•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Russie, nouvel arbitre de la crise turco-syrienne

L’incursion turque en Syrie est une occasion en or pour Moscou pour devenir un incontournable dans la région, nous explique un chercheur spécialiste de la Turquie contemporaine.

Des soldats syriens marchent et l'un d'eux tient en main un drapeau russe.

La Russie est un allié fort du régime de Bachar Al-Assad et est en passe de se poser comme arbitre dans cette région depuis le retrait des troupes américaines. Ici, des soldats fidèles au président syrien tiennent dans les mains un drapeau russe.

Photo : afp via getty images / -

Delphine Jung

Alors que la Turquie a lancé une offensive contre les forces kurdes du nord de la Syrie, la Russie, alliée de Damas, a commencé à remplir le vide laissé par le retrait des forces américaines, laissant présager qu’elle pourrait prendre le rôle d’arbitre dans cette crise.

Moscou a en effet déployé ses forces dans les secteurs de Manbij et de Kobané depuis que le président américain, Donald Trump, a décidé de retirer ses troupes de Syrie. Les Russes ont d’ailleurs fait une entrée fracassante à Manbij, empêchant l’armée turque de s’attaquer aux Kurdes, tout en hissant leur drapeau.

Vladimir Poutine, principal allié du régime de Bachar Al-Assad, a mis en garde la Turquie au lendemain de son incursion dans le nord de la Syrie. Il a appelé ses partenaires turcs à bien réfléchir à la situation afin d’éviter de porter atteinte aux efforts communs visant à résoudre la crise syrienne.

Des militaires analysent une carte du secteur.

Les Turcs peuvent compter sur le soutien de l'armée syrienne libre, opposée au régime de Bachar Al-Assad.

Photo : afp via getty images / AAREF WATAD

Le rôle de la Russie a toujours été important depuis le début du conflit syrien. « Si le régime de Bachar Al-Assad a gagné, c’est grâce à elle », rappelle Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut d’études anatoliennes d’Istanbul.

Moscou compte essentiellement sur une flotte aérienne conséquente, qui se compose entre autres d'avions de combat, d'hélicoptères et de drones.

Le géant russe a d’ailleurs plus de poids que les Occidentaux dans la région, surtout depuis l’accord d’Astana de 2017, négocié entre la Russie, l’Iran et la Turquie, qui porte sur la création de zones de cessez-le-feu en Syrie.

Peu à peu, la Russie est devenue le seul pays à entretenir une relation avec les deux camps.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a d’ailleurs été invité par le Kremlin le 22 octobre dans la station balnéaire de Sotchi. Il faut dire que l’enjeu est grand pour Vladimir Poutine.

Une enfant syrienne dans un bus accoudée à la fenêtre.

L'offensive turque a fait depuis le 9 octobre au moins 72 morts parmi les civils en Syrie et 203 parmi les combattants des Forces démocratiques syriennes, selon un dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Photo : Reuters / Ari Jalal

La Russie veut retrouver une place sur la scène internationale et a toujours cherché à avoir une influence en Méditerranée orientale.

Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut d’études anatoliennes d’Istanbul

Le chercheur rappelle que la Russie est bloquée au nord par ses ports pris dans la glace six mois par an et par la mer Noire, qui est une mer fermée. Elle doit donc la franchir par les détroits du Bosphore et des Dardanelles. Déjà durant la guerre froide, la Russie avait une influence importante en Méditerranée orientale.

Actuellement, son point d'entrée essentiel sur la Méditerranée est son installation navale à Tartous [en Syrie], dont « il ne faut pas non plus exagérer l'importance. Ce n'est pas une base gigantesque », tempère M. Marcou.

Pourquoi la Turquie a-t-elle déclenché cette offensive?

Deux raisons ont poussé Recep Tayyip Erdogan à profiter du retrait des troupes américaines pour envahir le nord de la Syrie d’après Jean Marcou.

La Turquie veut affaiblir voire éliminer cette région kurde et éviter qu’elle ne devienne un bastion fort du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le bras armé des Kurdes, considéré comme une organisation terroriste par une grande partie de la communauté internationale.

Mais cette incursion relève aussi d’enjeux de politique intérieure. Erdogan veut loger dans cette zone une partie des réfugiés syriens qui se trouvent en Turquie, dit M. Marcou en rappelant que le pays a accueilli déjà 3,6 millions de réfugiés syriens. Cette situation est de moins en moins acceptée par la population turque et Erdogan en fait les frais, poursuit le chercheur.

Toute la question est de savoir jusqu’où cette crise ira, notamment sur le plan géographique.

Pour le moment, les troupes turques et leurs supplétifs syriens ont conquis une bande frontalière de 120 kilomètres dans le Nord syrien, et les combats se concentrent désormais dans la ville de Ras al-Aïn, une ville frontalière de 50 000 habitants.

Une jeune femme se couvre le visage. En arrière plan, d'immenses colonnes de fumées noires.

Les Turcs ont lancé l'offensive le 9 octobre dernier et les combats sont particulièrement intenses dans la ville frontalière de Ras al-Aïn.

Photo : afp via getty images / DELIL SOULEIMAN

Selon Jean Marcou, on se trouve actuellement entre deux scénarios possibles. Soit la Russie arrive à convaincre la Turquie d’arrêter cette opération, ce qui serait un succès diplomatique pour elle, soit les combats continuent et s’aggravent, explique le chercheur.

Les récents combats peuvent laisser croire que les troupes kurdes syriennes ne se sont pas accrochées au terrain, estime-t-il.

Les Kurdes se disent que si la Turquie se contente d’une bande de 30 kilomètres de large, il vaut mieux qu’ils économisent leurs forces.

Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut d’études anatoliennes d’Istanbul

Si la Turquie décide toutefois d’aller plus loin, les Kurdes devront se battre pour leur survie, dans un rapport de force largement asymétrique et en faveur de la Turquie.

Une bénévole porte dans ses bras un poupon.

Depuis le lancement de l'offensive turque le 9 octobre, déjà 300 000 personnes ont fui les combats. Beaucoup sont arrivés dans le camp de Bardarash près de la ville de Dohuk, dans la région autonome du Kurdistan, au nord de l'Irak.

Photo : afp via getty images / SAFIN HAMED

Pour le moment, l’opération turque baptisée Source de paix a conduit 300 000 personnes à fuir, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Près d'un millier de Kurdes syriens ont notamment trouvé refuge au Kurdistan irakien voisin.

Depuis le 9 octobre, l'offensive a fait au moins 72 morts parmi les civils en Syrie et 203 parmi les combattants des Forces démocratiques syriennes, selon un dernier bilan de l'OSDH. Face à la situation, les Kurdes réclament un « couloir humanitaire » pour évacuer les civils.

Avec les informations de l'Agence France-Presse

Politique internationale

International