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Un an de cannabis légal : la catastrophe redoutée ne s'est pas produite

Une personne tient un joint.

Au Canada, le cannabis a été légalisé en octobre 2018.

Photo : iStock

Catherine Gauthier

Il y a un an, sur toutes les tribunes, on entendait une valse d’inquiétudes. À l’approche du 17 octobre 2018 – date où le Canada allait devenir le premier pays du G20 à légaliser l’usage récréatif du cannabis –, médecins, psychiatres et autres experts redoutaient les conséquences de cette nouvelle loi. On craignait entre autres qu’un plus grand nombre de jeunes consomment du cannabis, alors qu’ils sont les plus vulnérables.

On constate que, finalement, un peu comme [avec] le bogue de l’an 2000, la menace qu’on percevait ne se manifeste pas, indique le Dr Robert Perreault, médecin psychiatre à la Direction de la santé publique de Montréal.

C’est vrai que lorsqu’on regarde les données de consommation, recensées tous les trois mois par Santé Canada, on voit que le nombre de Canadiens âgés de 15 ans et plus qui ont consommé du cannabis est resté stable malgré la légalisation : on parle de 4,9 millions de personnes.

Si la catastrophe annoncée n’a pas eu lieu, c’est entre autres parce que les directions de santé publique du pays ont misé sur la prévention.

On pensait qu’une approche prudente serait mieux indiquée que la prohibition, ajoute le Dr Perreault. Les effets sur le cerveau en développement, cela reste un débat de recherche, et qu’on légalise ou pas, on a le même problème. Ce qu’il faut, c’est aider les jeunes à retarder l’initiation, donc travailler sur des mesures préventives qui ont souvent moins à voir avec le cannabis, mais plus à voir avec leur capacité de faire face à la vie de façon générale.

Le Dr Réal Morin, spécialiste en médecine préventive de l’Institut national de santé publique du Québec, fait une lecture semblable. Les principales inquiétudes étaient : quel sera le comportement des consommateurs? Et y aura-t-il plus d’usagers? Il ne semble pas y avoir plus de consommation, et les données partielles que nous avons – en termes d’utilisation de services hospitaliers, par exemple – nous indiquent qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer, indique-t-il.

Un sujet moins tabou

Au Projet Cumulus, où on sensibilise les jeunes aux dangers de la dépendance, on note un changement entre l’avant et l’après, mais un changement positif. On ne voit pas de différence en termes de consommation chez les jeunes, affirme la directrice Marie-Claude Sauvé. On voit une différence en termes de questionnement et en termes d’avoir fait tomber des tabous.

La douzaine d’intervenants de Cumulus, actifs auprès d’élèves du secondaire, disent recevoir beaucoup d’appels de parents. Un peu comme si la légalisation permettait maintenant qu’on en parle à la maison.

Les parents nous demandent comment aborder la question avec leur enfant, ajoute Marie-Claude Sauvé. Ils nous questionnent aussi sur ce qu’ils doivent ou non autoriser. Et ce qu’on leur dit, c’est que c’est à chaque parent de fixer les limites et de discuter avec son enfant.

Selon elle, le fait qu’on en ait tant parlé dans les médias a aussi aidé à détruire les mythes. Plus on va être capables de l’aborder ouvertement, et avec les bons mots, plus on va être capables de faire une bonne prévention, dit-elle.

Parlant de prévention, il ne faut surtout pas, selon elle, baisser les bras.

Encore des inquiétudes, avec l’arrivée des produits comestibles

Au cours des prochaines semaines, les produits comestibles à base de cannabis feront leur arrivée sur les tablettes de la Société québécoise du cannabis (SQDC). Cette étape suscite de nouvelles inquiétudes.

On ne sait pas ce qui va arriver, admet le Dr Morin. Nous craignons, en voyant ce qui s’est passé aux États-Unis, de nous retrouver dans une situation où des non-consommateurs de cannabis se mettent à en consommer.

En effet, l’État du Colorado avait adopté une approche très libérale quant au cannabis comestible. À peu près tout était permis au début, et on avait commercialisé des centaines de produits. Mais de mauvaises surprises – comme des enfants intoxiqués après avoir mangé de petits gâteaux au cannabis qui n’étaient pas emballés de façon sécuritaire – ont forcé la révision des façons de faire.

Ils ont reculé, poursuit le Dr Perreault. Maintenant, les produits sont dans des emballages plus difficiles à ouvrir. On devra apprendre de leurs erreurs.

On espère qu’il n’y aura pas de produits sucrés au cannabis au Québec, car on sait qu’ils sont plus attractifs pour les jeunes, ajoute le Dr Morin. On a l’exemple des produits alcoolisés sucrés et on a vu ce que ça a donné. Il y a des cas malheureux; un décès, comme vous le savez [en mars 2018, une adolescente a été retrouvée morte noyée à la suite de la consommation de grandes quantités d'une boisson alcoolisée sucrée]. On craint que ces types de produits-là deviennent pour les jeunes de nouveaux modes de consommation cool.

Québec a déjà annoncé que la vente de chocolat, de friandises et de confiseries à base de cannabis sera interdite sur son territoire. Pour les autorités de santé publique, il s’agit d’une bonne chose, car celles-ci prônent une fois de plus la prudence et la prévention. Le cadre législatif final du gouvernement de François Legault n’a pas encore été adopté.

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