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Raymond Bisson, un pilier de la francophonie, s'est éteint

Raymon Bisson et Lorraine Bisson sourient devant les anneaux olympiques.

Raymond Bisson et sa femme, Lorraine, alors qu'ils célébraient leur 50e anniversaire de mariage en 2018.

Photo : Raymond Bisson

Radio-Canada

Raymond Bisson, ancien président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM) et tout premier directeur général de la Division scolaire franco-manitobaine, est décédé dimanche matin.

La francophonie manitobaine perd un pionnier de son développement moderne.

Né à Dunrea, au Manitoba, en 1944, il a mené une carrière fructueuse dans le domaine de l'éducation, notamment en tant que directeur de l’École Précieux-Sang, puis directeur général de la Division scolaire de Norwood, avant la mise sur pied de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM).

Un engagement pour l’éducation en français

Raymond Bisson a été le premier directeur général de la nouvelle DSFM, de 1994 à 1996. Il a ainsi contribué à la mise sur pied de cette nouvelle structure qui réunissait à ses débuts 4200 élèves venus des écoles cédantes de diverses communautés urbaines et rurales.

Toujours attaché aux dossiers de l’éducation, il participait en avril, pour les élèves du Collège Louis-Riel (CLR), à une simulation des effets de la loi Thornton, qui avait aboli l’enseignement du français au siècle précédent.

Moi, quand j'ai commencé l'école, à Dunrea, je ne parlais pas un mot d'anglais. Au début de l'année, on apprenait une leçon d'histoire et de géographie presque par coeur pour la présenter à l'inspecteur lorsqu'il viendrait, tout en faisant semblant que c'était tout à fait normal de parler cette langue-là et d'apprendre comme ça. Alors, on jouait le jeu, a-t-il alors raconté aux élèves du CLR.

On retourne en arrière, 75 ou 80 ans, pour s'apercevoir qu'il y avait des choses qu'il était défendu de faire dans les écoles, et que les francophones ont parcouru beaucoup de chemin pour en arriver, en 1994, à une division francophone, rappelait-il alors.

Un engagement communautaire

Raymond Bisson s’est distingué par son engagement communautaire, entre autres en assurant la présidence du Festival du Voyageur de 1984 à 1986, celle de la Société de la francophonie manitobaine de 1989 à 1991 et celle de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) de 1991 à 1993.

Il a présidé la SFM à une époque où l’organisme était en pleine restructuration. Pendant son mandat, il a participé aux premiers pourparlers avec la province en vue d’obtenir la gestion scolaire et milité pour que la prestation des services en français soit améliorée, notamment par l’introduction du concept d’offre active.

Dans un dossier épineux avec la province portant sur les décrets de la province du Manitoba, Raymond Bisson a réussi à s’entendre avec le premier ministre Gary Filmon pour que la question soit transmise à la Cour suprême du Canada.

Sur la scène nationale, la recherche de solutions de rechange à l’échec du lac Meech a aussi occupé le président de la SFM, qui a témoigné entre autres devant la commission québécoise Bélanger-Campeau. Cette période était aussi celle des premières négociations pour les futures ententes Canada-communauté, qui allaient permettre à de nombreux organismes francophones d’obtenir de meilleures garanties de financement de la part du gouvernement fédéral.

Pendant son mandat, Raymond Bisson a mené une tournée au Québec, intitulée Sept plaines journées, qui visait à faire connaître la francophonie manitobaine dans la Belle Province.

Au moment où Raymond Bisson occupait la présidence de la FCFA, l’organisme était en pleine restructuration. La Fédération des francophones hors Québec venait en effet de changer de nom et de modifier ses structures de gouvernance, et travaillait à mettre sur pied des réseaux nationaux en français dans différents secteurs de développement, comme l'alphabétisation, la santé, l'économie.

Une empreinte nationale

Le passage de Raymond Bisson à la FCFA a été marqué par les négociations entourant l’accord de Charlottetown. Au moment où le premier ministre Brian Mulroney tentait sa chance sur le plan du renouvellement de la Constitution, la francophonie canadienne a cherché à obtenir plus de reconnaissance et à imposer l’enchâssement d'une clause de dualité linguistique dans le texte de la prochaine entente.

L’accord de Charlottetown a subi un sort semblable à celui du lac Meech : il a été rejeté par les Canadiens.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada pour souligner le 25e anniversaire de cet accord, Raymond Bisson estimait qu’en dépit de cette défaite Charlottetown avait eu des effets positifs pour les francophones.

Ce qui est arrivé suite à cette défaite de Charlottetown, avait-il alors déclaré, c'est que les communautés se sont peut-être un peu prises en main. Les gouvernements des différentes provinces ont été sensibilisés, si vous voulez, parce que cela faisait deux débats consécutifs [Meech et Charlottetown], alors les Canadiens avaient été très informés en ce qui concernait les francophones hors Québec.

On a eu plusieurs gains suite à ce débat-là [... ] Il y a eu toutes sortes de démarches de la part des gouvernements provinciaux pour offrir des services en français à leurs citoyens d'expression française.

Raymond Bisson laisse dans le deuil son épouse, Lorraine, leurs enfants, Colin, Martin et Mélanie, ainsi que ses petits-enfants et de nombreuses personnes qui l’ont côtoyé dans ses multiples fonctions.

Outre son engagement, on se souviendra de M. Bisson à propos d'une circonstance tout autre : la cathédrale de Saint-Boniface, où devait avoir lieu son mariage en juillet 1968, a été détruite par le feu quatre jours avant les noces.

Il a fallu un certain soutien communautaire pour que le mariage puisse se dérouler ailleurs avec tous les invités. Comme quoi Raymond Bisson, qui a bien servi sa communauté, a aussi bénéficié de sa solidarité.

Manitoba

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