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Trump a gelé l'aide à l'Ukraine pour des raisons politiques, admet la Maison-Blanche

Mick Mulvaney, la main ouverte, répondant aux journalistes.

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche par intérim, Mick Mulvaney, s'est adressé aux journalistes.

Photo : Reuters / Leah Millis

Sophie-Hélène Lebeuf

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche par intérim, Mick Mulvaney, a reconnu jeudi que l'administration Trump avait bloqué l'aide militaire destinée à l'Ukraine entre autres pour forcer le pays à enquêter sur les démocrates, contredisant ainsi le président américain, mais se rétractant en soirée.

Au détour d'une conférence de presse sur le prochain Sommet du G7, M. Mulvaney a admis que l'administration Trump avait gelé une aide militaire de quelque 400 millions de dollars pour faire pression sur l'Ukraine afin qu'elle mène une investigation à propos de l'origine de l'enquête Mueller sur l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016.

Visé par une enquête pour destitution, le président Trump assure depuis des semaines que les requêtes qu'il a adressées à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, au cours d'un entretien téléphonique, en juillet dernier, n'étaient pas liées au gel de l'aide militaire.

Donald Trump [m'a] dit : “[...] tout le monde sait que [l'Ukraine] est un endroit corrompu”, a soutenu M. Mulvaney, évoquant une conversation avec le président.

Ce qui s'est passé en 2016 faisait certainement partie de ce qui l'inquiétait par rapport à la corruption avec ce pays. Et c'est tout à fait approprié, a soutenu M. Mulvaney, faisant référence à une théorie du complot à laquelle adhère le président Trump et qui a été démentie par les épreuves des faits réalisés par les grands médias américains.

M'a-t-il mentionné en passant la corruption liée au serveur informatique du Comité national démocrate? Absolument. Il n'y a aucun doute à ce sujet. Mais c'est ça, et c'est pourquoi nous avons retenu l'argent.

Mick Mulvaney, chef de cabinet de la Maison-Blanche par intérim

Donald Trump est convaincu que l'enquête Mueller a découlé de la collusion entre des responsables ukrainiens et les démocrates, et que les serveurs du Parti démocrate n'ont pas été piratés par la Russie, contrairement à ce qu'ont conclu les services de renseignement américains, et qu'ils se trouveraient plutôt en Ukraine.

Vous venez de décrire l'exigence d'une contrepartie, a objecté un journaliste, un motif qui justifierait une mise en accusation du président.

Nous faisons tout le temps cela avec la politique étrangère. [...] J'ai des nouvelles pour tout le monde : revenez-en, il va y avoir de l'influence politique en politique étrangère, a rétorqué M. Mulvaney.

Les États-Unis font souvent pression pour défendre les intérêts américains, allèguent les opposants du président, mais pas pour faire avancer leurs intérêts personnels.

Dans un communiqué diffusé ultérieurement, Mick Mulvaney a soutenu n'avoir jamais admis de contrepartie. Le président ne m'a jamais dit de retenir de l'argent jusqu'à ce que les Ukrainiens fassent quoi que ce soit en rapport avec le serveur, a-t-il affirmé.

Ses propos ont cependant donné des munitions aux démocrates, au premier chef le président du Comité du renseignement de la Chambre, Adam Schiff, qui dirige l'enquête pour destitution.

L'admission de M. Mulvaney signifie que les choses sont passées de très, très mauvaises à bien, bien pires [pour le président].

Adam Schiff, président du Comité du renseignement de la Chambre

Selon des sources de CNN, les avocats de la Maison-Blanche ont été stupéfaits par les propos de M. Mulvaney, jugeant qu'ils n'aidaient pas le président.

La conférence de presse qui a mis M. Mulvaney et son patron dans l'eau chaude avait été convoquée pour annoncer que la tenue du prochain Sommet du G7, prévu en 2020 aux États-Unis, aurait lieu dans un des clubs de golf de Donald Trump en Floride. La décision a été critiquée autant par les démocrates que par des organisations sur l'éthique politique.

La conversation entre les présidents Trump et Zelensky a été portée à l'attention du public dans la foulée d'une plainte d'un lanceur d'alerte, qui a aussi révélé que le président américain a demandé à son homologue d’enquêter sur un adversaire politique qu’il pourrait affronter en 2020 : l’ancien vice-président Joe Biden, candidat à l’investiture démocrate. C'est cet échange qui lui vaut d'être sous le coup d'une enquête en vue d'une éventuelle destitution.

M. Mulvaney a cependant affirmé que l’aide militaire n’était pas liée à l’enquête sur les Biden.

Trump a imposé son avocat dans la politique en Ukraine, dit un diplomate

Gordon Sondland marche d'un pas décidé en regardant droit devant lui.

L'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland.

Photo : Getty Images / Alex Wong

La controverse dans laquelle M. Mulvaney a plongé le président est survenue peu après le début de la comparution à huis clos de l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne (UE), Gordon Sondland, devant les trois comités de la Chambre des représentants qui mènent l'enquête en vue d'une éventuelle destitution du président.

Sous l'impulsion du président Trump, M. Sondland est devenu un acteur important de la politique étrangère des États-Unis en Ukraine, même si le pays ne fait pas partie de l'UE. Perçu comme un allié du président, il a semblé prendre ses distances, selon sa déclaration d'ouverture, obtenue par plusieurs médias américains.

Son témoignage, que la Maison-Blanche avait dans un premier temps empêché, a jeté une lumière crue sur le choix de Donald Trump de déposséder les diplomates américains chargés de l'Ukraine d'une partie de leurs prérogatives, au profit de son avocat personnel, Rudy Giuliani.

M. Sondland, qui en mai 2019 avait assisté à l'investiture du président Zelensky en compagnie du secrétaire à l'Énergie, Rick Perry, et de Kurt Volker, alors envoyé spécial des États-Unis en Ukraine, a indiqué que les trois hommes avaient ensuite tenté de convaincre le président Trump de l'importance d'avoir un entretien téléphonique avec son homologue ukrainien. Méfiant des Ukrainiens, le président Trump leur aurait alors « ordonné » de parler à Rudy Giuliani.

Rudy Giuliani et Donald Trump se serrent la main sur une scène.

Rudy Giuliani et Donald Trump travaillent ensemble depuis plusieurs années.

Photo : Reuters / Mike Segar

Nous avons été déçus par l'ordre du président d'impliquer M. Giuliani, a-t-il soutenu.

Selon nous, ce sont les hommes et les femmes du département d'État, et non l'avocat personnel du président, qui devraient être responsables de tous les aspects de la politique étrangère des États-Unis en Ukraine.

Gordon Sondland, ambassadeur américain auprès de l'Union européenne

Lors des échanges qui ont suivi, M. Giuliani a souligné que le président voulait une déclaration publique du président Zelensky sur la lutte contre la corruption, a-t-il poursuivi. Selon lui, Rudy Giuliani a « mentionné précisément » le groupe gazier Burisma comme un sujet d'enquête important pour le président.

M. Sondland a assuré qu'il ignorait à l'époque que le fils de Joe Biden, Hunter, siégeait au conseil d'administration de cette entreprise.

L'information était pourtant publique et largement commentée dans la presse depuis le printemps dernier, d'autant plus que Rudy Giuliani, ancien maire de New York, ne cachait pas dans les médias qu'il cherchait à convaincre les autorités ukrainiennes de relancer l'enquête sur l'entreprise.

Je n'ai compris que bien plus tard que l'un des objectifs de M. Giuliani était peut-être [...] d'impliquer, directement ou indirectement, les Ukrainiens dans la campagne de réélection du président pour 2020.

Gordon Sondland, ambassadeur américain auprès de l'Union européenne

Il a en outre dit avoir regretté le départ de l'ex-ambassadrice Marie Yovanovitch, rappelée à Washington après une campagne de salissage menée par Rudy Giuliani. La semaine dernière, celle-ci a témoigné devant les mêmes comités, attribuant son départ aux pressions exercées par le président sur le département d'État. Gordon Sondland s’est aussi dit contre le gel de l’aide militaire, quelle qu’en soit la raison.

Si M. Sondland a semblé s'afficher comme un diplomate préoccupé par la relation entre les États-Unis et l'Ukraine et le sort de celle-ci face à la Russie, d'autres responsables américains ayant comparu devant les comités au cours des derniers jours l'ont présenté sous un jour beaucoup moins flatteur. L'un d'eux a décrit M. Sondland comme un risque potentiel à la sécurité nationale en raison de son inexpérience diplomatique.

L'ex-émissaire américain en Ukraine avait pour sa part fourni aux comités de la Chambre des messages textes dans lequel M. Sondland affirmait que le président n'avait pas exigé des contreparties à l'Ukraine et semblait méfiant des traces écrites que pouvaient laisser les échanges entre diplomates sur ce dossier.

Généreux donateur républicain, M. Sondland a été nommé ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE en 2018. S'il n'était pas un allié de la première heure du président, il avait ensuite versé un million de dollars à son comité d'investiture.

Malgré les efforts de la Maison-Blanche pour bloquer l'enquête des démocrates, M. Sondland est le huitième témoin entendu par des commissions de la Chambre des représentants.

Démission annoncée du secrétaire à l'Énergie

Le secrétaire américain à l'Énergie, Rick Perry

Le secrétaire américain à l'Énergie, Rick Perry

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Par ailleurs, le président Trump a confirmé le départ de Rick Perry « vers la fin de l’année ». Au cours des dernières semaines, ce dernier avait pourtant démenti les articles de médias annonçant sa démission prochaine.

La semaine dernière, les démocrates l'ont sommé de produire des éléments de preuve liés à leur investigation d'ici vendredi.

Il y a quelques jours, Donald Trump a déclaré au cours d'une conférence téléphonique avec des représentants républicains qu'il ne voulait pas appeler le président ukrainien, mais qu'il l'avait fait à la demande de Rick Perry.

L'agence Associated Press rapportait récemment que M. Perry, un ancien gouverneur du Texas, avait en outre cherché à convaincre le président ukrainien, au printemps dernier, de remplacer des membres du conseil d'administration de la société ukrainienne d'État Naftogaz par des candidats qu'il lui proposait.

Avec les informations de Washington Post, New York Times, CNN, et Agence France-Presse

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