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Le mouvement #MoiAussi, la science et les partis politiques

Photo montage avec à gauche une femme tenant un doigt devant ses lèvres et à droite, deux cheminées desquelles émane de la fumée.

Les partis politiques vont-ils réanimer le projet de loi C-337? Qui conseille les partis sur la question du climat?

Photo : Radio-Canada / Photomontage Emilee Flansberry-Lanoix

Brigitte Bureau

Durant la campagne électorale, la journaliste d'enquête Brigitte Bureau répond à vos questions.

Cette semaine, deux questions ont retenu notre attention. L'une porte sur le mouvement #MoiAussi et sur les juges. L'autre cherche à savoir qui sont les scientifiques qui conseillent nos chefs de partis. Certaines réponses vont peut-être vous étonner.

Mais commençons par la première question, qui provient d'une internaute originaire de Montréal qui étudie présentement à Ottawa :

  1. « J'aimerais savoir ce que les partis comptent faire par rapport au projet de loi C-337, de Rona Ambrose, qui est mort au feuilleton. Je trouve cette situation scandaleuse, particulièrement après le mouvement #MoiAussi. »

Juges et crimes sexuels

Pourquoi ne pas avoir baissé votre postérieur dans le lavabo pour l'empêcher de vous pénétrer et pourquoi n'avez-vous pas serré les genoux? Cette question de l'ex-juge albertain Robin Camp à une présumée victime d'agression sexuelle, lors d’un procès en 2014, est devenue tristement célèbre.

Or, ce n'était ni la première ni la dernière fois qu'un juge tenait des propos contraires à la loi en matière d'agression sexuelle.

Rona Ambrose à la Chambre des communesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rona Ambrose. (archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

C'est en réaction à l'accumulation de pareils cas que la députée conservatrice Rona Ambrose a déposé un projet de loi privé, en février 2017, qui visait à obliger les nouveaux juges à suivre une formation notamment sur le droit en matière d'agression sexuelle.

Trois mois plus tard, son projet de loi C-337 était rapidement adopté à l'unanimité par la Chambre des communes.

Toutefois, le Sénat a ensuite mis deux ans avant même de commencer l'étude du projet de loi en comité. Pendant ce temps, le mouvement #MoiAussi révélait l'ampleur du harcèlement sexuel vécu par les femmes dans différents milieux.

Ultimement, en raison de tactiques procédurales de la part de sénateurs conservateurs, le projet de loi est mort au feuilleton en juin 2019. Mme Ambrose, qui a depuis quitté la politique active, ne s'est pas gênée pour fustiger ses anciens collègues.

Réponse unanime des partis

En réponse à la question de notre internaute, les trois partis sondés - libéral, néo-démocrate et conservateur - promettent tous de déposer à nouveau le projet de loi de Mme Ambrose s'ils forment le prochain gouvernement.

Il est à noter qu'un projet de loi du gouvernement est étudié de façon prioritaire par le Sénat. Cela réduirait donc les risques qu'il soit bloqué par des sénateurs récalcitrants, comme cela a été le cas pour le projet de loi privé de la députée Ambrose.

Deuxième question

Un ours polaire assis sur une masse de glace dans le détroit de Lancaster, près de l'île de Baffin. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon des scientifiques, les températures dans l'Arctique montent deux fois plus vite qu’ailleurs sur la planète. (archives)

Photo : Radio-Canada / Jimmy Thomson

La deuxième question provient d'un internaute d'Ottawa et s'adresse aux différents partis :

2. Le message de Greta Thunberg est très clair, il faut écouter les scientifiques. Dans votre équipe de campagne, qui sont les scientifiques que vous écoutez présentement?

Notre internaute fait allusion au passage remarqué de la jeune militante suédoise pour l'environnement Greta Thunberg à Washington.

Greta Thunberg marche dans les rues de Montréal. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La militante écologiste Greta Thunberg a marché pour le climat à Montréal. (archives)

Photo : Reuters / Andrej Ivanov

Je ne veux pas que vous m'écoutiez, a-t-elle déclaré devant un comité du Congrès américain le 18 septembre 2019.

Je veux que vous écoutiez les scientifiques. Et je veux que vous vous unissiez derrière la science. Et ensuite, je veux que vous agissiez réellement, a imploré la jeune femme.

Réponses des partis politiques

La question très concrète de notre internaute a suscité des réponses qui jettent un éclairage fort intéressant sur la position des partis en matière de changements climatiques.

Le Parti populaire du Canada

Nous écoutons les scientifiques réalistes, qui ne croient pas en l'alarmisme de Greta Thunberg, a répondu le Parti populaire. Il dit écouter particulièrement le groupe canadien Friends for Science. Ce groupe attribue le réchauffement climatique au Soleil.

Le Parti populaire ajoute que son chef, Maxime Bernier, a aussi parlé à plusieurs reprises à Patrick Moore. Ce dernier est un ancien militant de Greenpeace qui a par la suite travaillé auprès de grandes industries, comme les mines et la foresterie.

Le Parti affirme que M. Bernier s'intéresse également au travail de Richard Lindzen, professeur à la retraite du Massachusetts Institute of Technology, aux États-Unis.

Il est à noter que toutes les références ci-dessus sont associées au mouvement climatosceptique, qui met en doute le réchauffement climatique ou l'activité humaine comme principale cause de ce réchauffement, contrairement aux conclusions de la presque totalité des études scientifiques.

Le Parti conservateur

Le Parti conservateur n'a fourni le nom d'aucun conseiller scientifique dans sa réponse à notre internaute.

Il explique que pour élaborer son plan sur l'environnement, il a rencontré des centaines d'intervenants et experts. Parmi ces rencontres, le Parti conservateur note celles qu'il a eues avec une série de lobbyistes, dont des groupes environnementaux, comme Habitat faunique Canada et l'Institut Pembina; des représentants des grandes pétrolières, comme CAPP et Enbridge; et des chaînes de magasins, comme Walmart et IKEA.

Le Parti conservateur nous a aussi fait parvenir les quelque 120 références utilisées pour son plan d'action, dont de nombreuses études scientifiques officielles.

Dans sa réponse, le Parti conservateur a souligné le fait que trois de ses députés siègent au Comité permanent de l'environnement et du développement durable.

Or, ces comités sont formés de députés de différents partis et, vérification faite, aucun des trois députés conservateurs qui y siègent ne provient du milieu scientifique ou écologique.

Le Parti libéral

Dans sa réponse, le Parti libéral rappelle que c'est le gouvernement Trudeau qui a nommé une scientifique en chef du Canada.

En effet, en septembre 2017, Justin Trudeau a nommé Mona Nemer, alors vice-présidente de la recherche à l'Université d'Ottawa, au nouveau poste de conseillère scientifique en chef du pays. L'un de ses rôles est de veiller à ce que les analyses scientifiques soient prises en compte lorsque le gouvernement fédéral prend des décisions. Ce poste avait déjà existé de 2004 à 2008, avant d'être aboli par le gouvernement Harper.

Le Parti libéral dit compter aussi sur plusieurs candidats du milieu de la recherche scientifique, comme Kirsty Duncan, géographe médicale de profession, qui est reconnue à l'échelle mondiale comme l'une des grandes spécialistes de la grippe pandémique, des changements environnementaux et de l'incidence que ceux-ci peuvent avoir sur la santé des humains. Mme Duncan est l'actuelle ministre des Sciences du gouvernement Trudeau.

Le Parti libéral se dit aussi fier d'avoir dans son équipe Steven Guilbeault, une figure de proue de la lutte contre les changements climatiques. Avant de devenir candidat libéral, le fondateur d'Équiterre a coprésidé le conseil consultatif en matière de lutte contre les changements climatiques, créé par le gouvernement Trudeau en 2018.

Trois partis politiques - le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti vert - disent tous être à l'écoute des avis du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Il s'agit de l'organisme des Nations unies chargé de fournir des évaluations, fondées sur les connaissances scientifiques, au sujet des changements climatiques, de leur impact et de solutions possibles.

Le Parti vert dit qu'il suit aussi avec intérêt le généticien David Suzuki ainsi que l'astrophysicien Hubert Reeves.

Ottawa-Gatineau

Politique fédérale