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Véronique Sylvain et Stefan Psenak, poètes de la résilience

Les deux livres sont positionnés sur des bouts de bois, déposés sur un trottoir fait de dalles de béton.

Les recueils de Véronique Sylvain et Stefan Psenak sont tous deux publiés par Prise de parole, à Sudbury.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Valérie Lessard

Elle rend hommage au Nord ayant fait d'elle la femme qu'elle est aujourd'hui. Il rend hommage à l'amour faisant rimer prémonition avec rédemption. L'Ottavienne Véronique Sylvain et le Gatinois Stefan Psenak défrichent de leurs mots leurs territoires intimes.

La première signe un tout premier recueil, le second, son huitième en solo.

Premier quart : pointer vers le Nord

Les vers de cette femme-conifère sont tout empreints du Nord de l’Ontario, qui habite encore, tous les jours, Véronique Sylvain. Le Nord où elle a grandi. Celui des femmes et des hommes qui s’y sont forgés et frottés aussi, avant elle, à la sueur de bran de scie des défricheurs, et qui continuent de le faire aujourd’hui au fond des mines, comme son frère, entre autres.

Véronique Sylvain dédie ce premier recueil à sa grand-mère. t’es / pas née / pour un / petit pain / disait Grand-Maman / en tournant / la pâte. / j’ai encore / des croûtes / dans la gorge, évoque-t-elle.

Premier quart renvoie à son enfance à compter les fautes / de français / sur les grains / d’un chapelet, à la réalité de flirter avec l’anglais au quotidien, ainsi qu’à ses nombreux allers-retours entre Ottawa et Sudbury. La poésie de Véronique Sylvain rend donc hommage aux paysages défilant le long de la 17, dans ce va-et-vient / de géographie / ancestrale, mais surtout à sa langue, incrustée dans la roche, enracinée entre les épinettes silencieuses.

Une neige / douce / et chaude / fond sur / ma langue… / je french / le froid, soutient-elle.

L’Ottavienne d’adoption évoque ainsi la résilience des francophones, convoque la mémoire des poètes Michel Dallaire et Robert Yergeau, et fait également référence à Robert Dickson et à CANO. En écho au slogan de la résistance franco-ontarienne, Nous sommes, nous serons, Véronique Sylvain sera, assurément, la folle / avoine, / résistante / aux intempéries.

Certains soirs de catastrophe : conjuguer l'amour au présent

Après un silence de plus de 15 ans, Stefan Psenak persiste et signe un deuxième recueil en deux années consécutives. S'il a voyagé vers ses racines pour notamment faire la paix avec ses morts dans son précédent, Longtemps j'ai porté mes deuils comme des habits trop grands, il marche cette fois vers l'amour, vers cette femme, prémonition, condamnation ou rédemption, pour sortir des autres / faire advenir / le verbe et la chair.

Certains soirs de catastrophe se mâtine des souvenirs d'une première rencontre, du sentiment prégnant des inéluctables retrouvailles, puisqu'il n'y a de disparition / que dans l'oubli, soutient le poète.

Le recueil se teinte de l'attente, des braises ayant couvé dans les corps, les cœurs et les âmes des amants qui, désormais réunis,prendron[t] feu / jusqu'à nous / épis de lumière / pour reproduire le matin.

Stefan Psenak crée ici et là des images particulièrement puissantes, voire hantantes. Je t'entends la nuit / tordre tes chemises / comme on égorge ses peurs / déplacer les meubles / pendant que je feins le sommeil / en commando pétrifié, illustre-t-il avec une redoutable efficacité.

S'inscrivant dans un quotidien renouvelé, les poèmes du Gatinois le délestent de son passé de gueule de noyé, qu'il abandonne derrière lui comme une valise remplie de tout / l'immobile / qui entrave [ses] chevilles.

Car au bout de Certains soirs de catastrophe se lèvent des petits matins faits de recommencement telle une contre-mesure à l'abdication. Des petits matins fleurant bon le café, mais goûtant surtout la rare certitude / du navire à bon port.

Ottawa-Gatineau

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