite population au Canada qui n’est pas nécessairement organisée et je pense que les politiciens savent qu’il n’y a pas vraiment beaucoup de votes de ces gens. Je me demande dans cette campagne combien de candidats ont visité des refuges, ajoute le professeur.

Efforts d’Élections Canada

Élections Canada affirme faire des efforts pour atteindre les itinérants et électeurs plus vulnérables.

Il y a eu beaucoup de communication avec les refuges de sans-abri à Toronto et soupes populaires afin de faciliter le processus de vote. Beaucoup de présentations dans des refuges depuis le début de la campagne électorale. C’est une population ciblée par Élections Canada, particulièrement au centre-ville de Toronto, écrit une porte-parole à Radio-Canada.

Tim Aubry suggère que ce qui pourrait aider, ce serait d’installer des bureaux de vote mobiles dans des lieux où se trouve la population itinérante.

Élections Canada répond que les bureaux de vote au centre-ville de Toronto, par exemple, sont souvent situés près de lieux où se regroupent des itinérants.

Selon le dernier recensement de sans-abri à Toronto (Street Needs Assessment), il y avait plus de 8700 personnes en situation d'itinérance dans la ville en avril 2018.

Toronto

Politique fédérale