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Des objets ont été incendiés dans les rues de Barcelone, compliquant le travail des policiers.

Photo : Getty Images / Pau Barrena

Radio-Canada

Des heurts ont éclaté en Catalogne au terme d'une manifestation monstre et d'une grève générale, vendredi, dans les rues de Barcelone, où un demi-million d'indépendantistes catalans ont défilé après la condamnation à la prison par Madrid de neuf dirigeants séparatistes.

À la fin de l'après-midi en Catalogne, les cinq principaux cortèges de la Marche pour la liberté, venant d'autres villes catalanes, avaient quasiment tous convergé en prévision d'une grande manifestation.

La police municipale estime à environ 525 000 le nombre de manifestants réunis dans les rues de la capitale catalane.

Une jeune personne portant un casque de moto est debout sur le trottoir en observant un feu dans une rue de Barcelone.

Un manifestant observe un incendie dans une rue de Barcelone.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

Bien que la manifestation se soit déroulée dans le calme la majeure partie de la journée, des affrontements entre la police et des centaines de manifestants radicaux ont éclaté à la fin du rassemblement près du commissariat central de la métropole catalane.

Les manifestants ont incendié des conteneurs à déchets et lancé divers objets aux policiers antiémeutes, qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène en vue de disperser la foule hostile.

Des manifestants empilent des clôtures de sécurité devant un restaurant Burger King dans une rue de Barcelone.

Des manifestants empilent des clôtures devant le quartier général de la police à Barcelone.

Photo : Getty Images / Pau Barrena

Ces nouveaux affrontements surviennent au lendemain d'une nuit de violence au cours de laquelle des centaines de jeunes ont érigé, jeudi soir, des barricades enflammées et jeté des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre, qui ont répliqué en tirant des balles en mousse.

La situation n’était guère plus calme en début de semaine alors que des manifestations se sont transformées en véritables scènes de guérilla urbaine après le blocage de l’aéroport, lundi, par 10 000 manifestants.

Vendredi matin, des barrages routiers ont été mis en place sur plusieurs axes majeurs, et de grandes artères de Barcelone ont été fermées à la circulation en prévision du passage des cortèges. Le trafic ferroviaire régional a été réduit, tout comme la circulation du métro barcelonais.

Le trafic aérien est, en revanche, quasiment normal à l'aéroport El Prat, où les manifestations de lundi ont entraîné l'annulation d'environ 150 vols, selon le ministère espagnol des Travaux publics. Sur Twitter, la compagnie Vueling annonçait toutefois l'annulation d'une cinquantaine de vols vendredi.

En raison des tensions, la Fédération espagnole de soccer a décidé de reporter, pour des raisons de sécurité, le match du 26 octobre entre le FC Barcelone et le Real Madrid, deux grands rivaux du sport espagnol.

Le site Internet de l'organisation Tsunami démocratique, qui est derrière ce mouvement de désobéissance civile, a été fermé sur ordonnance d'un juge. Le site a immédiatement rouvert à une autre adresse.

Des manifestants tiennent une banderole lors d'une marche dans une rue de Barcelone.

Des manifestants indépendantistes dans une rue de Barcelone.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

Nous utilisons Barcelone comme un mégaphone : aucun touriste ne peut ignorer que nous nous mobilisons massivement, et nous espérons que tout ça touchera un peu l'Europe, même si elle nous a assez déçus jusqu'à présent, lance Ramon, un étudiant venu manifester.

Ils nous veulent tous soumis. Ils enferment nos dirigeants, mais ne peuvent faire taire un peuple. Aujourd'hui, tout le monde va voir que le mouvement indépendantiste est transversal, de toutes les générations et classes.

Paquita Corbacho, 64 ans, secrétaire à la retraite

Les manifestants dénoncent la condamnation, lundi, de neuf dirigeants indépendantistes catalans à des peines de prison allant de 9 à 13 ans pour leur implication dans le référendum d'autodétermination d'octobre 2017 et la déclaration unilatérale d'indépendance qui a suivi.

Jusqu'au square Saint-Louis

Entre-temps, à Montréal, quelque 150 personnes ont voulu manifester leur solidarité envers les Catalans, vendredi soir, en se réunissant au square Saint-Louis.

Parmi eux se trouvaient quelques politiciens, dont les députés péquistes Pascal Bérubé et Sylvain Gaudreault, la députée de Québec solidaire Ruba Ghazal et Michel Duchesne, candidat bloquiste dans Laurier–Sainte-Marie.

Citoyens et politiciens ont manifesté leur solidarité à Montréal envers les neuf prisonniers catalans.

Citoyens et politiciens ont manifesté leur solidarité à Montréal envers les neuf prisonniers catalans.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Desrosiers

Nouveau mandat d'arrêt

Réfugié en Belgique, l'un des dirigeants visés par la justice espagnole, Carles Puigdemont, a rencontré les autorités belges, qui lui ont signifié le nouveau mandat d'arrêt qui pèse contre lui.

Il fait l'objet d'une demande d'extradition de la part de la justice espagnole, mais invoque notamment l'immunité parlementaire pour s'y soustraire.

Il s'agit désormais pour la justice belge de vérifier si le fait qui est à la base du mandat d'arrêt européen constitue une infraction au regard du droit belge, selon le parquet de Bruxelles. Une première audience est prévue pour le 29 octobre.

Carles Puigdemont sort, les mains dans les poches, sous les caméras et les micros de journalistes.

Carles Puigdemont a été auditionné par la justice belge avant de ressortir libre, vendredi, mais sous contrôle judiciaire.

Photo : Reuters / Francois Lenoir

Lorsque la colère éclate

Le verdict du Tribunal suprême a donné lieu à des manifestations parfois violentes. Selon la mairie de Barcelone, 400 poubelles ont été incendiées mercredi, et les dégâts occasionnés en deux jours s'élèvent à plus d'un million d'euros.

Selon les autorités régionales, environ 110 personnes ont été interpellées depuis le début de la semaine, dont 11 jeudi soir. En tout, 42 personnes ont été blessées partout dans la région jeudi, dont 36 à Barcelone, selon les services de secours.

Au sein de la population, il y a ce sentiment que toutes ces manifestations pacifiques n'ont pas servi à grand-chose et qu'à l'image des gilets jaunes et de Hong Kong, il faut aller plus loin, a expliqué le journaliste français Henry de Laguérie à l'émission Tout un matin.

Selon M. Laguérie, le statu quo politico-judiciaire crée une forme d'impasse qui peut aussi expliquer que la situation dégénère.

En effet, même si le président socialiste espagnol Pedro Sanchez répète qu'il ne souhaite pas suspendre l'autonomie de la Catalogne, il ne peut pas remettre en question le processus judiciaire ayant mené à la condamnation des dirigeants catalans.

Les contrecoups des manifestations commencent aussi à se faire sentir sur l'économie locale. Jeudi, le groupe Volkswagen a annoncé avoir stoppé, jusqu'à samedi, la production à son usine de Martorell, près de Barcelone, qui compte 6500 employés.

De son côté, le grossiste Mercabarna rapportait que les ventes de poissons et de fleurs avaient diminué de 85 à 90 % par rapport à la semaine précédente.

Avec les informations de Reuters, et Agence France Presse

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