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Pas plus de psychoses dénombrées à l'urgence depuis la légalisation du cannabis

Une file d'attente devant la SQDC de Rimouski

Plusieurs personnes attendaient en file devant la SQDC à Rimouski, au moment de l'ouverture du magasin il y a un an. Le Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent ne constate pas une recrudescence des problèmes de consommation depuis la légalisation du cannabis. (archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Isabelle Damphousse

Un an après la légalisation du cannabis, les professionnels de la santé au Bas-Saint-Laurent n'ont pas observé une recrudescence des problèmes de consommation auprès de la population. Selon les professionnels rencontrés, la substance a été adéquatement légalisée sans toutefois être banalisée.

Un an jour pour jour après la légalisation du cannabis, c'est le calme plat à la succursale de la SQDC de Rimouski. Les nombreuses personnes qui faisaient la queue pour entrer dans le magasin ont laissé place au son de l'accordéon que joue un musicien de rue.

Les clients rencontrés ne se sentent tout de même pas à l’aise de nous accorder d’entrevue, à l’exception d’un. Il dit fumer depuis 22 ans et que la législation lui a permis d’essayer de nouveaux produits. Selon lui, la légalisation n’a rien changé.

Un point de vente de la SQDC avec des produits dans les étagères.

La succursale de la Société québécoise du cannabis (archives)

Photo : Radio-Canada / Audrey Roy

Une passante abonde dans le même sens. Les gens qui consommaient de la marijuana dans son entourage n’ont pas changé leurs habitudes de consommation.

Le chef du département de psychiatrie du Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent, Jean-François De La Sablonnière dresse un portrait semblable.

Ça n'a rien changé,  dit-il d’emblée lorsque nous l’avons rencontré dans son bureau du centre hospitalier du Grand-Portage à Rivière-du-Loup.

Le travail clinique est toujours le même et la fréquentation de l’urgence pour des psychoses demeure la même, selon les statistiques du Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent.

Même constat auprès de LucJobin, de l'organisme En tout C.A.S. qui effectue du travail de rue dans la MRC de Rimouski-Neigette. Des jeunes lui ont même confié associer le cannabis à la génération de leurs parents.

Il a des jeunes qui nous ont dit : "c'est une drogue de mon oncle, de ma tante".

Luc Jobin, directeur, En tout C.A.S.

Il dit toutefois avoir observé, au lendemain de légalisation, une petite hausse de la consommation auprès des habitués, mais ça s’est estompé assez rapidement.

Peut-être un sentiment d'euphorie de revendication. Enfin on a gagné!, raconte-t-il.

À l’organisme de réinsertion sociale pour toxicomanes, Aux Trois Mats, à Rimouski, des clients ont fait savoir aux intervenants que les odeurs dans les rues les replongent dans leur passé.

Les gens [qui sont] sur le point de bascule, là, on peut remarquer que ça a un impact, dit-elle.

À savoir si ça va se transformer en un geste de consommation? Pas nécessairement, nous répond-elle.

Mme Bouchard pense qu’il est trop tôt pour faire un bilan complet sur les effets de la légalisation du cannabis sur les habitudes de consommation. Elle s’attend à ce que les gouvernements soutiennent les organismes communautaires et le réseau de la santé à long terme pour offrir des services complets pour éviter que des gens tombent dans une craque du système, dit-elle.

Les produits comestibles suscitent des inquiétudes

Le psychiatre Jean-François De La Sablonnière se dit préoccupé par les nouveaux produits comestibles qui seront disponibles à la mi-décembre au Canada.

L’association du cannabis au sucre, une substance extraordinairement addictive et attirante surtout pour les jeunes représente une sphère de danger.

C’est difficile d’imaginer des gummy bears givrés de couleur attirante, c’est là que je vois un problème. C’est difficile d’imaginer un cupcake non appétissant.

Jean-François De La Sablonnière, médecin psychiatre

Le psychiatre croit que ce type de produits ouvrent la porte à vouloir être attirant, ce qui va à l’encontre de la philosophie derrière la légalisation du cannabis.

Il salue l’approche du gouvernement du Québec d’interdire la vente de friandises au cannabis contrairement à d’autres provinces.

Un cuisinier met un glaçage à la vanille sur ses petits gâteaux.

L’association du cannabis au sucre représente une sphère de danger pour les jeunes.

Photo : CBC/Brian Chisholm

Les gouvernements gagneraient, selon lui, à suivre les enseignements tirés de la prévention sur le tabagisme. Les stratégies qui ont été mises en place pour réduire le fléau du tabac ont fonctionné.

L’interdiction aux compagnies de tabac d’associer leurs produits à des événements sportifs ou des festivals par exemple, a réduit le nombre de nouveaux utilisateurs.

Il ne faut pas qu’il y ait d’association qui se fassent dans la tête des humains comme de quoi c’est une bonne chose, que ça procure du plaisir, que c’est cool en quelque sorte. Si on réussit ça, on va éviter les problèmes qu’on rencontre encore aujourd’hui avec l’alcool et le jeu, explique-t-il.

Vers la décriminalisation de toutes les drogues

Le docteur De La Sablonnière demeure tout de même un partisan de la légalisation. Il milite d'ailleurs avec un groupe de collègues pour la légalisation de toutes les drogues.

Il y a dix Canadiens qui meurent par jour de surdoses d’opioïde, dit-il, une des solutions à ça, ça serait la légalisation.

En légalisant toutes les drogues, les personnes qui souffrent de dépendances ont accès à des produits de qualité tout en étant supervisées.

Il rappelle que de nombreuses études scientifiques prouvent que la criminalisation des drogues ne diminue pas leur accessibilité ni les problèmes de consommation. Au contraire, la criminalisation augmente le fardeau judiciaire, il y a plus d’incarcérations et de problèmes avec le crime organisé.

Ça, en légalisant, on évite ça, dit-il tout en ajoutant que ceux qui ont un trouble de consommation ne sont jamais heureux.

Bas-Saint-Laurent

Cannabis