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Qu'arrivera-t-il en cas de gouvernement minoritaire? Les avis des chefs divergent

Andrew Scheer parle dans un micro.

« Dans l’histoire moderne de la politique canadienne, il est clair que le parti qui a le plus de sièges forme le gouvernement », a déclaré Andrew Scheer, jeudi, à Brampton.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

François Messier

À qui appartiendra le privilège de tenter de former un gouvernement en premier, advenant qu’aucun parti n’obtienne une majorité de sièges le 21 octobre? Au parti qui obtient le plus de sièges, répond Andrew Scheer. Mais Justin Trudeau et Jagmeet Singh ne partagent pas cet avis.

La question semble brûlante d’actualité, dans la mesure où les projections faites par des agrégateurs de sondages laissent croire qu’aucun des deux grands partis ne semble être en mesure de décrocher les 170 sièges nécessaires pour une majorité parlementaire.

Interrogé à ce sujet lors d’une entrevue à CTV mercredi soir, le chef conservateur Andrew Scheer a clairement énoncé son point de vue. Il a dit s’attendre à ce que les autres partis respectent le fait que le parti qui gagne le plus de sièges peut former le gouvernement.

Si les Canadiens approuvent notre plateforme électorale, a-t-il ajouté, nous aurons le droit de la mettre en œuvre, a-t-il ajouté.

Relancé sur le sujet jeudi matin à Brampton en Ontario, l'ancien président de la Chambre des communes en a rajouté, après avoir déclaré qu'il est, selon lui, assez clair que Justin Trudeau va faire n’importe quoi pour tenter de rester au pouvoir.

Dans l’histoire moderne de la politique canadienne, il est clair que le parti qui a le plus de sièges forme le gouvernement et qu’un premier ministre qui va en élection et en ressort avec moins de sièges qu’un autre parti démissionne. C’est la convention.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Le chef conservateur n'en a pas moins rappelé qu'il est à la recherche d'un mandat majoritaire, en agitant comme une menace la possibilité que les libéraux et les néo-démocrates unissent leurs forces au sein d'une coalition. M. Singh a évoqué cette possibilité dimanche.

Justin Trudeau rencontre des gens dans un restaurant.

Le chef libéral Justin Trudeau s'est rendu à Terrebonne, jeudi, après s'être arrêté à Trois-Rivières.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Trudeau élude la question

Le chef libéral Justin Trudeau a été interrogé deux fois plutôt qu’une à ce sujet, jeudi matin, lors d’une conférence donnée à Trois-Rivières, où libéraux et conservateurs tentent de ravir un siège détenu par le Nouveau Parti démocratique (NPD). Il a toutefois évité de répondre à la question.

Je vais continuer de travailler pour faire élire un gouvernement progressiste, qui va continuer de lutter contre les changements climatiques, d’investir dans les familles.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

Pour ça, on a besoin de Québécois et de gens progressistes élus au gouvernement, pas juste dans l’opposition, a-t-il poursuivi dans sa réponse offerte en français. On a besoin de Québécois pour porter nos valeurs au gouvernement et c’est exactement pourquoi on est en train de demander votre appui le 21 octobre.

Justin Trudeau a donné la même réponse en anglais, en soulignant chaque fois qu’il cherche à faire élire un gouvernement progressiste.

Dans une entrevue à CBC, en 2015, M. Trudeau avait une opinion plus ferme sur la convention parlementaire en cas de gouvernement minoritaire.

Oui, c'est ainsi que cela a toujours fonctionné, quiconque a le plus de sièges obtient la première chance de gouverner, disait-il au chef d'antenne Peter Mansbridge. Quiconque a le plus de sièges obtient la première chance d'obtenir la confiance de la Chambre [des communes].

Jagmeet Singh, au milieu d'une foule dans un restaurant.

Jagmeet Singh a rencontré jeudi des électeurs dans un restaurant de Welland, en Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Les conservateurs ont tort, dit Singh

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh ne s’est pas fait prier pour contredire Andrew Scheer en répondant aux questions des journalistes à Welland, en Ontario.

Souvent, [les Canadiens] ont l’impression que leur vote n’a pas d’importance, qu’il ne compte pas. Et ils sont tristes parce que 60 % des Canadiens, régulièrement, constamment, votent contre le Parti conservateur, a-t-il dit.

Les conservateurs ont tort de dire qu’avec 40 % du vote, ils méritent tout le pouvoir, a-t-il laissé tomber.

M. Singh a profité de l’occasion pour se moquer de Justin Trudeau, qui n’a cessé de promettre lors de sa dernière campagne électorale que le scrutin de 2015 serait le dernier à être organisé selon le traditionnel système uninominal majoritaire à un tour.

Une fois au pouvoir, le chef libéral a abandonné ce projet. Il a justifié cette décision en invoquant l'absence de consensus et en blâmant les positions des conservateurs et des néo-démocrates.

Le NPD s’est engagé à mettre en place un système proportionnel mixte s’il devait être porté au pouvoir le 21 octobre.

Une discussion « prématurée », croit May

La chef du Parti vert, Elizabeth May, estime quant à elle que ces discussions n’ont pas lieu d’être, du moins pas avant le scrutin fédéral du 21 octobre.

Dans les pays dotés d’un système électoral comme la représentation proportionnelle, des accords de coalition peuvent se conclure entre les partis avant le jour des élections, a-t-elle convenu. Mais avec un système uninominal à un tour, comme au Canada, ces conversations sont « inutiles », a-t-elle ajouté.

M. Scheer a tort en disant qu'il a une nouvelle manière de faire fonctionner le Parlement en situation minoritaire, M. Singh a tort en disant qu'il travaillera uniquement avec les libéraux. Nous sommes dans un système parlementaire démocratique de Westminster, a expliqué Mme May. Nous ne sommes pas dans un système présidentiel comme aux États-Unis. On attend que l'élection soit terminée.

Mme May a rappelé que la situation aurait pu être tout autre si Justin Trudeau n'avait pas renoncé à réformer le mode de scrutin, l'une des promesses phares de sa campagne en 2015.

Le Bloc ne fera pas partie d'une coalition, répète Blanchet

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet ne s'est pas immiscé dans ce débat jeudi. Il a rappelé que son parti ne formerait aucune coalition avec un autre parti, et qu'il se contenterait de juger au mérite les mesures qu'il appuierait, en fonction des seuls intérêts du Québec.

Si ce qui est proposé est bon, on va être pour, si ce qui est proposé est pas bon pour le Québec, on va être contre. […] Mais je n’ai pas de préférence. Je n’ai pas à avoir de préférence.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Nous ne sommes pas dans cette logique de participer à un gouvernement minoritaire. Nous sommes dans cette logique de participer aux activités d’un Parlement démocratiquement élu, où il y aura 338 députés, tous égaux, qui vont voter, a-t-il ajouté.

Yves-Francois Blanchet parle dans un micro, devant une affiche sur laquelle on peut lire « Le Québec, c'est nous ».

Yves-Francois Blanchet a réitéré jeudi à Montréal que le Bloc québécois ne formera aucune coalition gouvernementale avec un autre parti.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Selon Philippe Lagassé, le professeur de sciences politiques de l'Université de Carleton, rien n'empêche un parti terminant deuxième en nombre de sièges de former le gouvernement si personne n'a obtenu une majorité.

Ce n'est pas la façon dont les choses se font habituellement. Ça ne veut pas dire que ça ne peut pas être fait, a expliqué ce spécialiste du système parlementaire britannique à CBC.

Ça ne veut pas dire que c'est inconstitutionnel. Ça ne veut pas dire que c'est antidémocratique. C'est seulement une façon différente d'exercer la démocratie.

En fin de compte, tout gouvernement doit prouver qu'il a la confiance de la Chambre des communes avant de s'installer au pouvoir. Un vote de confiance doit notamment avoir lieu après le discours du Trône, qui marque le début de toute nouvelle session parlementaire.

L'automne dernier, le premier ministre sortant du Nouveau-Brunswick, le libéral Brian Gallant, a tenté de se maintenir au pouvoir à la tête d'un gouvernement minoritaire, alors qu'il avait récolté un siège de moins que les progressistes-conservateurs.

Au retour des députés à l'Assemblée législative, son gouvernement a toutefois été défait lors du vote sur le discours du Trône et il a dû remettre sa démission à la lieutenante-gouverneure de la province. Un gouvernement progressiste-conservateur s'est ensuite installé au pouvoir.

Notre dossier Élections Canada 2019

Politique