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Les libéraux ont-ils intérêt à miser sur le vote stratégique?

Bulletin de vote

Les électeurs voteront-ils stratégiquement lundi?

Photo : Radio-Canada / Éric Tremblay

Camille Gris Roy

À quelques jours du scrutin du 21 octobre, l'argument du « vote stratégique » refait surface. En 2015, le vote dit « utile » avait pesé dans la balance chez les électeurs anti-Harper, mais son poids semble moins évident cette année.

Pour plusieurs électeurs rencontrés au centre-ville de Toronto, voter est d’abord une affaire d’opinion. Honnêtement, c’est selon mes convictions personnelles que je vote, selon ce que je pense qu’un parti peut m’apporter et quels sont ses souhaits pour la population, confie Juno Fortuné. C’est vraiment pas contre un parti, mais pour les idées qu’un parti peut [offrir].

Moi j’ai voté avec mon cœur cette année. Je pense que l’opinion de chacun compte. Et même si c’est soi-disant un "vote gaspillé", ça compte quand même, commente Anne-Louise Marlow, une autre électrice qui a déjà voté par anticipation.

Mais dans cette campagne, des chefs ont tenté de convaincre les électeurs de voter stratégiquement. Ainsi, le chef libéral Justin Trudeau a déclaré qu'un vote pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) ne réussirait pas à empêcher les conservateurs de mettre en oeuvre un plan d'austérité. Le chef du Parti conservateur Andrew Scheer a, quant à lui, interpellé les électeurs du Bloc québécois, disant qu’un vote autre que conservateur va maintenir Justin Trudeau comme premier ministre.

Peter Graefe, professeur agrégé au Département de sciences politiques de l’Université McMaster à Hamilton, n’est pas surpris de voir cet argument ressurgir. Ça revient à toutes les élections. Surtout avec le Parti libéral, qui par le passé était un parti centriste, mais là depuis une vingtaine d’années se positionne comme un parti progressiste [...] qui penche un peu plus vers la gauche.

Dès l’été, on a vu M. Trudeau qui commençait à faire l'argumentaire du “danger” de M. Scheer.

Peter Graefe, politologue

Il juge toutefois que le principal motif du Parti libéral, ce n’est pas seulement de bloquer son principal adversaire conservateur, mais surtout d’aller chercher une majorité. S’ils réussissent à faire vraiment une compression du vote NPD et du Parti vert, que ces gens-là se rallient au Parti libéral, ils auraient assez pour avoir un gouvernement majoritaire.

Eric Grenier, analyste des sondages de CBC (Nouvelle fenêtre), observe que l’appel au vote stratégique peut toujours avoir une utilité dans une campagne.

Mais [en ce moment] , c’est peut-être plus difficile pour les libéraux de passer le message qu’un vote pour le NPD ou les verts va faire élire un gouvernement conservateur, à cause des chiffres qu’on voit, puisqu’un gouvernement majoritaire pour les conservateurs est peu probable dans tous les cas.

Des luttes serrées

Aux dernières élections, dans la grande région de Toronto, le vote stratégique avait permis aux libéraux de remporter des circonscriptions serrées.

Eric Grenier répond aux questions du journaliste.

L'analyste de sondages pour la CBC Eric Grenier

Photo : Radio-Canada

Il y a beaucoup de sièges dans la banlieue de Toronto, par exemple, où cet argument pour voter stratégiquement va peut-être avoir un effet, plus que dans les régions où c’est assuré qu'un conservateur ou un libéral va gagner. Mais c’est difficile à dire si ça va être une bonne chose pour le Parti libéral, et si le vote stratégique – le report du vote NPD et vert– suffit pour bloquer un candidat conservateur.

Le politologue Peter Graefe de l'Université McMaster de Hamilton

Le politologue Peter Graefe pense que certaines luttes serrées entre néo-démocrates et libéraux sont toujours à surveiller.

Photo : Radio-Canada

Le NPD veut reprendre des circonscriptions perdues en 2015

Le vote stratégique avait aussi pesé dans des comtés serrés entre libéraux et néo-démocrates lors de la dernière élection.

La candidate néo-démocrate Min Sook Lee tente de reprendre Toronto–Danforth, ancienne circonscription de Jack Layton, ex-chef du NPD.

En 2015, la libérale Julie Dabrusin y a battu le député NPD sortant Craig Scott avec un mince écart de 1200 voix.

En 2015, c’était inhabituel : les gens étaient tellement fatigués du gouvernement Harper, et il y avait une certaine peur, explique Min Sook Lee. Mais je pense que les résidents de Danforth savent que c’est le temps maintenant de voter pour ce en quoi ils croient, soutient-elle. Traditionnellement les gens ici ont voté pour le NPD.

Julie Dabrusin, qui se représente pour un 2e mandat, n’était pas disponible pour une entrevue mardi.

Peter Graefe croit aussi que l’élection de 2015 était particulière.

Je pense que les gens étaient plus contre M. Harper qu’ils le sont contre M. Scheer aujourd’hui. Cet aspect, on l’a vu surtout parmi les jeunes, mais aussi certaines autres communautés : c’était vraiment une volonté de changer le gouvernement.

Peter Graefe, politologue

Selon lui, il est possible qu'aux yeux des électeurs Justin Trudeau n'incarne plus les valeurs progressistes qu'il incarnait en 2015. Quatre ans plus tard c’est plus difficile, il a dû prendre des décisions que les autres partis peuvent utiliser contre lui. Comme l’achat d’un pipeline, dont Mme May s’est servie dans les débats pour un peu réduire cet appel au vote stratégique et dire qu’en fin de compte, le Parti libéral n’est pas vraiment un bon représentant des valeurs progressistes, explique-t-il.

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Toronto

Politique fédérale