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« Vent de fraîcheur » au Théâtre de la Vieille 17

Un rideau de scène rouge s'ouvre pour laisser passer de la lumière.

Esther Beauchemin quitte la direction générale du Théâtre de la Vieille 17 pour céder sa place à Geneviève Pineault.

Photo : getty images/istockphoto / blackred

Christelle D'Amours

Esther Beauchemin quitte la direction générale de la compagnie ottavienne du Théâtre de la Vieille 17 pour céder sa place à Geneviève Pineault. La gestionnaire sortante affirme laisser derrière elle une institution franco-ontarienne solide, mais qui devra « absolument » se transformer dans les prochaines années.

Geneviève, c’est quelqu’un [...] qui a une énergie sans bornes et qui a vraiment à coeur sa communauté, indique Esther Beauchemin à l’endroit de celle qui lui succèdera dans ses fonctions de directrice générale et artistique du Théâtre de la Vieille 17. Je pense qu’elle va amener beaucoup de fraîcheur.

Le Théâtre de la Vieille 17 est actif depuis 40 ans dans la région d’Ottawa-Gatineau et dans l’univers théâtral francophone du Canada. La compagnie franco-ontarienne a pour mission d’exposer des enjeux sociaux et humains sur la scène.

Les rênes de la compagnie seront reprises dès juillet 2020 par Geneviève Pineault, actuellement directrice de l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC) et gestionnaire de la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada.

Mme Pineault, qui a aussi déjà été directrice du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) durant 13 ans, retourne à ses anciennes amours dans une organisation qui colle à sa vision artistique. Pour moi, le théâtre est là pour susciter le questionnement social, susciter des débats, susciter une réflexion. C’est la place du théâtre de pouvoir jeter ce regard sur la société dans laquelle on vit, dans laquelle on travaille, précise-t-elle.

Ce qui est tout nouveau pour moi, c’est le fait que la compagnie a un mandat à la fois pour du théâtre adulte, mais elle crée aussi pour le jeune public. Ça m’allume beaucoup!

Geneviève Pineault, nouvelle directrice générale du Théâtre de la Vieille 17

Du pain sur les planches

Après s’être impliquée auprès de La Vieille 17 pendant 30 ans et en avoir assuré la direction générale durant 15 ans, Esther Beauchemin assure que le paysage du théâtre francophone a beaucoup changé depuis quelques années.

La pénurie de main-d’oeuvre frappe aussi dans le milieu culturel. Il est devenu très difficile de trouver des gens, même à la technique. Même les comédiens sont très occupés. Donc, jongler avec les horaires, les disponibilités de tout le monde, c'est rendu vraiment un exercice très important.

Esther Beauchemin, directrice générale sortante du Théâtre de la Vieille 17

Cette dernière ne cache pas que le contexte politique auquel les institutions culturelles font face avec les coupes du Gouvernement Ford a eu une incidence sur sa décision de se consacrer à l’écriture et au jeu. Confiante, Esther Beauchemin a néanmoins bon espoir que le milieu artistique saura s’adapter pour survivre.

L’avenir est plein de promesses, mais il y a aussi plein de défis à relever et des choses incertaines , ajoute-t-elle. On ne peut survivre qu’en tissant des liens avec les gens de la diversité, c’est évident. Le poids démographique des francophones en Ontario dépend de cette intégration, de ces liens qu’on doit tisser.

Le milieu est vraiment plus que prêt à s’ouvrir à la diversité : il faut trouver les moyens de le faire!

Esther Beauchemin, directrice générale sortante du Théâtre de la Vieille17

La pluralité et l'inclusion s'avèrent également des clés pour accroître le développement du public, ajoute Geneviève Pineault.

Il faut rendre le théâtre le plus accessible possible, que ce soit par différents moyens financiers, mais aussi [en ce qui a trait à] la question de l’accessibilité des personnes handicapées ou sourdes, puis des personnes qui ont un revenu social plus faible, déclare la nouvelle directrice de la Vieille 17.


Les apprentissages de la directrice sortante, Esther Beauchemin

Une photo en noir et blanc d'une femme aux cheveux bouclés qui sourit en regardant la caméra.

Esther Beauchemin quitte la direction du Théâtre de la Vieille 17 après quinze ans à la barre de la compagnie.

Photo : Avec la gracieuseté du Théâtre de la Vieille 17

J’ai envie de partir alors que j’ai encore envie.

Esther Beauchemin, directrice générale sortante du Théâtre de la Vieille 17

Pourquoi quitter la direction cette année, alors que le théâtre célèbre ses 40 ans?

Je sentais qu’il était temps que j’aille voguer vers d’autres cieux. [...] La boucle est bouclée. Quarante ans, pour moi, c’est l’âge entre la jeunesse et la sagesse. [...] Je trouvais que c’était un bon temps pour partir et donner les rênes à quelqu’un d’autre.

Quels sont les grands défis dans la direction artistique d'une compagnie de théâtre français en Ontario, dans le contexte actuel?

C’est beaucoup d’investissement, de travail et de stress. Je dirais que les exigences ont augmenté depuis plusieurs années, entre autres depuis le scandale des commandites où la reddition de comptes est devenue de plus en plus importante. [C']est bien, mais ça donne beaucoup plus de boulot.

Qu’est-ce que vous retirez de votre expérience au Théâtre de la Vieille 17?

Ce sont les rencontres et cette passion pour la culture, pour le théâtre et pour la langue française. Et cette ténacité des Franco-Ontariens qui me fait toujours honneur, qui m'ébahit chaque fois. C’est une communauté qui retombe sur ses pattes.

De quelle réalisation êtes-vous la plus fière, en tant que directrice de la compagnie?

Maïta, le spectacle jeune public qu’on a joué pendant presque 10 ans en français, en anglais et en espagnol. Et mon petit projet chouchou, je l’avoue : le projet Terre d’accueil avec les gens de la diversité culturelle. Ça a été une aventure absolument extraordinaire, qui m’a marquée à vie. 

Avez-vous déjà une idée de ce que vous avez envie de faire après votre mandat?

L’écriture, je vais laisser mûrir encore. [...] Ce n’est pas quelque chose qui est facile pour moi, l’écriture. Mais je sens l’envie qui revient, et surtout jouer. Je retourne au jeu comme électron libre pigiste et ça me fait très plaisir.

Petite primeur :  je vais jouer dans la co-production entre le Théâtre français de Toronto et le TNO (Théâtre du Nouvel Ontario) à Sudbury. Un texte d’Alain Doom qui s’appelle Le club des éphémères. Ça parle un peu des jumelles Dionne, mais ce sont cinq vieilles dames qui racontent ça.

Qu’est-ce que vous souhaitez au Théâtre de la Vieille 17 pour l’avenir?

Je lui souhaite encore quarante années de bonheur!

Au théâtre, on a perdu une partie du public franco-ontarien qu’on avait au départ parce que nos quêtes artistiques ont pris le pas sur les quêtes sociales peut-être. Ce contact-là, s’il pouvait être ravivé, ça pourrait être vraiment bien. Il y a plein de choses qu’on peut faire, mais cet ancrage-là, il est fragile et il faut le soigner.


Les aspirations de la nouvelle directrice, Geneviève Pineault

Une femme portant des lunettes colorées et du rouge à lèvres rouge sourit en regardant la caméra.

Geneviève Pineault est la nouvelle directrice générale de la compagnie franco-ontarienne Théâtre de la Vieille 17.

Photo : Avec la gracieuseté du Théâtre de la Vieille 17 / Crédit : Alfred Boyd

Être dans le milieu des arts, c’est toujours un défi. C’est toujours à construire et essayer de faire comprendre l’impact qu’on a dans le milieu, dans la société.

Geneviève Pineault, nouvelle directrice générale du Théâtre de la Vieille 17

Vous avez déjà occupé un poste de direction au TNO avant d'être en poste à l’ATFC. Pourquoi retourner en direction artistique?

Je m’ennuyais de l’artistique. Je m’ennuie du contact avec le public, le contact avec les artistes et le milieu. J’ai pu monter un spectacle au Théâtre de l’Île [NDLR Les 39 marches] la saison dernière, mais ça a été un défi de jongler [avec mon travail de direction à l’ATFC]. Ça m’a redonné la piqûre de vouloir retourner à être en dialogue avec un milieu et avec un public.

Comment entrevoyez-vous la direction d’une compagnie de théâtre franco-ontarienne dans le contexte politique actuel?

Ça fait deux ans que je fais juste ça, du politique, avec mon rôle à l’ATFC! [Rires] Peut-être que ce qui va être intéressant, c’est tout ce travail de représentation politique, de discussions avec des bailleurs de fonds, des politiciens. Comment est-ce que ça va nourrir mon regard maintenant, comme directrice artistique de la compagnie et comme metteure en scène? Ce sera intéressant d’inviter nos députés et nos ministres à venir voir ce qu’on fait!

Quels projets comptez-vous prioriser dès votre entrée en poste?

Pour la saison 2020-2021, c’est déjà bien enclenché par Esther Beauchemin. Mon rôle va être de mettre en oeuvre cette saison-là. Les prochains mois et la prochaine année vont me donner la chance de commencer à bâtir et planifier les prochaines saisons. [...] Entre autres, la Vieille 17 va collaborer avec Vox Théâtre pour présenter une série jeunesse, dont une partie de cette programmation est composée par des pièces qui sont en tournée.

Décrivez, en un seul mot, votre vision artistique pour les prochaines années au sein de la Vieille 17

Aventure!

À la fois une nouvelle aventure pour moi, une nouvelle aventure avec le public, le milieu, les artistes. Dans la Vieille 17, il y a cette notion de la route : on prend la route ensemble, on part à l’aventure et à la découverte. L’aventure, ça ouvre à toutes les possibilités et en même temps, on plonge là-dedans en ne sachant pas ce que ça va donner. [...] Partir à l’aventure avec quelqu’un, c’est faire confiance. On ne sait pas ce qui nous attend, mais on sait qu’on va vivre quelque chose ensemble!

Ottawa-Gatineau

Théâtre