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Un juge ordonne un supplément d’enquête sur l’arrestation d’un jeune Noir

Des photos de Cory Taylor qui montrent des ecchymoses au nez.

Cory Taylor a été blessé au nez lors de son arrestation musclée.

Photo : Gracieuseté

Radio-Canada

La Cour suprême de la Nouvelle-Écosse ordonne à la commissaire chargée d’étudier les plaintes contre des policiers de se pencher de nouveau sur l’arrestation d’un jeune Noir. Le tribunal estime que l’enquête initiale n’a pas été au fond des choses et a évité la question du racisme.

Cory Taylor, 20 ans, a déposé une plainte contre la force policière régionale d’Halifax en novembre 2017. Il alléguait avoir été arrêté sans raison, avec une force excessive et avoir été maltraité pendant sa détention, après un incident qui s’était produit aux petites heures du 12 août 2017.

Le jeune homme affirme avoir été arrêté avec cinq amis après une altercation avec un groupe d’hommes qui leur lançait des injures racistes, dans une rue du centre-ville d’Halifax.

Les policiers sont arrivés alors que le groupe se dispersait, selon lui. Il soutient avoir été projeté contre un mur par l’agente Donna Paris, ce qui lui a occasionné une blessure au nez. La policière ne lui a servi aucun avertissement, soutient-il, ce que conteste cette dernière.

Il a ensuite été arrêté, emmené au poste de police où il a passé la nuit, puis libéré le lendemain sans accusation.

C’était terrifiant, je me sentais sans défense, a-t-il témoigné, au sujet de son séjour au poste. C’est comme si tout le monde se désintéressait de moi. J’ai été isolé et tous les policiers ont refusé de me parler et de répondre à mes questions.

Personne d’autre n’a été arrêté, dit-il. Les hommes – tous des Blancs – qui ont insulté les membres de son groupe n’ont pas été inquiétés. Ils ont été considérés comme des victimes, selon lui.

La plainte jugée « sans fondement »

Un délégué du chef de police d’Halifax a rejeté la plainte contre la policière Donna Paris, une Afro-Néo-Écossaise, et contre un deuxième, agent, Devon Norris, qui est aussi intervenu cette nuit-là.

Wanda Taylor et Cory Taylor

C'est la mère de Cory Taylor, Wanda Taylor, qui l'a encouragé à porter plainte. Il était traumatisé en revenant du poste de police après sa libération, rapporte-t-elle.

Photo : Gracieuseté de Cory Taylor

Cory Taylor a ensuite demandé au Bureau du commissaire des plaintes contre la police de réviser cette décision. La commissaire Judith McPhee a jugé que la plainte du jeune homme était sans fondement.

Il a demandé une révision judiciaire, en alléguant que la décision de la commissaire était injuste et déraisonnable.

Plusieurs lacunes

Dans sa décision, le juge Gerald Moir relève plusieurs lacunes dans l’enquête menée par la commissaire. Il estime que sa révision n’a pas été exhaustive et qu’elle ne disposait pas de toutes les informations nécessaires pour prendre une décision éclairée.

La décision du juge Moir fait aussi référence au rapport du criminologue Scot Wortley sur les contrôles policiers de routine à Halifax. Cet expert avait découvert que les Afro-Néo-Écossais étaient six fois plus susceptibles d’être contrôlés que les Blancs.

À la lumière du racisme systémique [constaté dans ce rapport], la Commission des plaintes contre la police devait se renseigner plus à fond sur la cause apparente de l’altercation avant de conclure que la plainte de M. Taylor n’avait pas de mérite, conclut le juge, dans sa décision du 27 septembre.

Le juge Moir constate également que le rapport policier sur l’arrestation de Cory Taylor cite plusieurs motifs, comme ivresse publique, trouble à l’ordre public et voies de fait, mais manque de cohérence.

L’arrestation pour trouble à l’ordre public en soi est problématique, poursuit-il, puisque le Code criminel exige que le policier doive être témoin de ce méfait avant de procéder à une arrestation. La policière Paris est arrivée au moment où les choses se calmaient.

Cory Taylor photographié devant un mur de briques rouges.

Cory Taylor dit vouloir prévenir les abus de pouvoir de la part de policiers, à l'avenir.

Photo : Gracieuseté

Le juge note par ailleurs que la commissaire ne semble pas avoir interrogé les policiers Paris et Norris, pas plus que des témoins de l’altercation, et que les efforts de son bureau pour obtenir les coordonnées des amis de Cory Booker ont été « inadéquats ».

Les prochaines étapes

Contacté, le service policier régional d’Halifax a dirigé les questions vers la Commission des plaintes contre la police. Un porte-parole de ce bureau, Jeff Garber, indique qu’il a bien reçu la décision du tribunal et qu’il réfléchit aux prochaines étapes.

Cory Taylor, qui vit maintenant en Ontario, est encouragé par la décision du juge.

Je veux qu’ils soient redevables pour leurs actions et je veux empêcher qu’ils recommencent, que la police abuse de son autorité et de son pouvoir, a-t-il déclaré.

Si, au terme d’un nouvel examen, la commissaire aux plaintes contre la police conclut que la plainte du jeune homme était finalement justifiée, elle sera dirigée vers une commission de révision indépendante.

Avec les informations de Aly Thomson, CBC

Nouvelle-Écosse

Forces de l'ordre