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Il était une fois un sans-abri qui rêvait d’être humoriste

« Une machine à pop-corn et un abri tarp, there you go! »

Un sans-abri sourit, sous la pluie.

Serge LeBlanc trouve réconfort en l'humour. Il a tout perdu, mais son sens de l'humour est la seule chose qui lui reste, dit-il.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le ciel est menaçant et on attend des vents pouvant atteindre les 70km/h à Moncton. On annonce aussi de la pluie, beaucoup de pluie. C’est un jeudi gris d’octobre. C’est aussi la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté.

Tous restent au sec à l'intérieur, mais les sans-abri, eux, solidifient leurs abris de fortune pour qu’ils résistent aux aléas de mère Nature.

un homme accroche une toile à une clôture

Le temps presse. Serge LeBlanc doit se construire un abri avant que la pluie commence à tomber.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Serge LeBlanc tente, tant bien que mal, d’accrocher sa toile à une clôture.

Habituellement, on perd beaucoup de nos affaires quand il pleut. Mais on est habitués, ce n’est pas nouveau.

« Pour moi, réussir dans la vie ce n’est pas ça, pas cette vie »

Depuis un peu plus d’un an, Serge LeBlanc vit dans la rue.

Chaque jour, c’est la même routine : il ramasse des seringues souillées, mange dans un refuge, se lave et se trouve un endroit où dormir.

Il connaît tous les recoins du centre-ville où il peut s’abriter et toutes les méthodes pour se réchauffer. Si tu mets un sac de poubelle par-dessus ton sac de couchage, ça garde la chaleur. Plus il fait froid, plus je mets de couches.

Un sans-abri s'assure que ses biens sont bien fixés à son panier.

Serge LeBlanc a choisi d'entreposer ses biens sur une poussette. Il dit que les roues sont plus faciles à manoeuvrer que celles d'un panier d'épicerie.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Il se déplace à vélo tout en guidant une poussette sur laquelle repose la totalité de ses biens.

Bien en évidence, il y a un masque. C’est mon masque de Transformers. Je le mets pour faire rire. Avant d’être évincé de son appartement par son propriétaire, il rêvait d’être humoriste. Serge LeBlanc était un habitué dans les bars où il racontait ses dernières blagues. Mais ce temps est révolu. Pour moi, réussir dans la vie ce n’est pas ça, pas cette vie. Il dit être conscient que son rêve ne se concrétisera pas.

Masque du film Transformers.

Serge LeBlanc porte son masque des Transformers pour faire rire les passants lorsqu'il se promène dans les rues de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

J’ai 40 ans et je n’avais jamais été sans-abri. Je n’ai pas de cartilage dans les genoux, je ne pouvais pas travailler. Je faisais du bénévolat. J’essayais d’être une bonne personne. Ses mots sont chargés d’émotion. À chacun d’entre eux, il combat la tristesse qui tente de prendre le dessus.

Ses yeux sont remplis d’eau et sa voix est rauque. C’est plus fort que lui, il craque et pleure. Les souvenirs de son autre vie lui sont douloureux. Honteux, il s’empresse de s’excuser, prend une pause et lance une blague pour détendre l’atmosphère.

Un sans-abri sous une toile bleue tenue par des paniers d'épicerie.

La plupart des itinérants de Moncton se construisent des abris avec des paniers d'épicerie.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

« Une machine à pop-corn et un abri tarp, there you go! »

Dans sa poussette, bien protégée, il y a sa machine à pop-corn.

Elle lui permet de faire sécher ses vêtements, de se réchauffer et de faire cuire sa nourriture. Quand on a un repas chaud, on se dit que la vie n’est pas si pire, lance-t-il en montrant son indispensable machine.

Machine à pop-corn dans un sac.

Sa machine à pop-corn lui permet de faire sécher ses vêtements, de se réchauffer et de faire cuire sa nourriture.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Un fer à cheveux fait aussi partie de son trousseau pour apprêter sa nourriture. Ses appareils sont alimentés par des piles qu’il recharge sur des prises publiques extérieures.

L’humoriste désenchanté ne peut compter que sur lui-même.

Un itinérant se cache sous une toile verte, par une journée de pluie.

Serge LeBlanc évite autant que possible les refuges, de peur de se faire voler ses biens.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Un jour, je suis sorti de mon abri pour aider quelqu’un. J’ai demandé à un autre itinérant de surveiller mes affaires. Je suis revenu et tout était parti. C’est comme ça que ça fonctionne. J’ai appris.

Il a dû se rééquiper. Pour ce faire, il surveille les notes d’éviction des appartements du centre-ville de Moncton.

Avant que les camions viennent récupérer les biens laissés par les évincés, Serge LeBlanc magasine. Ça va aller aux poubelles. Comme ça, je n’ai pas besoin de voler.

Dans les trois grands centres de la province, Moncton, Fredericton et Saint-Jean, les organismes comptent au total 230 personnes sans abri, comme Serge LeBlanc.

Campement de sans-abri.

Dans cet abri de fortune, quatre initnérants passent la nuit.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

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