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Le Liban s'enflamme pour une deuxième journée de manifestations anti-austérité

Une foule de manifestants reçoit des gaz lacrymogènes.

La police tire des gaz lacrymogènes contre les manifestants à Beyrouth.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Agence France-Presse

Des milliers de Libanais manifestant contre la corruption et les conditions de vie très difficiles ont bloqué vendredi, pour un deuxième jour d'affilée, des autoroutes principales dans le pays, où les plus importantes manifestations depuis des années menacent la fragile coalition gouvernementale.

En soirée vendredi, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes, dispersant la foule réunie dans le centre-ville de Beyrouth, devant le siège du gouvernement dont le départ est réclamé par les manifestants. Ceux-ci restaient mobilisés dans les rues de la capitale. Des heurts se sont poursuivis dans la soirée entre des manifestants et les brigades antiémeutes.

Au moins 52 membres des forces antiémeutes ont été blessés et 70 personnes ont été arrêtées, ont indiqué les Forces de sécurité intérieure sur Twitter.

Pour l'instant, on ne sait pas s'il y a des blessés parmi les manifestants.

Des manifestations ont eu lieu également dans plusieurs régions du pays.

Plus tôt, le premier ministre libanais Saad Hariri a donné trois jours aux membres de la coalition gouvernementale pour soutenir ses réformes économiques.

Nos partenaires au gouvernement doivent nous donner une réponse claire, définitive et convaincante [...] assurant que nous avons tous opté pour des réformes, sinon je tiendrai un tout autre discours dans un très court délai de 72 heures, a prévenu, vendredi, M. Hariri dans une allocution télévisée.

Le premier ministre a défendu les réformes qu'il tente de faire adopter pour redresser une économie en berne, accusant des membres de la coalition gouvernementale d'entraver ses efforts.

Ce que l'on voit depuis hier, c'est la douleur des Libanais.

Saad Hariri, premier ministre du Liban

Ces manifestations ont été déclenchées par l'annonce, jeudi, d'une décision du gouvernement d'imposer une taxe sur les appels effectués au moyen des applications de messagerie Internet.

La décision a été aussitôt annulée sous la pression de la rue, mais les Libanais ont poursuivi leur mouvement pour exprimer leur ras-le-bol d'une classe politique accusée de corruption et d'affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence et où la vie est chère.

Arborant des drapeaux libanais et criant dehors, dehors, Hariri ou le peuple veut la chute du régime, slogan du printemps arabe, des manifestants se sont rassemblés devant le siège du gouvernement dans le centre-ville de Beyrouth, paralysé par le mouvement de protestation.

Des membres de la communauté libanaise de Montréal doivent se réunir vendredi soir, à compter de 18 h, devant le Consulat général du Liban à Montréal en guise de soutien à leurs concitoyens qui manifestent leur exaspération depuis deux jours dans les rues du Liban.

Un manifestant arrêté par plusieurs policiers.

Un manifestant arrêté près du palais du gouvernement à Beyrouth

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Pneus et bennes d'ordures brûlés, routes coupées, forces de sécurité en alerte... Des colonnes épaisses de fumée noire s'élèvent au-dessus de la capitale, Beyrouth, et de nombreuses villes du pays.

Les banques, les écoles, les universités et les institutions publiques sont restées fermées en raison des craintes de dérapage.

Les manifestants ont bloqué d'importants axes routiers reliant Beyrouth aux autres régions avec des pneus en feu, selon des correspondants de l'Agence France-Presse (AFP) sur place. Pour le deuxième jour consécutif, ils ont coupé la route principale menant à l'aéroport international de la capitale.

Yara, une jeune diplômée de 23 ans, a affirmé avoir rejoint ce mouvement non partisan dans un pays habitué aux rassemblements à caractère politique et confessionnel et où la société est très polarisée politiquement.

Pour une fois, les gens ne mettent pas en avant la religion ou le parti qu'ils soutiennent. Aujourd'hui ce qui est important, c'est que tous les Libanais protestent ensemble.

Yara, une manifestante

À la corruption endémique et aux infrastructures en déliquescence viennent s'ajouter les répercussions économiques de la guerre en Syrie voisine depuis 2011, outre les divisions au sein de la coalition gouvernementale sur nombre de sujets.

Je veux de l'électricité, je veux que les rues soient éclairées! Je ne veux plus entendre le bruit des générateurs qui fournissent du courant à des prix exorbitants durant les heures où l'électricité publique est coupée, dit Dima Hassan, 42 ans. Commencez là... Au moins quelque chose.

Près de 30 ans après la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990), le pays est toujours en pénurie chronique d'électricité et d'eau potable et miné par les crises politiques à répétition.

Des manifestants dans la nuit brandissent un drapeau.

Des manifestants dans le centre-ville de Beyrouth, au Liban.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

«  Manifestations spontanées »

Les manifestations actuelles sont les plus importantes depuis le mouvement de protestation de 2015.

Dans les rues de Beyrouth, bennes à ordure calcinées, panneaux de signalisation cassés et éclats de verre brisé des devantures des magasins jonchent le sol après une nuit de manifestations marquée par des heurts entre manifestants et forces de sécurité.

Celles-ci ont tiré des gaz lacrymogènes contre les manifestants qui leur lançaient des bouteilles d'eau ou tentaient de briser leur cordon de sécurité devant les institutions d'État, dont le siège du gouvernement.

Jusqu'ici, 23 manifestants ont été blessés, selon la Croix-Rouge libanaise, et 60 membres des forces de sécurité, d'après la police.

Sur Twitter, la ministre de l'Intérieur Raya Al-Hassan a mis en garde contre tout dommage causé aux biens publics et privés et le blocage des routes, avertissant que les forces de sécurité prendraient les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des civils et de leurs biens.

Les manifestations sont le résultat d'une accumulation de griefs, conséquence principale d'une mauvaise gestion du gouvernement.

Sami Nader, directeur du groupe de réflexion Levant Institute for Strategic Affairs

M. Nader fait notamment référence au faible pouvoir d'achat et aux taxes en augmentation. Les manifestations sont, selon lui, totalement spontanées.

Ces dernières semaines, la tension est montée au Liban sur fond d'aggravation de la situation économique, avec des craintes d'une dévaluation et d'une pénurie de dollars sur les marchés de change.

Douloureuses réformes

Le pays s'est engagé en avril 2018 à engager des réformes, lors d'une conférence internationale, en contrepartie de promesses de prêts et de dons d'un montant total de 11,6 milliards de dollars.

Depuis plusieurs années, son économie s'est détériorée, souffrant relativement de la guerre en Syrie voisine, dont les répercussions sont venues s'ajouter à une corruption endémique et des infrastructures en déliquescence.

La dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150 % du produit intérieur brut (PIB), troisième taux le plus élevé au monde après le Japon et la Grèce.

Mettant de l'huile sur le feu, le ministre de l'Information Mohammad Choucair avait annoncé, jeudi soir, que les usagers devraient payer, à partir de janvier 2020, 20 cents de dollar américain pour chaque appel effectué au moyen des services tels que WhatsApp et Viber, ajoutant que la taxe rapporterait à l'État 200 millions de dollars par an.

Cette nouvelle taxe a provoqué l'ire des Libanais, surtout que le prix de la téléphonie mobile au Liban est déjà parmi les plus élevés. Le gouvernement est ensuite revenu sur cette décision.

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