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Zen et moderne : voici Résilience Montréal, refuge pour sans-abri nouveau genre

On voit le restaurant Miso placardé lors d'une radieuse journée d'automne.

L'ex-restaurant situé à l'intersection des rues Atwater et Sainte-Catherine sera réaménagé afin d'accueillir un centre de jour pour sans-abri.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Julien McEvoy

Accueillir des sans-abri de 8 h à 20 h dans un espace moderne et rénové afin de leur offrir de quoi se nourrir, se laver et se poser. Grâce à une collaboration avec Architecture sans frontières Québec, voilà ce qui attend l’équipe du tout nouveau refuge Résilience Montréal, qui ouvrira ses portes le 1er novembre… si tout va bien.

Le « centre de jour » s’installera temporairement – nous y reviendrons – dans un bâtiment situé à l’intersection des rues Atwater et Sainte-Catherine où se trouvait, jusqu’à tout récemment, un restaurant japonais. En plus de l’espace qu’il offre, le local a l’avantage d’être situé littéralement à deux pas du square Cabot, lieu de rassemblement des Autochtones et des Inuit à Montréal depuis de nombreuses années.

C’est justement la clientèle que vise Résilience Montréal, dont la naissance est notamment le fruit du travail acharné de Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

La femme aux longs cheveux noirs en plan rapproché avec des arbres derrière elle.

Nakuset

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Il a fallu beaucoup de temps pour que quelque chose se produise.

Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal

De nature combative, la femme de 48 ans est parmi celles et ceux qui ont sonné l’alarme à propos de la situation causée par le déménagement, en décembre 2018, du centre de jour Open Door. Il y aurait eu 14 morts chez les sans-abri du secteur depuis le départ du refuge.

Nakuset s’est donc mobilisée et a fait part de ses inquiétudes aux membres du Comité de sécurité du square Cabot, où siègent, en plus d’elle, de nombreux groupes communautaires ainsi que des élus municipaux et des membres du Service de police de Montréal (SPVM).

Elle a notamment interpellé la commandante Martine Dubuc, chef du poste de quartier 12, dont le territoire comprend le square Cabot, et responsable de la Brigade des espaces publics du SPVM.

« J'ai encore parlé avec Martine Dubuc, le 10 octobre dernier, lors de la plus récente réunion du comité, raconte-t-elle. Je lui ai dit que nous aurons un espace sécuritaire à Résilience Montréal où nous voulons que la police mène des entrevues devant caméra pour les femmes victimes d'agression sexuelle. À l'heure actuelle, elles doivent aller à l'extérieur de Montréal. »

Mis à part Nakuset, les autres partenaires dans l’aventure Résilience Montréal sont Sheila Woodhouse, directrice de l’organisme à but non lucratif Communauté Nazareth, ainsi que la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec.

« C'est un projet incroyable, et c'est à cause de la fermeture de Open Door », croit Mme Woodhouse, qui a accordé une entrevue à CBC News plus tôt cette semaine (Nouvelle fenêtre).

Au moment de la publication, Radio-Canada était toujours en attente d’une réponse de la Ville.

Une pelle mécanique se trouve devant une tour d'habitation en construction.

Des immeubles de copropriétés sont en construction tout près du square Cabot.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Sans-abri à l’ombre des condos de luxe

« Quand Open Door est parti, j'ai vraiment eu le sentiment qu'un service essentiel avait disparu et que nous avions fait deux pas en arrière, explique Nakuset. Nous avons deux refuges pour hommes près du nôtre, mais ils doivent partir à 8 h. Tu dors là et puis tu pars. Ils n'ont nulle part où aller, alors ils passent leurs journées dans la rue. »

S’ils veulent accéder à des services, poursuit-elle, ils doivent se rendre à l’hôpital où, la plupart du temps, « ils se font mettre dehors, se voient refuser l’entrée  ou ne sont pas vus par un médecin ou une infirmière, soit car ils sont drogués ou saouls, soit parce que leurs vêtements sont usés et puent, ou même parce qu’ils ne parlent pas français ».

Sheila Woodhouse se dit convaincue que l’embourgeoisement évident du quartier – une luxueuse tour à condos est en construction directement en face du square Cabot – ne sera pas un frein à l’appui de ses résidents.

« L'inquiétude est là, car il y a beaucoup de beaux condos qui se construisent, mais où sont les logements sociaux? Il y a des gens qui dorment dehors. Il y a des gens malades. Il y a eu une augmentation des agressions. Ce n'est pas un environnement sain. C'est une crise de santé publique, en fait », a-t-elle confié à CBC News.

Une vision

« Nous voulons que les gens qui travaillent ici aient une formation en santé mentale, en violences sexuelles, en toxicomanie, de sorte que ça devienne un genre de guichet unique », explique Nakuset.

Deux psychologues travailleront pour Résilience Montréal, un directement sur place et un autre qui patrouillera dans le square Cabot et ses environs. Deux coordinateurs géreront le centre lui-même, un relevant de Communauté Nazareth et l’autre du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

D’autres ressources s’ajouteront, notamment une personne qui sera exclusivement chargée de trouver un local permanent à Résilience Montréal. En effet, l’ex-restaurant que l’on s’apprête à aménager avec l’aide de l’organisme Architecture sans frontières Québec n’est disponible que pour quelques mois.

Mais peu importe, Nakuset et ses alliés foncent. La vision de cette victime de la rafle des années 60 est claire. Et elle va loin.

« J'ai une idée, une vision qui est proche du spa! Est-ce que les sans-abri vont parfois au spa? Non, parce que manger est considéré comme un luxe », lance-t-elle.

Elle souhaite développer des partenariats avec des institutions comme le Collège LaSalle, dont l'École de Beauté pourrait envoyer ses étudiants s'exercer sur les clients du centre.

Donnez aux gens cette sorte d'estime de soi, c’est ce qu'on veut faire.

Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal

L’idée est d’avoir un endroit où la pyramide des besoins selon Maslow est respectée : d’abord les besoins physiologiques, dormir et manger, ensuite les besoins de sécurité, d'appartenance, d'estime et de s'accomplir.

Des architectes bénévoles

Résilience Montréal prendra officiellement possession de son local temporaire le 21 octobre. Et ce n’est pas le travail qui manque. « On doit d’abord tout nettoyer, dit Nakuset. Les architectes feront ensuite inspecter le tout par un plombier et un électricien. »

Ces architectes dont parle la directrice du Foyer pour femmes autochtones, c’est Architecture sans frontières Québec qui les enverra. Créé par l’Ordre des architectes du Québec, l’organisme a cumulé de nombreux projets au fil des années, dont un à Kitcisakik, en Abitibi, avec des Anichinabés.

Son directeur général n’a pas été difficile à convaincre. « On a récemment entrepris une démarche de recherche pour contribuer par l’architecture et le design à la lutte contre l’itinérance. À force d’entrer en contact avec toutes sortes de gens, on a été approché pour ce projet. On est embarqué tout de suite », raconte Bruno Demers.

Il a visité l’ex-restaurant le 7 octobre dernier, en compagnie de Nakuset et de Sheila Woodhouse, notamment, ainsi qu’avec Claire Davenport, l’architecte bénévole qui chapeautera le projet.

Il s’agit d’un bel espace qui a beaucoup de potentiel. Avec des rénovations assez mineures, ça fera une grande différence et ça deviendra un espace accueillant.

Claire Davenport, de la firme Claire Davenport Architecture, qui agit à titre de bénévole dans le cadre du projet Résilience Montréal

À l’instar de Nakuset, Bruno Demers et son équipe ont du pain sur la planche. « [Notre implication] va de gérer le permis d’occupation, qui est comme la maison des fous d’Astérix, à la préparation de plans d’aménagement minimaux, car on ne fera pas de travaux structurels. On va aussi faire un plan d’aménagement de l’espace et du mobilier. On va aménager des douches temporaires et on va sécuriser certains accès à l’intérieur du bâtiment », détaille-t-il.

L’échéancier pour le projet? Deux semaines. Et il faut aussi penser à la corvée de peinture et à la recherche de dons. On va passer par notre réseau de donateurs de matériaux pour aller chercher certaines composantes essentielles. On cherche un don de matériaux majeur pour tout le recouvrement de plancher, parce que c’est du tapis à la grandeur, ce qui est inadéquat pour ce genre de centre. On a besoin d’un recouvrement neutre comme des tuiles en vinyle, plaide-t-il.

En plus de la cuisine, du comptoir de service pour la nourriture et de la salle de séjour principale, le bâtiment compte deux mezzanines distinctes qui offrent certaines possibilités. Il faut déterminer si on segmente ça par genre, hommes et femmes, pour des questions de sécurité et d’intimité, ou plutôt par fonction, sommeil et répit, poursuit M. Demers.

Claire Davenport est bien consciente du défi qui l’attend. C'est un court délai et nous voulons ouvrir le centre le plus rapidement possible. L'astuce consiste à déterminer quelles sont les priorités les plus importantes, ce qui doit être prêt le premier jour et ce qui est à plus long terme, explique l’architecte.

Nakuset, elle, est confiante. L’équipe d’Architecture sans frontières est vraiment super. On espère que ça va prendre deux semaines, dit-elle en ajoutant que l’ouverture ne saurait se produire assez vite à son goût.

Et à quoi peut-on s’attendre pour le 1er novembre? Afin de préparer le local pour une occupation minimale, voici ce que prévoit le directeur d’Architecture sans frontières Québec : le plancher sera changé, il y aura des électroménagers fonctionnels, idéalement deux douches de posées, toutes les sorties et les recoins sécurisés, la corvée de peinture sera faite et le mobilier de base, soit les matelas, tables et chaises, sera installé.

« J'ai dit à Architecture sans frontières que je veux un espace zen  », rigole Nakuset.

Pour la suite, que ce soit l’aménagement du nouveau local ou quoi que ce soit d’autre, son équipe et elle peuvent compter sur leurs nouveaux alliés. On se rend disponible pour les accompagner jusqu’où on sera pertinents, assure Bruno Demers. Si c’est jusqu’à la fin du prochain projet, super.

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