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Un locomotive au coeur de la fôret.

La vieille locomotive Plymouth de 12 tonnes abandonnée depuis 60 ans à McInnis.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Radio-Canada

Depuis quelques mois, une photo d'une locomotive abandonnée circule sur les réseaux sociaux dans le Nord de l'Ontario. Radio-Canada s'est rendue sur place, à McInnis, à 40 kilomètres au nord de Smooth Rock Falls, pour vous raconter l'histoire de ce village abandonné depuis 1959.

Mathieu Martel est l’auteur de la photo, qui a énormément circulé sur la toile.

Après avoir terminé son baccalauréat en histoire à l’Université de York, le jeune diplômé se trouve un emploi dans sa ville natale au Musée de Smooth Rock Falls. Dans les archives, il découvre l’existence d'un village abandonné depuis 60 ans, McInnis Sidings.

Un homme pose avec les décombres d'une scierie.

Mathieu Martel à l'intérieur des ruines de la scierie de McInnis.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Sa curiosité l'amène à aller explorer ce village, malgré les défis qui se dressent devant lui pour s'y rendre.

C’est difficile d’accès, le train de Cochrane vers Moosonee n’arrête plus à McInnis. [La meilleure] option, c'est 40 kilomètres en camion sur le chemin Fraserdale et ensuite 8 kilomètres de bateau.

Mathieu Martel, diplômé en histoire et explorateur
Une carte du Nord de l'Ontario avec l'emplacement de McInnis.

Aucune route ne relie le village de McInnis au reste du monde. Les deux options pour s'y rendre sont en bateau à moteur ou en train, et le train ne s'y arrête plus.

Photo : Radio-Canada

La petite histoire du village

Propriété d'Arne Ernie Wicks, maire de Cochrane dans les années 30, la scierie de McInnis voit le jour à l’hiver 1934-1935.

Mathieu Martel raconte qu'un très grand nombre d'habitants du village proviennent de la Finlande, pays natal du propriétaire.

Le village de McInnis dans les années 50. On y voit les deux cheminées à l'extrémité gauche, à droite la pile de bran de scie.

Le village de McInnis dans les années 50. On y voit les deux cheminées à l'extrémité gauche, à droite la pile de bran de scie.

Photo : Collection Musée de Smooth Rock Falls

Une des raisons pour laquelle il y avait autant de Finlandais, c'est que le climat et le type d'emploi à McInnis étaient similaires à leur mode de vie en Finlande. La plupart des 150 personnes habitant le village étaient des hommes célibataires.

Mathieu Martel, diplômé en histoire et explorateur

En 1959 , la scierie du village de McInnis Sidings ferme ses portes, laissant une centaine de personnes sans emploi. L’usine étant le seul employeur du village, ses 150 habitants se sont tournés vers les communautés de Cochrane et de Smooth Rock Falls.

Des citoyens posent devant un ski-doo à 6 places devant le moulin à scie.

En avril 1959, des citoyens de McInnis prennent une dernière photo avant la fermeture du village

Photo : Musée de Smooth Rock Falls

Soixante ans plus tard, d'anciens résidents sont toujours nostalgiques de McInnis Sidings.

C’est le cas de la famille Moore. Owen Moore, âgé de 74 ans a vécu dans le village entre 1954 et 1955. Son grand-père John Ernest-Moore gérait la scierie.

Owen Moore et sa soeur Judy Moore-Loiselle regardent des archives de leur famille à McInnis.

Owen Moore et sa soeur Jody Moore-Loiselle regardent des archives de leur famille à McInnis.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Nous avons été chanceux, comme mon grand-père gérait le moulin, il avait dit à ses cinq enfants qui travaillaient avec lui, si vous trouvez un emploi ailleurs, prenez-le.

Owen Moore, ancien résident de McInnis

La famille Moore a pris la route vers Islands Falls, puis Smooth Rock Falls. Soixante ans après la fermeture de la scierie, ils sont retournés à McInnis pour voir ce qu'il en reste.

Les ruines de McInnis

Après avoir parcouru les 9 kilomètres de bateau sur la rivière Abitibi, difficile de croire qu’il y avait un village à travers l’immense forêt qu’on voit devant nous.

On ne peut apercevoir que de vieilles roues et des morceaux de bois pour supporter la rampe qui amenait les billots de bois vers la scierie.

Une image d'archives avec celle du présent.

Mathieu Martel montre de quoi avait l'air le village avant la fermeture.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Mathieu Martel explique la principale raison pour laquelle la nature a aussi facilement repris le contrôle à McInnis.

Le moulin fonctionnait à vapeur, avec peu de produits dommageables pour la nature et les excréments des chevaux qui transportaient le bois ont servi d’engrais.

Mathieu Martel, diplômé en histoire et explorateur

On marche sur des bouteilles d’aspirine, des cannes d’huile, des pots de tabac qui datent des années 50 et des valves d’eau un peu partout.

Notre première découverte concrète, les décombres de la scierie. Les deux cheminées sont encore intactes, on y voit clairement les briques et en creusant, on trouve des morceaux brûlés de la structure.

Les ruines de la scierie de McInnis.

Les deux cheminées de la scierie jonchées au sol. À l'extrême droite, quelques morceaux de la scierie.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Nous tombons ensuite face à face avec une énorme locomotive Plymouth de 12 tonnes datant de 1930, abandonnée à 800 m du chemin de fer.

À l'époque, il y avait deux locomotives qui apportent le bois du moulin vers le chemin de fer.

Mathieu Martel, diplômé en histoire et explorateur

Il y a un endroit là où la nature n'a pas encore repris totalement le contrôle, là où se trouvait une pile de bran de scie d'environ huit mètres de haut selon des photos d'époque. Aucun arbre ne pousse à cet emplacement aujourd'hui.

Un bâtiment sur le point de s'effondrer.

Ce qui reste du bâtiment le mieux conservé de McInnis pourrait s'écrouler du jour au lendemain.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Après plus de 5 heures de recherche, on tombe sur des traces des habitations. Les toits des maisons sont presque totalement au niveau du sol. On peut y voir des chaudrons, des bacs à linge et des lits. Deux maisons ont survécu, une maison construite en amiante et une autre avec un enclos à poules.

Les ruines d'une maison.

La maison de la famille Moore est l'une des rares a être en partie debout après six décennies. On y voit la cage à poules et le bac à linge.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Owen Moore frissonne en voyant la vidéo qu’on lui montre. Il se souvient que sa famille avait le seul poulailler.

D’autres communautés à l’image de McInnis?

Est-ce que des villes qui dépendent de l’industrie forestière pourraient subir le même sort que McInnis?

Depuis 15 ans, 31 usines dépendant de l’industrie du bois en Ontario ont fermé leurs portes et 17 725 emplois ont été perdus dans ce domaine.

Plusieurs municipalités doivent redoubler d'efforts pour attirer des entreprises et des résidents.

Par exemple, depuis la fermeture de sa scierie, en 2006, la ville de Smooth Rock Falls joue d’ingéniosité en offrant des terrains pour la somme de 500 $.

Nord de l'Ontario

Industrie forestière