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Sainte-Marie : le pari risqué de déplacer des commerçants résignés

Une affiche accrochée à une porte indique que le commerce est fermé à la suite des inondations.

Les commerces sont nombreux à quitter le centre-ville de Sainte-Marie à la suite des inondations.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Marc-Antoine Lavoie

Après des années de déni, commerçants et organismes du centre-ville de Sainte-Marie se résignent à quitter la zone inondable. Une transition encouragée par la Ville, qui prend le risque de voir des entreprises quitter les limites de la municipalité.

Avec une centaine de résidences déjà démolies, les terrains laissés vacants après le passage des pelles mécaniques font tristement penser aux fosses d'un cimetière.

Le centre-ville, je pense que ça va être une chose du passé, s'avoue finalement une commerçante de la rue Notre-Dame, après une vingtaine d'années à défendre la survie de l'artère commerciale.

Les terrains vides s'accumulent à Sainte-Marie.

Les terrains vides s'accumulent à Sainte-Marie.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Raymonde Couture réalise que le quartier, maintenu en vie artificiellement par les pompes installées dans les sous-sols des bâtiments, meurt à petit feu, au rythme des crues printanières de la rivière Chaudière.

Je suis prête à partir. Je suis tannée de ramasser, de faire des papiers. Il faut être cartésien et penser à l'avenir du commerce, ajoute la propriétaire de Profil Beauté.

Le centre-ville de Sainte-Marie est inondé.

Le centre-ville de Sainte-Marie inondé

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

La même réflexion est amorcée dans un bureau de notaires, un coin de rue plus loin. Bien installée depuis 40 ans dans un bâtiment abritant autrefois une vieille banque, l'entreprise cherche ardemment à se reloger dans un nouveau secteur de Sainte-Marie.

Je préfère mettre un peu de côté des souvenirs et être en mesure de garder mon équipe entière et de desservir ma clientèle, explique Catherine Poulin, associée chez Breton-Vachon.

Vers un nouveau centre-ville

Les bâtiments publics n'échappent pas à cet exode. La Ville souhaite déménager la bibliothèque, l'hôtel de ville et la caserne, des bâtiments lourdement endommagés le printemps dernier.

Le secteur de la Cité Sainte-Marie.

Le secteur de la Cité Sainte-Marie sera le nouveau centre attractif de la Ville.

Photo : Crédits: Cité Sainte-Marie

Contrairement à de nombreuses entreprises qui ont choisi de s'installer le long du boulevard Vachon ces dernières années, la Ville envisage de déménager ses locaux près du secteur baptisé la Cité Sainte-Marie.

Le maire Gaétan Vachon va jusqu’à dire que ça va être le nouveau centre attractif de Sainte-Marie.

La Commission scolaire de la Beauce-Etchemin souhaite également déménager l'école primaire Maribel dans ce secteur.

L'École Maribel, au coeur du centre-ville de Sainte-Marie.

L'école primaire Maribel, à Sainte-Marie, est située en zone inondable.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Indemnisation ou expropriation

Mais ce n'est pas tout le monde qui accepte facilement de tourner la page. C'est le cas du propriétaire d'une maison qu'il loue à un organisme communautaire et qui a été endommagée lors des inondations.

Il y a un programme qui presse les gens. Il faut prendre sa décision rapidement, déplore Serge Labrecque.

M. Labrecque affirme que la Ville l'a conseillé concernant le programme d'indemnisation du gouvernement pour qu'il fasse démolir la résidence. Il a vu-là une « menace sous-entendue ».

La Ville pourrait nous exproprier. Alors, il faudrait savoir, pour qu'on puisse décider à long terme, pas juste à court terme, critique-t-il.

Serge Labrecque devant sur le terrain de sa propriété.

Serge Labrecque craint que la Ville de Sainte-Marie tente de l'exproprier.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Le maire ne s'en cache pas. Il croit que les citoyens et commerçants doivent profiter le plus possible du programme mis en place par le gouvernement Legault.

Gaétan Vachon le réitère, la volonté de la Ville est de transformer le centre-ville en un « grand parc ».

S'il reste une maison dans une rue, on ne gardera pas de l'eau stagnante. Il va falloir que la Ville envisage des démarches, argumente-t-il.

La contradiction de l'usine Vachon

Au cœur du centre-ville se trouve l'âme de Sainte-Marie. Avec les autres bâtiments qui tombent comme des mouches tout autour, comment la Ville compte-t-elle convaincre ce fleuron de maintenir ses activités à Sainte-Marie tout en demandant aux autres de quitter la zone inondable?

Des tuyaux reliés à une pompe d’assèchement évacuent à l’extérieur l’eau qui a inondé l’usine Vachon.

Une vaste opération de nettoyage a été nécessaire ce printemps à l’usine Vachon, à Sainte-Marie.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

On a beaucoup de discussions avec la direction de Vachon, autant au niveau local qu'avec la division Canada Bread, à Toronto. Parce qu'on m'a carrément dit que trois inondations en cinq ans, c'est énorme, rapporte M. Gaétan Vachon.

On va suivre le dossier de très près. C'est 500 emplois. C’est l’âme de Sainte-Marie.

Gaétan Vachon, maire de Sainte-Marie

Nous, on veut garder Vachon à Sainte-Marie. On va faire des pieds et des mains. On leur a même proposé un nouveau terrain près de l'autoroute pour leur faciliter la tâche, assure le maire.

Le danger d'un développement restreint

Toutefois, le développement de nouveaux terrains à Sainte-Marie est cadenassé par le zonage agricole.

On a des demandes d’effectuées pour des terrains industriels depuis 3 ans et pour des terrains résidentiels depuis 5 ans, déplore Gaétan Vachon.

Dans le contexte où les endroits sont rares présentement pour l'établissement de nouveaux commerces ou industries, des entrepreneurs décident de déserter complètement la municipalité.

Je leur dis que s’ils sont capables d'aller en location temporairement, qu'on est en train de travailler sur différents projets. On a de nouveaux développements qu'on va faire dans le futur, soulève le maire.

Photo aérienne au moment des inondations d'avril 2019 à Sainte-Marie.

Photo aérienne au moment des inondations d'avril 2019 à Sainte-Marie

Photo : Crédits: / Pierre Lahoud

Mais le temps presse, rétorque la notaire Catherine Poulin.

Déménager un bureau avec mon équipe, déjà qu'avec le printemps terrible qu'on a eu, ç'a épuisé les troupes. On ne peut pas déménager temporairement. Nous, ce qu'on cherche, c'est des solutions permanentes, dit-elle.

La Ville espère des réponses positives de la Commission de protection du territoire agricole d'ici la période des Fêtes, ce qui permettrait de relocaliser rapidement l'esprit du centre-ville en d'autres lieux.

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