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Produits comestibles de cannabis : les producteurs se préparent

Des biscuits posés sur une table en bois, entourés de cannabis séché et de feuilles de cannabis.

Les produits comestibles de cannabis sont légaux au Canada depuis le jeudi 17 octobre 2019.

Photo : iStock

Radio-Canada

Chocolats, confiseries infusées au cannabis, poudre cannabinoïde soluble à mélanger… Depuis jeudi, les produits comestibles qui contiennent du cannabis sont légaux au Canada.

Ils sont plusieurs grands producteurs autorisés à vouloir se lancer dans cette nouvelle aventure.

Incursion dans les laboratoires

Une femme dans un laboratoire

Vicki Leggo est conceptrice culinaire aux laboratoires de Canada's Smartest Kitchen, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Dans les laboratoires de Canada's Smartest Kitchen, à l'Île-du-Prince-Édouard, Vicki Leggo mélange le facteur d'inclusion qui remplace le cannabis pour faire une pâte consistante.

Je calcule combien de temps il faut pour mélanger le facteur d’inclusion, explique la conceptrice culinaire.

Mme Leggo travaille sur un tout premier chocolat au cannabis pour le producteur licencié Organigram. Elle s'assure de l'homogénéité de la préparation pour que le cannabis soit réparti de manière équilibrée d'une portion à l'autre. Cette étape est cruciale, puisque Santé Canada impose un maximum de 10 mg de THC par emballage.

Goût de cannabis « indétectable »

Quand on a demandé aux consommateurs [s'ils voulaient que le cannabis ait un goût de cannabis], c'était très clair que non. Donc on a développé [...] une technologie qui va nous permettre que le chocolat goûte le chocolat, affirme Ginette Ahier, chef de produits comestibles chez Organigram, le plus important producteur de cannabis de l'Atlantique.

La chocolatière Ginette Ahier.

La chocolatière Ginette Ahier.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

L'usine de Moncton a été agrandie pour accueillir la manufacture de chocolat et les autres produits comestibles : des produits à vapoter et de la poudre cannabinoïde soluble à mélanger.

Je suis très fière de dire de certains de nos produits qui vont être sur nos étagères ont surpassé des marques de chocolat international qui sont déjà très reconnues et réputées. Donc le défi, c'était d'avoir un produit qui est sécuritaire, mais aussi délicieux, a-t-elle ajouté.

chocolats cannabis

Ginette Ahier, chef de produits comestibles chez Organigram, affirme que les chocolats produits à partir du cannabis comestible seront « délicieux ».

Photo : Organigram

Temps d’activation rapide

Ginette Ahier et son équipe ont réussi un tour de force : contrôler le temps d'effet euphorisant après la consommation de la poudre soluble.

Cette technologie-là a un temps d'activation rapide entre 10 à 15 minutes et ça, c'est vraiment quelque chose qui est recherché par les consommateurs. Le temps qu'il faut attendre pour qu'un produit comestible prenne effet, avance Mme Ahier.

Professionnels de la santé inquiets

Jusqu’à 73 % des Canadiens favorables à la légalisation des produits alimentaires au cannabis sont disposés à essayer un produit comestible, selon un sondage de l'Université Dalhousie.

Mais tout le monde ne partage pas le même appétit pour les produits comestibles. Ces produits présentent certains risques, surtout pour les enfants qui pourraient plus facilement y être exposés.

Il y a une plus grande exposition des enfants aux produits comestibles et ça représente un risque. Il va falloir faire de l'éducation et de la sensibilisation, explique Laurie Mosher, directrice médicale du centre antipoison de l'hôpital IWK à Halifax.

Hôpital IWK

Certains professionnels de la santé s'inquiètent de l'attrait que pourraient présenter les produits comestibles du cannabis chez les jeunes.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

On dénombre déjà une trentaine de cas d'enfants intoxiqués aux produits comestibles depuis 2017 au plus important hôpital pour enfants de la région Atlantique.

Le centre anti-poison d'IWK dénombre une trentaine d'enfants intoxiqués au cannabis depuis 2017. Selon Laurie Mosher, le nombre réel d'intoxications est certainement beaucoup plus élevé,  étant donné que les déclarations ne sont pas obligatoires.

Le centre anti-poison d'IWK dénombre une trentaine d'enfants intoxiqués au cannabis depuis 2017. Selon Laurie Mosher, le nombre réel d'intoxications est certainement beaucoup plus élevé, étant donné que les déclarations ne sont pas obligatoires.

Photo : Radio-Canada

Depuis le début de l'année 2019, 12 cas d'intoxication chez des enfants de 0-12 ans ont été signalés. En général, ils avaient consommé des oursons en gélatine, des chocolats ou des biscuits.

Les cas d'intoxication vont probablement croître avec l'augmentation de la consommation si les parents ne rangent pas adéquatement les produits comestibles.

Laurie Mosher, directrice médicale du centre antipoison de l'hôpital IWK à Halifax

Nathalie Cauchon, médecin de famille à la clinique d'obstétrique de l'hôpital de Bathurst, abonde dans le même sens. Non, c'est pas une bonne nouvelle, il va falloir rester vigilant.

Dans la population qu'on suit et qu'on traite, il y a au moins 30 % des femmes enceintes qui ont consommé du cannabis à un certain moment de leur grossesse [...] La plupart ont diminué, mais on a encore des patientes qui ont consommé du cannabis pendant toute leur grossesse.

Une « banalisation » du cannabis?

La médecin de famille estime que la légalisation a amené une banalisation de l'usage de cannabis. C'est vu comme quelque chose de plus normal, d'acceptable, de sécuritaire. Les patientes vont nous dire qu'elles en prennent pour les nausées de la grossesse ou pour les aider à relaxer ou dormir le soir [...] alors qu'on sait qu'il y a des conséquences sur le bébé qui se développe.

Nathalie Cauchon, médecin de famille

Nathalie Cauchon, médecin de famille

Photo : Radio-Canada / Héloïse Bargain

Nathalie Cauchon craint maintenant que l'arrivée des produits comestibles n'accélère cette tendance.

Les risques de fumer du cannabis sont différents de celui d'ingérer, mais ça reste quand même un produit qui contient du THC en quantité importante.

Des mesures de sécurité

Des jambes d'enfants dans un corridor

Les produits comestibles du cannabis ne doivent pas être attrayants pour les jeunes.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

La réglementation de Santé Canada stipule que les produits comestibles ne doivent pas être attrayants pour les jeunes. Les Canadiens ne doivent donc pas s’attendre à retrouver des oursons en gélatine de couleur vive ou sous forme d'animaux en magasin.

Moi, je suis une mère de famille. Si on veut déstigmatiser, ça commence par la discussion à la maison.

Ginette Ahier, chef de produits comestibles chez Organigram

Ginette Ahier assure de son côté que la sécurité est une priorité et que les emballages seront à l'épreuve des enfants.

Ça commence par l'éducation [...]. C'est le temps qu'on ajoute le logo THC dans le vocabulaire et dans le visuel de qu'est-ce que c'est pour que les enfants puissent vraiment le reconnaître.

Pas sur les tablettes avant plusieurs semaines

Même si les produits comestibles ont été légalisés jeudi, il faudra attendre encore 60 jours, le temps pour Santé Canada d'analyser les échantillons et les produits envoyés par les entreprises, avant d'en trouver sur les tablettes des magasins. Les ventes commenceront au plus tôt à la mi-décembre.

D'après un reportage de Nicolas Steinbach

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Nouveau-Brunswick

Cannabis