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Les agriculteurs oubliés dans la campagne?

Un homme à proximité d'un champ de canola. Le ciel est gris.

L'Albertain Jason Lenz aimerait que les candidats offrent des solutions concrètes aux exploitants agricoles, qui comme lui, accumulent les difficultés ces derniers temps.

Photo : Radio-Canada / Nafi Alibert

Radio-Canada

Ils apportent leur pesant d’or à l’économie canadienne. Or, les agriculteurs se sentent ignorés pendant cette campagne électorale fédérale. Les questions entourant le secteur agricole sont à peine effleurées par les candidats, au grand dam de ces fermiers qui ont pourtant les mêmes préoccupations d’un bout à l’autre du pays.

À Bentley, dans le centre-ouest de l'Alberta, les champs de canola de Jason Lenz s'étendent encore à perte de vue. Ce n’est pas normal. Habituellement, nous avons fini de tout récolter à l’Action de grâce, explique-t-il. Mais avec la météo de cette année, cet agriculteur n’a pu récolter que la moitié de ses cultures.

Un champ de canola.

Jason Lenz estime qu'il lui faudra encore une dizaine de jours pour moissonner toutes ses récoltes qui sont encore en terre.

Photo : Radio-Canada / Nafi Alibert

Les graines de canola ne sont pas matures, observe-t-il en écossant une gousse de canola. Elles sont encore vertes au lieu d’être jaunes.

Si le mercure ne remonte pas dans les prochains jours, il sera contraint de les récolter telles quelles, ce qui risquerait de faire baisser non seulement leur qualité de catégorie 1 à catégorie 2, mais aussi les revenus qu’il pourra en tirer.

Avec les nuages qui ternissent les relations entre le Canada et plusieurs de ses partenaires clés, Jason Lenz a l’impression de se retrouver pris au coeur d’une tempête, tantôt météorologique, tantôt commerciale.

J’estime déjà avoir perdu de 50 000 à 60 000 $ de revenus cette année avec l’interdiction de la Chine d’importer des graines de canola canadiennes, calcule-t-il.

Il n’y a pas un fermier dans les Prairies qui n’a pas été touché.

Jason Lenz, propriétaire des Fermes Lenz

Unanimité

Ce type de scénario, Marcel Groleau, de la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), l’entend partout au pays.

Les producteurs du Québec sont affectés comme ceux de l’ouest.

Marcel Groleau, Fédération canadienne de l'agriculture

Les denrées cultivées et les animaux élevés ne sont pas les mêmes, mais les problèmes se rejoignent.

Sur les demandes d’est en ouest que les agriculteurs font, il y a unanimité : l'amélioration du programme de gestion des risques en agriculture [...] des mesures concrètes pour compenser les producteurs affectés par les guerres commerciales. On avait des demandes qui étaient les mêmes d’est en ouest et il y aurait eu une occasion de saisir cette balle-là pour prendre des engagements clairs, affirme M. Groleau.

Alors qu'un emploi sur huit relève de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Canada, il déplore que les partis politiques aient passé ces secteurs sous silence.

On occupe le territoire, on assure la sécurité alimentaire, on est un des moteurs économiques, et malgré ça, on n’arrive pas à faire parler de nous davantage.

Marcel Groleau, Fédération canadienne de l'agriculture
Un homme en costume sourit.

Marcel Groleau, représentant de la Fédération canadienne d'agriculture et président de l'Union des producteurs agricoles du Québec.

Photo : Gracieuseté

Le mois dernier, la FCA a organisé un débat avec tous les grands partis, pour qu’ils répondent à certaines questions urgentes qui touchent l’agriculture canadienne aujourd’hui.

 Je suis obligé de dire qu’il n’y a pas beaucoup de distinction qu’on peut faire entre les différentes plateformes , dit M. Groleau en rappelant que plusieurs partis n’avaient pas encore dévoilé de projets pour l’agriculture à la fin du mois de septembre.

Seconde zone

Le président de la branche albertaine de la FCA se dit lui aussi déçu.

 Les agriculteurs passent depuis longtemps au deuxième rang [durant les campagne], juge Lynn Jacobson.

En Alberta, seul le Parti vert a répondu aux questionnaires envoyés aux candidats par Team Alberta, un regroupement d’organismes représentant le secteur agricole de la province.

[Ce parti] propose des politiques pas trop mauvaises [...] mais leurs promesses ne reflètent pas toujours les réalités des agriculteurs d'aujourd'hui, explique Lynn Jacobson.

Il reste, par exemple, des personnes plus sceptiques au sujet de leur projet de transition énergétique.

Nous utilisons beaucoup d’énergie fossile dans notre agriculture, reconnaît-il. Le changement qu’ils proposent serait trop important pour nous, ajoute celui qui trouve aussi que les maigres propositions des partis en matière d’agriculture tiennent plus de concepts que des mesures concrètes.

Jason Lenz n’est pas un grand adepte de cette taxe carbone : Cela nous fait perdre notre compétitivité sur le marché, en assumant des coûts que nos concurrents n’ont pas à payer.

Toutefois, ce qui le tracasse le plus aujourd’hui, ce sont ces programmes fédéraux de gestion des risques, une aide destinée à compenser les pertes des agriculteurs en cas de baisse de revenus, de leur marge de profit ou de perte de production.

 Nous avons besoin de programmes stables, sans surprise, et intéressants financièrement pour pouvoir planifier et continuer d’investir pour l’année suivante , affirme-t-il.

Un homme sourit.

Jason Lenz arrive à garder le sourire en soulignant que les fermiers « sont, depuis toujours, les plus grands optimistes du monde ».

Photo : Radio-Canada

Depuis le Québec, Marcel Groleau plaide aussi pour que ces programmes soient revus : Ces programmes-là [...] interviennent trop lentement et trop tardivement. [Puis] avant d’intervenir, les producteurs vont de toute façon être en condition catastrophique.

 Il y a aussi eu des coupes dans le passé qui ont fait baisser une de ces couvertures de 80 à 70 % , regrette Lynn Jacobson.

Selon M. Groleau, peu importe la couleur du prochain gouvernement, l’essentiel est qu’il s’engage à réinvestir dans ces programmes, mais  aucun des partis n’a proposé d’augmentation substantielle du budget de l’agriculture et ça, c’est une [autre] déception , lâche-t-il en calculant que ce budget n’a pas augmenté depuis 2013. 

Alberta

Agriculture