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Les vignobles québécois menacés par des virus

Des rangs de vignes.

Des vignes du vignoble Domaine St-Jacques

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Julie Vaillancourt

L’engouement soudain des vignerons québécois pour une variété particulière de vignes laisse présager une prolifération de virus dans les vignobles de la province. S’ils ne sont pas dangereux pour la santé humaine, ces virus peuvent cependant compromettre la rentabilité des vignobles. Une équipe de La semaine verte a rencontré des artisans de l'industrie.

L’industrie viticole québécoise a le vent dans les voiles. La loi 88, qui permet maintenant aux vignerons de vendre leurs crus directement aux épiciers sans passer par la SAQ, a donné un petit coup de pouce au milieu.

L’enthousiasme des millénariaux, une génération adepte des produits locaux, a fait le reste, selon Yvan Quirion, président du Conseil des vins du Québec et copropriétaire du vignoble Domaine St-Jacques à Saint-Jacques-le-Mineur, en Montérégie. Plus on vend, plus de gens viennent nous visiter. C’est un peu comme la saucisse Hygrade, on est dans un cercle vicieux actuellement.

Yvan Quirion parmi ses vignes.

Yvan Quirion privilégie les vignes de « vitis vinifera ».

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Pour répondre à la demande, le vigneron, dont la production a presque doublé en quatre ans, plante davantage de vignes. Il privilégie désormais les vitis vinifera, une variété européenne qui est à la base de la fabrication des vins les plus appréciés du monde, comme le cabernet-sauvignon, le pinot noir, le chardonnay ou le riesling.

Auparavant, cette variété n’était pas cultivée au Québec. Des cépages hybrides, plus résistants au froid, étaient plantés. Mais depuis que les vignerons disposent de nouveaux outils pour protéger leurs vignes des rigueurs de l’hiver, l’industrie se transforme.

Les superficies de vitis vinifera ont presque doublé dans la province depuis deux ans, et elles représentent désormais 9,6 % des cultures.

Ce subit engouement inquiète Mamadou L. Fall, spécialiste des maladies de la vigne à Agriculture et Agroalimentaire Canada. On ne peut pas d'un seul coup “shifter” vers les vitis vinifera. L'Ontario l'a fait, la Colombie-Britannique a aussi fait ce passage des hybrides vers le vitis vinifera. Mais quand on regarde la problématique des virus, il y en a beaucoup plus dans ces provinces.

Mamadou L. Fall dans un laboratoire.

Mamadou L. Fall est spécialiste des maladies de la vigne à Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Il est vrai que 58 % du vignoble ontarien est maintenant composé de vitis vinifera, alors qu’en Colombie-Britannique, c’est 98 %.

La vigne attaquée

Et la vigne des deux plus importantes provinces productrices de vin est atteinte de plusieurs virus.

Le principal est l’enroulement de la vigne. Comme son nom l’indique, il provoque l’enroulement des feuilles de la plante et influe sur la grosseur des grappes de raisins. Les baisses de rendement dans les vignobles touchés sont de 30 à 50 %, selon les spécialistes.

Quant au virus de la tache rouge, il provoque une décoloration rouge de la feuille, mais, surtout, les raisins ne mûrissent pas suffisamment pour donner le taux de sucre nécessaire à la fabrication du vin.

Une feuille tachée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le virus de la tache rouge

Photo : Radio-Canada / Agriculture Canada

Dans les vignobles américains où ces virus sont présents, l'estimation des pertes est de 68 000 $ à 230 000 $ par hectare cultivé, selon Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Yvan Quirion, qui importe ses plants de vigne du principal pépiniériste viticole en Ontario, ne se fait pas d’illusions. C'est une évidence qu'on va avoir des virus; dans quelle proportion, on la souhaite la plus faible possible.

Le vigneron dit compenser en plantant davantage de vignes que nécessaire. C'est des pertes économiques énormes. On a besoin de 10 hectares à 10 tonnes par hectares pour avoir un projet d'affaires. On va planter 15-16 hectares, ça nous coûte une fortune, déplore-t-il.

Un fagot de pieds de vigne.

Des pieds de vigne.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Il lance un appel à l’aide. Va falloir que le gouvernement fédéral investisse massivement, rapidement pour trouver des solutions. Présentement, on transmet les virus partout et plus on plante, plus on transmet de virus. Il y a une omerta là-dessus.

Des tests coûteux

Pour répondre à la crise qui se profile, le fédéral finance, depuis juin dernier, certains tests effectués par le Réseau canadien de certification de la vigne.

Contrairement à ce que son nom peut laisser croire, l’organisme en question n’est pas du ressort du gouvernement, mais d’une association de vignerons canadiens qui a pris l’initiative d’investir dans la recherche.

Le dépistage de virus se fait en laboratoire à l’Université Brock de St. Catharines en Ontario. La technique utilisée permet de détecter jusqu’à huit virus prédéterminés sur une feuille de vigne.

Mais les tests coûtent des dizaines de milliers de dollars. Le fédéral finance 50 % des coûts pour les pépiniéristes viticoles, mais pas pour les vignerons qui souhaitent s’en prévaloir.

Une chercheuse dans un laboratoire.

Des tests sur un pied de vigne

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Mamadou Fall rappelle que ces virus se transmettent lors du greffage d’une bouture sur un pied de vigne ou encore par des insectes ou des nématodes.

Il en appelle donc à un programme obligatoire qui ne serait pas aux frais des utilisateurs. Il faut un programme de certification qui intègre l'ensemble des producteurs canadiens, parce que, si certains le font et d'autres non, ça ne sert pas à grand-chose. Les insectes ne font pas la différence entre les vignobles. Si je fais l'effort alors que mon voisin ne le fait pas, ça ne servira absolument à rien.

Pour prévenir ce qu’il qualifie de catastrophe virale potentielle, Agriculture et Agroalimentaire Canada tente de mettre au point un outil plus performant que celui utilisé en Ontario. La technologie en question détecterait tous les virus sans connaissance préalable de ceux qu’on veut identifier. Le projet de recherche vient tout juste de débuter et connaîtra sa finalité dans quatre ans.

Le reportage de la journaliste Julie Vaillancourt et du réalisateur Pier Gagné est diffusé dans le cadre de l’émission La semaine verte le samedi à 17 h à ICI TÉLÉ.

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