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  • Archives
  • Bill Reid, sculpteur du monde mythique des Haïdas

    Gros plan d'un dessin et du sculpteur Bill Reid qui dessine.

    Le sculpteur haïda Bill Reid dans son atelier

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le Musée McCord présente jusqu'au 27 octobre une exposition qui se consacre à l'art des Haïdas, une communauté autochtone de la Colombie-Britannique. L'occasion de revenir en archives sur la carrière du plus connu des artistes haïdas, Bill Reid, qui s'est fait tour à tour peintre, sculpteur, orfèvre et poète.

    Bill Reid aura porté haut la culture haïda; selon l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, il l’aurait sauvée.

    Fabienne Lips-Dumas, journaliste

    L’artiste investi d’une mission de transmission de l’art ancestral

    En 50 ans de carrière, le créateur autochtone aura transformé considérablement le paysage artistique canadien.

    Le 16 mars 1998, à l'émission Ce soir, la journaliste Fabienne Lips-Dumas présente un portrait de l’artiste à l’occasion de son décès.

    Ce soir, 16 mars 1998

    Né d'un père américain et d'une mère issue de la nation haïda, Bill Reid ne découvre ses origines amérindiennes qu'à l'adolescence. Cette révélation sera pour lui déterminante.

    À l'aube de ses 30 ans, habité par le vaste monde de la mythologie haïda, il entreprend de faire renaître la tradition artistique ancestrale de son peuple.

    D'abord annonceur de radio dans diverses chaînes locales de Vancouver, Bill Reid passe au réseau anglais de la Société Radio-Canada, CBC, à Toronto en 1948. Pendant ses années à CBC, il suit des cours en orfèvrerie au Ryerson Institute of Technology. Sa passion pour la confection de bijoux le mène à s'intéresser aux œuvres de l'artiste haïda Charles Edenshaw.

    En 1958, il décroche un contrat de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) pour construire un village haïda d'antan. Il démissionne de CBC pour se consacrer à ce projet.

    Bill Reid participe au sauvetage des mâts totémiques des îles de la Reine-Charlotte et en tire un documentaire. Ce parc déménagera en face du musée d’anthropologie de l'UBC en 1963.

    En 1973, il crée une œuvre majestueuse, Le corbeau et les premiers hommes, qui représente la naissance de la communauté haïda. La sculpture est exposée au musée d’anthropologie de l'UBC.

    Selon le récit mythologique de la genèse haïda, le corbeau donne naissance au monde en libérant les humains enfermés dans une coquille de palourde géante.

    Sculpture représentant un corbeau et des humains.

    La sculpture de cèdre « Le corbeau et les premiers hommes », de l'artiste Bill Reid (1983)

    Photo : Radio-Canada

    Quelques aspects des Haïdas :

    • La présence autochtone sur les îles de la Reine-Charlotte remonte à près de 7000 ans.
    • Les Haïdas formaient une société matrilinéaire.
    • Les Haïdas étaient un peuple de commerçants et de grands navigateurs.
    • Chaque village était organisé selon deux fratries : Corbeau et Aigle. Un individu était tenu de se marier à un membre de la fratrie opposée.
    • Les fratries se divisaient à leur tour en clans : Loup, Épaulard et Ours.
    • Les Haïdas disposent de près de 70 figures emblématiques, mais moins d'une vingtaine sont généralement utilisées pour former les objets d’art comme les totems et les pirogues.
    • Chacune des composantes de l’art haïda comporte une dimension spirituelle. Les motifs peuvent marquer l’identité sociale et refléter des liens qui unissent les humains aux êtres mythiques que sont les oiseaux, les mammifères, les poissons ou les êtres surnaturels.

    Défenseur des droits et du patrimoine autochtones

    L’artiste est aussi fort engagé pour faire stopper les coupes à blanc sur l’île Lyell. Il prendra la parole pour défendre les droits territoriaux des Autochtones et pour sensibiliser les gens au patrimoine haïda.

    Le 2 octobre 1989, Bill Reid est l’invité d’honneur du Musée de l’Homme, à Paris, à l'occasion d’une exposition sur les peuples autochtones d’Amérique. Le journaliste Raymond Saint-Pierre est du voyage et présente un reportage sur l’événement au Téléjournal.

    Téléjournal, 2 octobre 1989

    Dix-huit Haïdas se rendent de Rouen à Paris dans une pirogue conçue et dessinée par Bill Reid. Ils souhaitent ainsi démontrer que leur art n’est pas qu’objet de musée.

    Dès le départ, ils demandent qu’on enlève le drapeau canadien sur une des péniches qui les accompagnait. Leur pirogue, appelée Lootas – « la mangeuse de vagues » –, est le symbole de leur survie. Même s’il ne reste que 3000 Haïdas, ils veulent qu’on les considère comme une nation.

    Raymond Saint-Pierre

    Le 23 novembre 1991, le journaliste Jean-Michel Leprince assiste au dévoilement d’une des œuvres les plus connues de Bill Reid, L'esprit de Haïda Gwaii, commandée par l'entreprise R.J. Reynolds pour la nouvelle ambassade du Canada à Washington. Il présente au Téléjournal un reportage sur l’installation périlleuse de cette sculpture.

    Téléjournal, 23 novembre 1991

    Il s'agit d'une sculpture de cinq tonnes qu’il a fallu hisser à l’aide d’une grue pour la placer dans la cour intérieure de l’ambassade.

    "L’esprit de Haïda Gwaii", ce qui veut dire l’esprit des îles du peuple, comme les Haïdas appellent leurs terres ancestrales que l’on connaît, nous, sous le nom d’îles de la Reine-Charlotte.

    Jean-Michel LePrince

    Bill Reid a travaillé six ans à cette œuvre gigantesque; sa dernière d’une telle envergure, car, à 71 ans, l’artiste était déjà fortement diminué par la maladie de Parkinson, qui l’affaiblissait depuis 1973. Il réalisera tout de même une autre fois la même structure pour l’aéroport de Vancouver. Le canot transporte 13 figures de la mythologie haïda. Une mythologie profondément liée à l’environnement, aux éléments et aux animaux.

    L’art haïda fait à présent partie du patrimoine du monde entier.

    Bill Reid

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