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De la réserve à la ville, le parcours du combattant de Stan Cote

Un homme avec un bonnet aux couleurs vertes et une chemise rouge et noire à carreaux, sourit.

Malgré les difficultés, Stan Cote garde le sourire et reste optimiste.

Photo : Radio-Canada / Rosalie Loiselle

Amélie David

Stan Cote a vécu toute sa vie entre les réserves autochtones de Cote, en Saskatchewan, et de Brokenhead, au nord de Winnipeg. Il aimerait trouver un emploi à plein temps en ville et avoir une vie plus stable. Mais les difficultés sont grandes et le quadragénaire appelle les candidats aux élections fédérales à l’action.

Chemise rouge et noir à carreaux, bonnet enfoncé sur la tête et lunettes fixées sur le nez, Stan Cote avance d’un pas nonchalant. En ce mercredi du mois d’octobre, le thermomètre a chuté sans crier gare pour se rapprocher de 0 degré Celsius.

Le résident de la communauté autochtone de Brokenhead s’apprête à entamer sa journée de labeur : couper et ramasser du bois dans la forêt.

Dans la réserve de Cote, il y a encore moins de travail qu’ici, à Brokenhead. Et c’est plus facile d’être ici, car je suis plus proche de la ville, explique Stan Cote.

Cette situation géographique lui permet de se rendre à Winnipeg de temps en temps. Stan Cote n’a qu’un seul but : trouver du travail en ville. À Brokenhead, il vit de petits travaux pour les gens de la réserve.

Un homme porte une bûche de bois dans la forêt.

Stan Cote trouve des emplois à temps partiel dans la communauté autochtone de Brokenhead mais aimerait avoir une situation plus stable.

Photo : Radio-Canada / Rosalie Loiselle

C’est ainsi qu’il gagne un peu d’argent, dans l’attente de jours meilleurs. J’aimerais m’installer à Winnipeg et avoir mon appartement. Mais c’est difficile. En ville, je dors sur les canapés de proches, je mange leur nourriture. Quand j’ai des petits boulots, cela me permet de leur payer ce que je leur dois, c’est tout. Et je n’arrive pas à avoir de travail à temps plein parce que je ne suis pas mieux installé. C’est un cercle vicieux, lâche-t-il.

Mitch Bourbonnière, travailleur social, connaît Stan Cote depuis plus de cinq ans. Le directeur de programmes d'Ogijiita Pimatiswin Kinamatawin (OPK) travaille avec une trentaine d’hommes et quelques femmes dans la même situation que le résident de Brokenhead.

Les difficultés qu’ils rencontrent pour se stabiliser sont multiples : cela peut être parce qu’ils n’ont pas de téléphone, pas d’identification ou encore qu’ils ne sont pas logés dans de bonnes conditions. Ce n’est pas facile de retrouver de l’ouvrage quand on n’est pas stable, explique Mitch Bourbonnière.

Un manque de connaissances et de soutien

Autre problème pour les personnes qui souhaitent quitter leur réserve pour la ville, selon Stan Cote : le manque de connaissances générales. Quand on vient d’une réserve, on ne sait pas toujours comment rédiger un curriculum vitae. Il y a certains Autochtones qui n’ont jamais fait de CV de leur vie, regrette Stan Cote.

Mitch Bourbonnière est là pour assister les personnes dans leur recherche d’emploi. Le plus souvent, ce sont des emplois qui ne requièrent aucune connaissance qu’il peut proposer. Ce sont des travaux de charpente ou de construction. C’est du travail qui est vraiment dur et physique, souligne le travailleur social.

Aux obstacles techniques et financiers viennent s’ajouter des difficultés qui pèsent sur le moral. Stan Cote le sait : sans les siens, il est moins fort. C’est aussi, selon lui, une des raisons de l’échec de certaines personnes en transition.

Des gens sont assis autour d'une table, boivent un café et discutent.

Stan Cote peut compter sur le soutien moral et parfois matériel de sa famille qui vit dans la réserve de Brokenhead.

Photo : Radio-Canada

Elles viennent des réserves où elles ont tout : leurs familles, une maison et du soutien. En ville, elles n’ont plus rien. Elles se retrouvent dans la rue parce que la rue les rattrape, les enferme et elles ne peuvent plus en sortir, explique celui qui est bénévole à OPK et qui vient en aide aux personnes en difficulté.

Les élections fédérales, Stan Cote s'y intéresse. Depuis plusieurs années, il se rend aux urnes. Non plus par devoir, mais par urgence. Pour lui, si les gens de sa communauté ne prennent pas position, les choses ne changeront pas.

Si nous ne disons pas ce que nous voulons pour nous, qui le fera?

Stan Cote, résident de la Première Nation de Brokenhead

Les promesses de paix et de réconciliation lui paraissent bien lointaines. Il estime que les politiciens restent assez loin des réalités que vivent les personnes autochtones en transition vers la ville.

Plus de programmes pour une transition réussie

À quelques jours du scrutin, le membre de la Première Nation de Brokenhead lance un appel à l’attention des candidats : il faut mettre en place plus de programmes pour les jeunes et les hommes en transition vers la ville.

En ville, différents organismes offrent du soutien et des conseils, mais ceux-là s’adressent plus à des personnes déjà installées. Il nous faut plus d’offres pour des personnes qui viennent des réserves à Winnipeg et qui n’ont pas tous les moyens ni les connaissances, confirme Mitch Bourbonnière.

Soutenu par ce dernier, Stan Cote reste optimiste. En attendant son tour, il donne de son temps aux autres pour qu’ils aient une chance de réussir. Son rêve? Arriver à un point où je ne suis pas en train de travailler juste pour survivre. Être capable de faire ce que j’aime : aider les gens. Pour moi, c’est ça la vie.

Des candidats réagissent

Le projet privé de loi C-262 déposé par le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Roméo Saganash a été bloqué au Sénat par les conservateurs. Le texte avait pour but d’assurer que les lois fédérales soient en accord avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Leah Gazan, candidate NPD dans Winnipeg-Centre, a indiqué qu’elle proposerait de nouveau le texte si elle était élue.

La question de la réconciliation et des conditions de vie des Autochtones a été débattue à plusieurs reprises au sein de la campagne électorale.

Nous avons demandé à trois candidats de la circonscription de Winnipeg-Centre, où vivent de nombreux membres des Premières Nations, leurs idées et leurs souhaits pour aider les personnes autochtones à réussir leur transition.

  • Leah Gazan, candidate du NPD :

Notre plan est de travailler avec les chefs des communautés autochtones pour élaborer une stratégie de logement pour les membres qui déménagent des réserves vers Winnipeg. Je crois qu’une des choses qui pourraient les aider, c'est de travailler avec les zones économiques en développement pour faire en sorte que les programmes de logement soient en adéquation avec les besoins des personnes autochtones. [...] Nous devons aussi investir dans les études secondaires. Il y a eu un manque de financement depuis un certain temps, ce qui a empêché certains membres des Premières Nations de faire des études.

  • Robert-Falcon Ouellette, député libéral et candidat à sa réélection :

Nous avons mis en place un programme d’investissement de 70 millions de dollars sur 10 ans pour la formation des gens qui viennent des réserves autochtones à Winnipeg-Centre. Il s’agit d’une formation qui aide les gens qui ont parfois des lacunes en écriture et d’autres connaissances de base pour être capables de trouver un emploi et d’entrer sur le marché du travail. Concernant le projet de loi C-262, on va faire avancer ce dossier. On va passer cette loi, mais c’est le gouvernement qui va le faire, car il n’y a que lui qui puisse le faire.

  • Ryan Dyck, candidat du Parti conservateur :

Je veux être vraiment actif dans ma circonscription. Il faut travailler avec toutes les associations de la communauté pour faire en sorte qu’elles aient les fonds dont elles ont besoin. En ce qui concerne la loi, il y a beaucoup de travail à faire en vue de la réconciliation, en vue de meilleures opportunités d’emplois, de travail et d’éducation.

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