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Mort de Michel Vienneau : des témoins donnent leur version des faits

Photo de famille d'Annick Basque et de Michel Vienneau.

Annick Basque et Michel Vienneau se trouvaient dans leur voiture à la gare de Bathurst le 12 janvier 2015 quand ce dernier a été abattu par des policiers qui croyaient à tort avoir affaire à un trafiquant de drogue.

Photo : Facebook

Radio-Canada

Annick Basque a donné sa version des événements à l'audience d'arbitrage sur le sort des deux policiers impliqués dans la mort de son conjoint, Michel Vienneau.

Mme Basque était l’unique passagère du véhicule dans lequel Michel Vienneau a été mortellement atteint par balle le 12 janvier 2015. L'homme de 51 ans était soupçonné à tort d'être un trafiquant de drogues.

Deux hommes en vêtements de travail

Questionnée par l'avocat du chef de police de Bathurst, Me Basile Chiasson, elle a décrit les circonstances qui ont mené au drame. En revenant en train d'un voyage où ils étaient allés assister à un match de hockey, ils se sont dirigés vers leur voiture dans le stationnement de la gare de VIA Rail. En la déneigeant, ils ont remarqué deux hommes assis dans un véhicule à côté du leur, habillés en vieux vêtements, des vêtements de travail.

Ils semblaient se disputer, mais se sont tus lorsqu'elle les a regardés, a-t-elle poursuivi. Lorsque Michel Vienneau a mis son véhicule en marche arrière, le véhicule des deux hommes s'est aussi mis en branle. Elle a demandé à son conjoint de les laisser passer parce qu'ils semblaient très pressés.

Le passager est alors sorti du véhicule. Il était vêtu d'un manteau noir et d'un chapeau. On voyait à peine ses yeux et son nez, a-t-elle décrit. Elle dit avoir alors remarqué que les deux hommes avaient une arme à feu à la main. J'ai dit : "Est-ce qu'ils sont fous, ils ont un fusil!"

« Ensuite j'ai entendu le coup de feu »

Michel Vienneau, a-t-elle témoigné, continuait de rouler lentement pour se mettre à l'abri d'un des hommes armés.

Ensuite, j'ai entendu le coup de feu. Ça ne semblait pas vouloir s'arrêter! La voiture du couple, a-t-elle poursuivi, a alors frappé un banc de neige.

Michel Vienneau ne bougeait plus et ne parlait plus, a poursuivi Mme Basque. Elle n'est pas sortie de la voiture à ce moment-là parce qu'elle pensait qu'ils avaient été victimes de terroristes et ne voulait pas devenir une otage. Elle est seulement sortie lorsqu'elle a vu une voiture de police s'approcher.

On lui a passé les menottes et elle a été emmenée au poste de police où elle est restée en cellule jusqu'à l'arrivée d'un agent de la GRC d'une province voisine. La GRC de la Nouvelle-Écosse a été chargée de l'enquête sur l'attaque, en tant que force policière extérieure.

Elle croyait qu'il s'agissait de terroristes

Mme Basque a expliqué qu'elle croyait que des terroristes s'en étaient pris à eux parce que l'attentat de Charlie Hebdo avait eu lieu peu de temps auparavant. Il y avait alors des hypothèses concernant d'autres attaques terroristes possibles dans des lieux comme des gares et même au Centre Bell, à Montréal, d'où le couple revenait.

Annick Basque.

Annick Basque a présenté sa version des faits et répondu aux questions des avocats des policiers.

Photo : Radio-Canada / François Vigneault

Cachée dans le fond de la voiture, elle entendait difficilement les cris des intervenants (qu’elle ignorait être des policiers) en raison du bruit de la chaufferette.

Contre-interrogatoire d’Annick Basque

Annick Basque a ensuite répondu aux questions des avocats des deux policiers.

Elle a affirmé ne pas avoir vu les policiers tirer, parce qu’à ce moment-là, elle avait la tête baissée sous le niveau du tableau de bord.

L’avocat T. J. Burke, qui représente le policier Mathieu Boudreau, lui a demandé s’ils n’avaient pas heurté la voiture des policiers plutôt qu'un banc de neige. Mme Basque a répété que la voiture dans laquelle elle se trouvait avec son conjoint a heurté un banc de neige. L'avocat Brian Monroe, qui représente le policier Patrick Bulger, lui a aussi posé une question à ce sujet et elle a précisé qu'elle n'avait vu que de la neige en ouvrant les yeux.

Annick Basque soutient qu’elle a vu le policier Patrick Bulger glisser et tomber, et qu’elle n’a pas vu leur voiture le renverser.

Répondant à une question posée par l’avocat Brian Monroe, qui cherchait à savoir comment les attentats terroristes survenus en France quelques jours plus tôt avaient influencé ses pensées, elle a dit qu’elle croyait avoir eu affaire à une personne folle qui avait une arme à feu en main.

Un enquêteur indépendant a recommandé le congédiement des policiers Patrick Bulger et Mathieu Boudreau, qui sont en congé avec salaire depuis environ deux ans. L’audience d’arbitrage sur leur sort, qui est présidée par Joël Michaud, a commencé mercredi matin. Elle doit se poursuivre quelques jours.

L'avocat Basile Chiasson, affirme que jusqu'à 17 personnes pourraient être appelées à témoigner, dont quatre jeudi, soit Annick Basque, deux employés de VIA Rail et une autre personne.

Témoins présents à la gare

Gérald Jean, originaire de Petit-Rocher, était présent à la gare de Bathurst le 12 janvier 2015. Il était sur place pour accueillir sa mère qui revenait en train de Montréal.

M. Jean affirme qu'il a vu une voiture venir dans sa direction, conduite par Michel Vienneau, avec quelqu’un qui courait à côté.

Il a ensuite vu la voiture terminer sa trajectoire dans un banc de neige. Il indique avoir vu cette personne, habillée en vêtements de civil, sortir un fusil puis tirer une fois par la fenêtre du passager arrière du véhicule, avant de tirer trois ou quatre autres coups du côté de la fenêtre du conducteur.

Les coups de fusil ont été tirés alors que la voiture était toujours coincée dans le banc de neige, rapporte M. Jean.

J’avais l’impression que ce que je voyais était un film. Il l’a exécuté comme dans un film, dit Gérald Jean.

Avocats remerciés, puis réembauchés

Mercredi, les deux policiers ont informé l'arbitre qu'ils avaient relevé leurs avocats de leurs fonctions. Mathieu Boudreau expliquait que le syndicat n'allait plus payer les honoraires et que les coûts auraient été trop importants pour lui et son collègue.

Mais à la reprise de l'audience jeudi matin, Mathieu Boudreau a déclaré que lui et son collègue avaient réembauché leur avocat respectif après en avoir discuté avec leur syndicat.

Les cinq personnes marchent dans un couloir, l'un des avocats tire une valise contenant vraisemblablement des documents.

Les policiers Mathieu Boudreau (au centre) et Patrick Bulger (à gauche à l'arrière) sont arrivés à l'audience d'arbitrage, jeudi matin, accompagnés de leur avocat respectif.

Photo : CBC/Shane Magee

La loi provinciale sur la police ne fait aucune mention que d'être représenté par un avocat est un droit dans une telle cause, a souligné mercredi l'avocat Basile Chiasson.

C'est ça, l'argument. Quelqu'un peut avoir un avocat et c'est tant mieux, ou quelqu'un peut avoir n'importe qui et c'est bien, ou n'avoir personne et c'est encore bien, a expliqué Basile Chiasson.

Avec des renseignements de Shane Magee et de François Vigneault

Nouveau-Brunswick

Forces de l'ordre