•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Procès Ugo Fredette : ce que le jury ne sait pas

Sur le croquis, deux avocats semblent s'interpeler devant le juge.

Croquis réalisé lors du procès d'Ugo Fredette

Photo : Radio-Canada

Geneviève Garon

L'enfant avec lequel Ugo Fredette s'est sauvé après avoir tué Véronique Barbe a déclaré aux policiers que c'était la victime qui avait brandi un couteau pour attaquer l'accusé. Une information importante qui aurait dû modifier le cours de l’enquête policière, selon la défense.

Maintenant que le jury délibère à huis clos, il est possible de révéler les discussions qui ont eu lieu en son absence au cours du procès. 

À au moins trois reprises, l'avocat d'Ugo Fredette a contre-interrogé des témoins de la poursuite en évoquant les verbalisations de l'enfant à propos d'un couteau. Puisque les déclarations du petit de 6 ans n'ont pas été déposées en preuve et qu’il n’a pas témoigné, Me Louis-Alexandre Martin ne pouvait pas en révéler davantage aux jurés.

Alors que le jury était absent, la défense a mentionné que l'enfant a soutenu auprès des enquêteurs que c'était Véronique Barbe qui avait attaqué l'accusé, ce qui corrobore la version des faits d'Ugo Fredette et sa défense de provocation. Devant la juge Myriam Lachance et les procureurs de la poursuite, Me Martin a reproché aux policiers d'avoir eu une vision unilatérale en présumant dès le début de leur enquête qu'il s'agissait d'un meurtre et en évitant de creuser d'autres pistes.

Depuis mercredi après-midi, le jury délibère sur le sort d'Ugo Fredette, accusé d'avoir tué sa conjointe et un automobiliste, Yvon Lacasse. Alors que la Couronne affirme qu'il s'agit de meurtres au premier degré, la défense a plutôt plaidé que ce sont des homicides involontaires et qu'Ugo Fredette a perdu le pouvoir de se maîtriser lorsque Véronique Barbe l'a attaqué avec un couteau. C'est après avoir bloqué un coup avec sa main qu'il aurait perdu le contrôle et l'aurait poignardée à 17 reprises.

Aucune trace du sang de l’accusé n'a toutefois été prélevée dans la résidence de Saint-Eustache où il a tué sa conjointe. Par contre, en contre-interrogeant la biologiste judiciaire Sonia Roy, Me Martin a souligné qu'aucun prélèvement supplémentaire n'a été fait sur le couteau taché de sang retrouvé dans l'évier de la cuisine, malgré les faits rapportés par l'enfant.

Lors de son témoignage, l'enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ) Mathieu Rollin a laissé entendre que le garçon pouvait avoir été influencé puisqu'il avait passé 24 heures en fuite avec Ugo Fredette. L'enquête n'a donc pas été réorientée à la suite de son interrogatoire.

Lors d’un procès devant jury, les parties tiennent toujours des discussions en l’absence des jurés afin d’échanger sur des points de droit, comme l’admissibilité de certains éléments de preuve. C’est le tribunal qui décide ensuite si ces informations seront transmises au jury, si elles sont pertinentes pour l'aider à rendre un verdict équitable.

Alerte Amber = enfant en danger

Le jury n'a jamais su que l'accusé était à l'origine de la plus longue alerte Amber de l'histoire du Québec ni les causes exactes de son déclenchement. 

Les parties ont convenu avec la juge qu'il serait préjudiciable de révéler aux jurés qu'une alerte Amber avait été lancée parce que l'enfant était en danger. Devant les jurés, le coordonnateur de la SQ, Jean-François Veillette, a seulement indiqué qu'il s'agit d'un outil d'enquête afin d'alerter les médias pour retrouver un enfant.

La juge Lachance leur a spécifié que l'alerte Amber n'a rien à voir avec la culpabilité de l'accusé.

Ugo Fredette n'a d'ailleurs jamais été accusé de l'enlèvement du garçon. Au début du processus judiciaire, le procureur aux poursuites criminelles et pénales Steve Baribeau avait expliqué avoir voulu épargner l'enfant en le tenant le plus loin possible du processus judiciaire. De plus, puisque le meurtre au premier degré entraîne automatiquement l'emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, un chef supplémentaire aurait complexifié le dossier sans alourdir la peine.

Jusqu'à 50 ans derrière les barreaux

Le jury l'ignore, mais s'il reconnaît Ugo Fredette coupable de deux meurtres au premier degré, l'homme risque jusqu'à 50 ans de détention ferme, ce qui signifie qu'il serait admissible à une libération conditionnelle à l'âge de 91 ans.

Depuis l’adoption de l’article 745.51 du Code criminel, en 2011, le tribunal peut additionner les périodes d’inadmissibilité à la libération conditionnelle pour les meurtres multiples.

Il n’y a pas de peine minimale pour l’homicide involontaire, le maximum étant l’emprisonnement à vie.

Coupable pour sa cavale en Ontario

Il y a un an et demi, Ugo Fredette a plaidé coupable à quatre chefs d'accusation relativement à sa cavale, qui a pris fin en Ontario le 15 septembre 2017. Il a reconnu sa culpabilité aux chefs de conduite dangereuse, de refus de s'immobiliser, de résistance à son arrestation et de possession d'un véhicule volé. Il a écopé de trois mois de prison.

« Illégal de A à Z »

La poursuite a demandé à la juge la permission de faire sortir le jury immédiatement après la déclaration d'ouverture de l'avocat de la défense, au treizième jour du procès.

C'est illégal de A à Z, a tonné le procureur de la Couronne, Me Baribeau, c'est de l'opinion! Si ça venait de la Couronne, ça serait un mistrial [avortement de procès].

Me Martin avait fait une déclaration colorée dans laquelle il racontait une histoire, Il était une fois Ugo et Véronique, qui décrivait en détail les émotions ressenties par l’accusé pour expliquer le drame; des éléments qui relèvent normalement des plaidoiries finales, laissait entendre la poursuite.

Me Martin a répliqué qu'il n'avait qu'exposé les faits, sans dépasser les bornes.

M. Fredette va témoigner; j'ai agi comme courroie de transmission, a-t-il ajouté.

Ce que pense un avocat ne doit pas teinter votre opinion, a par la suite expliqué la juge Lachance aux jurés, soulignant que le récit de Me Martin n'était pas de la preuve.

Directives de la juge

Pour reconnaître Ugo Fredette coupable du meurtre au premier degré de Véronique Barbe, les jurés doivent être persuadés qu’il l’a harcelée ou séquestrée dans la même suite d’événements. C’est ce que la juge Lachance a expliqué dans ses directives au jury, mercredi.

Quant à la mort d’Yvon Lacasse, pour que ce soit un meurtre au premier degré, le jury doit être convaincu qu’Ugo Fredette a prémédité son geste ou qu’il a tué cet homme alors qu’il séquestrait l’enfant.

Le jury peut aussi conclure à des meurtres au deuxième degré, ce qui entraîne l’emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant une période pouvant varier de 10 à 25 ans.

Si les jurés ne sont pas persuadés de l’intention d’Ugo Fredette de tuer les victimes, il peut alors s’agir d’homicides involontaires. Ils peuvent aussi rendre ces verdicts si la défense de provocation soulève un doute raisonnable dans leur esprit.

Procès et poursuites

Justice et faits divers