•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Mike Pence annonce un « cessez-le-feu » de 5 jours en Syrie

Le reportage de notre correspondant Jean-François Bélanger

Photo : Getty Images / Handout

Radio-Canada

En visite à Ankara, le vice-président américain Mike Pence a annoncé jeudi que les États-Unis et la Turquie s'étaient entendus pour que cette dernière suspende son offensive dans le nord de la Syrie pendant 120 heures afin de permettre aux forces kurdes de se retirer du secteur.

Après quatre heures d'entretiens avec le président turc Recep Tayyip Erdogan et d'autres responsables turcs, le vice-président américain a déclaré au cours d'une conférence de presse qu'Ankara avait accepté un cessez-le-feu en Syrie pendant cinq jours, le temps que les États-Unis facilitent le retrait des combattants kurdes d'une partie du nord-est de la Syrie.

L'opération militaire de la Turquie sera entièrement interrompue après le retrait des Kurdes, a affirmé M. Pence.

Nous pensons que c'est un résultat qui servira grandement les intérêts de la population kurde en Syrie et ceux de la Turquie et qui créera le type de zone tampon à long terme qui garantira la paix et la stabilité dans la région , a-t-il affirmé.

Il y a un peu plus d'une semaine, la Turquie a lancé une offensive de vaste envergure contre les combattants kurdes, alliés des États-Unis dans la lutte contre le groupe armé État islamique (EI). La décision du président Trump de retirer un petit contingent américain du nord-est de la Syrie, tout près de la frontière turque, avait ouvert la voie à l'opération d'Ankara.

Sa décision impromptue avait été condamnée autant par ses alliés républicains que par les démocrates.

M. Pence, qui était accompagné par le secrétaire d'État américain Mike Pompeo lors des rencontres, a indiqué que la menace de représailles économiques brandie plus tôt cette semaine par l'administration Trump à l'endroit de la Turquie n'était plus sur la table.

Une partie de notre entente prévoit qu'avec la mise en œuvre du cessez-le-feu, les États-Unis n'imposeront plus à la Turquie des sanctions supplémentaires, a-t-il dit. Et une fois un cessez-le-feu permanent en vigueur, le président [Trump] a accepté de retirer les sanctions économiques qui ont été imposées lundi dernier.

Toujours selon CNN, le général Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), a déclaré que celles-ci étaient prêtes à respecter le cessez-le-feu et feraient tout ce qui est nécessaire pour y parvenir.

Selon l'accord, les forces kurdes devront se retirer d'un secteur d'une profondeur de 32 km censé se transformer à terme en zone de sécurité, pour laquelle la Turquie milite depuis des mois.

Aux yeux d'un responsable américain interviewé par CNN sous le couvert de l'anonymat, l'annonce avalise en fait les ambitions de la Turquie en légitimant l'annexion d'une partie de la Syrie et le déplacement de la population kurde.

L'offensive turque a déjà fait près de 500 morts, dont une centaine de civils, et provoqué le déplacement de 300 000 personnes depuis son lancement le 9 octobre, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Un grand jour pour la civilisation, dit Trump

Le président Trump s'adresse aux médias à sa sortie de l'avion présidentiel Air Force One.

Le président Trump a commenté les derniers développements sur l'offensive turque en Syrie à son arrivée à Fort Worth, au Texas.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Depuis Fort Worth, au Texas, le président américain s'est fait triomphaliste, saluant un résultat incroyable et un grand jour pour les acteurs de ce conflit.

Je veux juste remercier et féliciter le président Erdogan, a-t-il dit, le qualifiant d'ami. C'est un sacré dirigeant et c'est un homme coriace. C'est un homme fort. Et il a fait ce qu'il fallait, et je l'apprécie vraiment, a-t-il poursuivi.

Les Kurdes sont très heureux. La Turquie est très heureuse. Les États-Unis sont très heureux. Et vous savez quoi? La civilisation est très heureuse.

Donald Trump

Nous avons obtenu tout ce dont nous aurions pu rêver, a-t-il soutenu, se félicitant pour le cessez-le-feu qui allait sauver des millions et des millions de vies.

Dans les dernières semaines, le président Trump a tenu des propos très durs sur les Kurdes, affirmant qu'ils n'étaient pas des anges et allant jusqu'à dire que certains d'entre eux étaient plus dangereux que l'État islamique. Il avait aussi fait valoir qu'ils n'avaient pas aidé les Américains pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Quelque 11 000 Kurdes ont perdu la vie dans le combat contre l'EI.

Ankara tempère

Au cours d'une conférence de presse télévisée, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a confirmé la suspension de l'offensive en Syrie. Nous ferons une pause, ce n'est pas un cessez-le-feu, a-t-il martelé, ajoutant qu'un cessez-le-feu ne pouvait être conclu qu'entre deux entités légitimes.

Nous allons suspendre l'opération pendant 120 heures pour que les terroristes puissent partir. Nous n'arrêterons l'opération que si nos conditions sont remplies.

Mevlut Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères

Ankara considère les rebelles armés kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) comme des terroristes en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla en Turquie.

Romney réclame une enquête, Graham se rallie

Le sénateur de l'Utah Mitt Romney, candidat du Parti républicain à l'élection présidentielle de 2012, a réclamé des auditions publiques sur la décision initiale du président de retirer des troupes américaines du nord-est de la Syrie.

Cette annonce [de cessez-le-feu] est présentée comme une victoire. C'est loin d'en être une, a-t-il soutenu devant le Sénat, déplorant le sort réservé aux alliés kurdes.

Ce que nous avons fait aux Kurdes restera comme une tache de sang dans les annales de l'histoire américaine.

Mitt Romney, sénateur républicain de l'Utah

Sommes-nous si faibles et si ineptes sur le plan diplomatique que la Turquie a forcé la main aux États-Unis d'Amérique? a-t-il notamment demandé. Monsieur le président, nous avons besoin de réponses.

Les récents développements semblent toutefois avoir calmé le sénateur républicain Lindsey Graham, l'un des plus fidèles alliés du président Trump, mais aussi l'un des plus virulents opposants au retrait militaire qu'il a décrété en Syrie.

Il semble que nous ayons accompli de réels progrès en ce qui concerne un cessez-le-feu et, espérons-le, une solution durable qui empêchera la résurgence de l'EI et l'abandon de nos alliés, les Kurdes, a-t-il dit sur Twitter, promettant de travailler avec le président pour bâtir sur cette percée.

M. Graham, qui a dit ne pas faire confiance au président turc, a cependant précisé à des journalistes qu'il continuerait à travailler sur le projet de sanctions draconiennes à l'endroit de la Turquie qu'il avait présenté en collaboration avec des sénateurs républicains et démocrates.

À part donner aux Kurdes l'occasion de partir pour ne pas être massacrés, cela ne me semble pas représenter un changement pour les autres dynamiques qui m'inquiètent, a pour sa part déclaré le sénateur républicain Marco Rubio.

Dans un dur camouflet pour le président américain, près des deux tiers des républicains de la Chambre des représentants s'étaient joints aux démocrates mercredi en votant pour une résolution condamnant la politique de Donald Trump en Syrie.

Les combats se poursuivent pour l'instant

Sur le terrain, les combats continuent de faire rage, en particulier à Ras al-Aïn, près de la frontière turque. L'armée turque et ses supplétifs syriens ont avancé dans la ville et en contrôleraient désormais près de la moitié, selon l'OSDH .

Une correspondante de l'AFP située du côté turc a pour sa part indiqué entendre sans discontinuer des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des tirs d'armes automatiques.

Les autorités kurdes ont d'ailleurs réclamé un couloir humanitaire pour évacuer civils et blessés.

Les forces pro-Ankara avaient pris aux miliciens kurdes le 13 octobre une autre ville frontalière, Tall Abyad.

L'opération turque a aussi rebattu les cartes dans le nord de la Syrie, nouvel épicentre du conflit qui déchire ce pays depuis 2011. La Russie a par exemple commencé à remplir le vide laissé par le retrait des forces américaines.

À la faveur d'un accord avec les forces kurdes, le régime de Damas est pour sa part revenu dans des régions qui lui échappaient depuis des années.

Le président syrien, Bachar Al-Assad, a d'ailleurs promis jeudi de faire face à l'offensive turque par tous les moyens légitimes.

Avec les informations de Washington Post, et CNN

Politique internationale

International