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La biodiversité vue du ciel

« Les changements de biodiversité couvrent la planète entière et sont très rapides. Par contre, les méthodes d'inventaire n’ont pratiquement pas changé depuis Darwin. » - Étienne Laliberté, chercheur principal, Observatoire canadien aérien de la biodiversité (CABO)

Un drone au-dessus d'une forêt.

Un drone parcourt le ciel pour cartographier le sol.

Photo : Radio-Canada

Tobie Lebel

D’entrée de jeu, Étienne Laliberté reconnaît que les biologistes n’ont pas les outils qu’il faut pour garder un œil sur les innombrables espèces menacées par les activités humaines.

Les inventaires de biodiversité traditionnels se font quelques mètres carrés à la fois et les suivis à long terme sont rares et coûteux. Les décideurs ont donc accès à très peu de données pour choisir quels secteurs et quelles espèces il faut protéger en priorité.

De ce constat est né CABO, l’acronyme anglais de l’Observatoire canadien aérien de la biodiversité, un projet où biologistes et géographes unissent leurs forces pour cartographier la biodiversité sur des territoires entiers, et ce, plusieurs fois par année.

Créer l’herbier du 21e siècle

Oliver Lucanus assis à une table.

Oliver Lucanus installe une caméra hyperspectrale sous un drone du Conseil national de recherches du Canada (CNRC).

Photo : Radio-Canada

L’équipe mise sur un arsenal de technologie, mais la clé, ce sont des caméras qu’on dit hyperspectrales. Elles ratissent beaucoup plus large que nos yeux; elles captent non seulement la lumière visible, mais aussi l’infrarouge.

Les chercheurs mesurent ainsi la lumière réfléchie par les plantes dans des centaines de longueurs d’ondes, qui sont l’équivalent des trois couleurs du système RGB – rouge, vert et bleu – utilisé par les caméras numériques ou l’écran de votre téléphone.

Un drone survole la cime des arbres.

Un drone recueille des données sur la biodiversité.

Photo : Radio-Canada

Pour chaque espèce végétale, on obtient donc une courbe qui montre comment la plante réagit aux différentes longueurs d’ondes de la lumière.

Dans le cadre du projet, qui s’étale sur quatre ans, Étienne Laliberté et son équipe doivent d’abord prendre des mesures sur chaque espèce pour constituer une base de données spectrales.

Les signatures spectrales, c'est un peu comme un code barres ou une empreinte digitale, donc quelque chose qui est relativement constant à l'intérieur d'une espèce.

Étienne Laliberté

Grâce à cet herbier du 21e siècle, CABO peut identifier les plantes du haut des airs, que ce soit avec des drones, des avions ou, bientôt, une nouvelle génération de satellites hyperspectraux.

10 millions de km2 à cartographier

Pour couvrir un pays grand comme le Canada, les satellites sont la seule véritable solution.

Margaret Kalacska, professeure de géographie, Université McGill
La géographe Margaret Kalacska à proximité d'une forêt.

La géographe Margaret Kalacska raffine ses méthodes de télédétection au milieu d’une tourbière.

Photo : Radio-Canada

En plus de cartographier de vastes territoires, les satellites peuvent observer le même endroit plusieurs fois dans une même saison et même au fil des années. Car la signature spectrale d’une même plante peut changer si elle manque d’eau ou qu’elle est exposée à la pollution. Le projet CABO permettra donc de surveiller l’état de santé d’un écosystème grâce à des indices qui sont invisibles à l’œil nu.

En ayant un portrait de la biodiversité à la fois détaillé, à grande échelle et constamment mis à jour, Étienne Laliberté espère outiller les décideurs sur les priorités à établir pour protéger la biodiversité. Mais il voit aussi beaucoup plus loin : « Ce qu'on fait en termes de télédétection, c’est un peu comme des stations météo pour la biodiversité. Elles pourraient être intégrées dans des modèles pour suivre comment la biodiversité a évolué dans les dernières années et donc nous donner une idée de la trajectoire attendue ».

À terme, il espère donc prédire les changements à venir et détecter les impacts de nos activités sur la biodiversité avant qu’il ne soit trop tard pour agir.

Le reportage du journaliste Tobie Lebel et de la réalisatrice Hélène Morin est diffusé dans le cadre de l'émission Découverte le dimanche à 18 h 30 à ICI Télé.

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