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Inondations à Gatineau : des sinistrés enterrés sous la paperasse

Une maison de la rue Campeau, avec un message dans la fenêtre au sujet du ministère de la Sécurité publique.

Ce propriétaire de la rue Campeau, à Gatineau, envoie un message au ministère de la Sécurité publique.

Photo : Radio-Canada / Audrey Roy

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Six mois après le début de la crue printanière, c’est la course contre la montre avant l’arrivée de l’hiver pour les résidents qui doivent rebâtir ou démolir leur résidence. Mais ils sont nombreux à se sentir ralentis par la bureaucratie, malgré la promesse du gouvernement Legault d’aider les sinistrés plus rapidement que l’avaient fait les libéraux en 2017.

C’est le cas de Lynn Brunet. Sa maison tient sur quelques poutres et caissons, le temps de rehausser la fondation. Avec ces travaux majeurs, son mari et elle ont confiance que la résidence du boulevard Hurtubise restera au sec lors des prochains printemps.

Fondation d'une maison qui est en train de se faire lever.

Cette maison du boulevard Hurtubise sera rehaussée de près d’un mètre d’ici le mois prochain.

Photo : Radio-Canada / Audrey Roy

Mais les propriétaires ont dû attendre plus de cinq mois avant de pouvoir amorcer les travaux. Après plusieurs rapports d’inspection et demandes de soumissions, ils ont finalement reçu le permis de construction à la mi-septembre.

On a commencé nos démarches il y avait encore de l’eau. Tous nos papiers étaient en ordre, on a même envoyé des photos. On était habitués, on savait quoi faire, on l’avait fait en 2017. Je ne comprends pas pourquoi ça a pris tout ce temps-là, dénonce Mme Brunet.

Une maison subit d'importants travaux.

Les travaux pour lever la maison et poser les fenêtres doivent être terminés avant l’arrivée de l’hiver.

Photo : Radio-Canada / Audrey Roy

À son avis, les consignes du ministère de la Sécurité publique (MSP) n’étaient pas claires, ce qui a créé beaucoup de stress chez les sinistrés.

Ce n'est pas possible, mon stress a triplé comparé à 2017. En 2017, c'était nouveau, de la surprise, mais cette année on avait des attentes.

Une citation de :Lynn Brunet, sinistrée

J’aurais aimé avoir une liste, qui nous dit, pour avoir le permis, voici ce dont vous avez besoin, ajoute la résidente de Gatineau.

Pendant ce temps, Mme Brunet doit vivre chez son frère. Tout comme Diane Séguin, qui est propriétaire d’une résidence de la rue Saint-Louis. Mais cette dernière a eu moins de chance.

La maison, qui appartenait jadis à ses parents, devra être démolie d’ici la fin octobre. Elle serait l’une des premières à passer sous le bulldozer cette année.

Diane Séguin montre des photos de sa résidence à la journaliste.

La maison de Diane Séguin, située sur la rue Saint-Louis à Gatineau, a subi plusieurs rénovations depuis sa construction dans les années 1950.

Photo : Radio-Canada

Il y a plusieurs fissures qui se sont ajoutées dans le sous-sol. Ils disent que [la maison] est instable et je suis dans la zone d'intervention spéciale (ZIS), alors la Ville a dit : "C’est assez, on fait une démolition obligatoire", explique-t-elle.

Depuis le 25 avril, elle dit devoir constamment se battre avec le gouvernement pour faire avancer son dossier.

Il faut toujours que tu penses, que tu penses, que tu penses pour savoir quoi d'autre ils vont te demander, décrit-elle.

Rapports d’inspection, demandes de soumission, formulaires à remplir, nombreux appels et courriels envoyés pour obtenir de l’aide, elle affirme que cette bureaucratie occupe toutes ses journées depuis six mois.

Une confiance ébranlée envers le gouvernement

Mme Séguin avait pourtant confiance que ça serait plus facile cette année qu’en 2017.

S'ils sont occupés à Québec, s'ils n'ont pas assez de personnel, bien, qu’ils engagent!, ajoute-t-elle.

Elle fait remarquer que tous ces délais coûtent cher aux sinistrés, qui doivent continuer de payer les taxes et les assurances de leur maison. La sinistrée doit attendre la démolition afin de pouvoir déménager une fois pour toutes.

Le monde me dit : "Va t’acheter quelque chose ailleurs ou va t’en en loyer". Mais moi, il faut que je paye ici en attendant, souligne Diane Séguin.

Six mois à l’hôtel

Même scénario pour Gerry Nault, qui vit à l’hôtel depuis six mois. Ce sinistré ne sait toujours pas si l’édifice où se trouve son condominium sera rénové ou démoli. Il doit donc patienter.

Un appartement endommagé par les inondations à Gatineau.

Les quatre logements du premier étage du Château Saint-Louis ne seront pas reconstruits.

Photo : David Despins

Les 16 propriétaires du Château Saint-Louis se battent avec le ministère pour avoir des réponses, mais encore une fois, la bureaucratie complique les démarches, croit M. Nault.

Payez-nous, on va démolir, donnez-nous notre argent et on va acheter ailleurs, mais là, ce n'est pas ça qui se passe, explique-t-il.

Selon ses calculs, le montant qui serait offert en cas de démolition est loin d’être suffisant pour payer les 16 copropriétaires.

Le gouvernement donnerait 1,9 million de dollars, soit 85 $ le pied carré, selon ses calculs. M. Nault estime que chaque propriétaire perdrait jusqu’à 50 000 $, ce qui pourrait les empêcher d’acheter ailleurs.

Des sinistrés dans l’attente

Gerry Nault, porte-parole des copropriétaires du Château Saint-Louis.

Gerry Nault vit à l’hôtel depuis la mi-avril. Il ne sait toujours pas si son immeuble en copropriété sera détruit.

Photo : Radio-Canada

Avec le nouveau gouvernement en place, Gerry Nault avait lui aussi confiance que le processus serait simplifié cette année. Mais il affirme, lui aussi, que c’est plus compliqué qu’en 2017.

Depuis six mois, il n'y a rien qui avance. Il n'y a rien qui s'est fait. M. Legault avait parlé qu'on était pour aller plus vite, mais on est rendu au 15 octobre, ce n'est pas plus vite c'est vraiment plus “slow”, souligne-t-il.

Un « traitement simplifié », selon le ministère

Le MSP refuse, pour l’instant, de dévoiler le nombre de dossiers dont le traitement n’est toujours pas finalisé à Gatineau.

Pour le moment, la priorité du MSP est de s’assurer que chaque sinistré ait reçu une avance ainsi que son constat afin d’être en mesure d’effectuer les travaux ou de remplacer ses biens et d’effectuer les démarches auprès de sa municipalité pour l’obtention d’un permis, explique le ministère par écrit.

Pourtant, les inondations survenues au printemps 2019 ont généré moins de demandes au Programme général d’indemnisation et d’aide financière du ministre. Cette année, 750 dossiers de Gatineau ont été ouverts, comparativement à 1179 en 2017.

Selon la Ville de Gatineau, un nombre semblable de ménages ont été touchés par les inondations en 2017 et 2019. Mais beaucoup plus de sacs de sable ont été distribués, ce qui explique peut-être pourquoi moins de résidents ont demandé une aide financière cette année.

Le ministère ajoute qu’un peu plus de 5 millions de dollars ont été versés jusqu’à maintenant en aide financière aux résidents de Gatineau. À la mi-octobre en 2017, ce montant s’élevait à près de 15 millions de dollars.

Le gouvernement rappelle également que les sinistrés ont un an pour exécuter leurs travaux afin de recevoir leur paiement final.

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