•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Elizabeth Warren, au centre des attaques du quatrième débat

Joe Biden, Elizabeth Warren et Pete Buttigieg lèvent tous la main pour prendre la parole.

Elizabeth Warren, Joe Biden et Pete Buttigieg figuraient parmi les 12 candidats ayant pris part au quatrième débat.

Photo : Associated Press / John Minchillo

Sophie-Hélène Lebeuf

Le quatrième débat démocrate s’est ouvert jeudi soir sur un thème incontournable, l’enquête pour destitution visant le président Trump, mais une évidence s’est rapidement imposée : la sénatrice Elizabeth Warren est désormais la candidate à freiner.

D'une durée de trois heures, le débat qui se tenait en Ohio s'inscrivait dans un contexte particulier : c’était la première fois que les candidats croisaient le fer depuis que le président Trump fait face à une enquête en vue d’une éventuelle destitution dans la foulée de son appel controversé avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, à qui il a notamment demandé, en juillet dernier, d'enquêter sur un des candidats qui se retrouvait sur la scène, Joe Biden.

Ce qui a toutefois retenu l'attention, c'est le changement dans la dynamique de la course, qui s'est traduit de façon évidente dans les échanges.

En montée dans les sondages, au point où elle est maintenant considérée parmi les deux meneurs de la course, avec Joe Biden, Elizabeth Warren a été la principale cible des attaques – souvent très frontales – de ses adversaires, désireux de freiner sa lancée.

En large partie épargnée au cours des débats précédents, la sénatrice du Massachusetts a dû défendre plusieurs de ses positions progressistes, notamment celles touchant l'assurance maladie.

Pressée de dire si le régime public d'assurance maladie qu'elle appuie se traduirait par des hausses d'impôt pour la classe moyenne, elle a à nouveau éludé la question, préférant parler des coûts totaux.

Je ne signerai pas un projet de loi qui ne réduira pas les coûts pour les familles de la classe moyenne, a-t-elle répondu au modérateur.

Au moins, Bernie [Sanders] est honnête à ce sujet. Il dit comment il paiera pour [son plan de santé] et admet que les impôts vont augmenter, a riposté la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar. Je pense qu'on doit aux Américains de dire qu'on leur enverra la facture.

[Il y a une différence entre] un plan qu'on peut vraiment faire et un rêve chimérique.

Amy Klobuchar, sénatrice du Minnesota

Une question demandant un "oui" ou un "non" n'a pas eu pour réponse un "oui" ou un "non", a pour sa part déploré le maire de South Bend, en Indiana, Pete Buttigieg, y voyant un exemple de comportement qui explique le cynisme des électeurs.

Mettant de l'avant une disposition appelée option publique, qui laisserait aux consommateurs le choix d'adhérer à un régime d'assurance public ou privé, le trentenaire a accusé sa rivale de vouloir diviser inutilement le pays sur la question des soins de santé.

Mme Warren a en outre défendu son plan d'imposition des plus riches, qu'ont critiqué les candidats modérés. Je comprends que c'est difficile, mais je pense qu'en tant que démocrates, nous allons réussir en rêvant grand et en nous battant férocement, pas en nous contentant de rêves modestes et en baissant les bras avant de commencer , a-t-elle soutenu.

La question à poser n'est pas pourquoi Bernie et moi sommes en faveur d'un impôt sur la richesse. C'est pourquoi tout le monde sur cette scène pense-t-il qu'il est plus important de protéger les milliardaires que d'investir dans une génération entière d'Américains?

Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts

Je veux ramener Elizabeth à la réalité. Personne sur cette scène ne veut protéger les milliardaires, a lancé Mme Klobuchar. Ce n'est pas parce que vous avez des idées différentes que vous vous battez pour les gens ordinaires.

De gauche à droite, les 12 candidats qui ont débattu : Tulsi Gabbard, Tom Steyer, Cory Booker, Kamala Harris, Bernie Sanders, Joe Biden, Elizabeth Warren, Pete Buttigieg, Andrew Yang, Beto O'Rourke, Amy Klobuchar et Julian Castro.

De gauche à droite, les 12 candidats qui ont débattu : Tulsi Gabbard, Tom Steyer, Cory Booker, Kamala Harris, Bernie Sanders, Joe Biden, Elizabeth Warren, Pete Buttigieg, Andrew Yang, Beto O'Rourke, Amy Klobuchar et Julian Castro.

Photo : Reuters / Aaron Josefczyk

Preuve des nombreux droits de réplique dont elle a bénéficié lorsqu'elle se faisait attaquer, Elizabeth Warren a parlé plus de 23 minutes, alors que ses rivaux ont eu un temps de parole variant entre 7 et un peu plus de 16 minutes, selon une évaluation du Washington Post.

Les plus récents sondages – à la fois dans les sondages nationaux, mais aussi dans les trois premiers États qui lanceront le bal des caucus et des primaires, l’Iowa, le New Hampshire et le Nevada – indiquent qu’elle talonne, voire devance désormais celui qui jusqu'à récemment dominait très largement ses adversaires.

Joe Biden récolte maintenant 29,4 % des appuis, selon la moyenne des sondages compilée par le site RealClearPolitics, contre 23,4 % pour Elizabeth Warren.

Victime d’une crise cardiaque il y a deux semaines, Bernie Sanders, 78 ans, désormais en troisième position, a par ailleurs su se montrer combatif, entre autres sur la santé.

L'enquête pour destitution en filigrane

Joe Biden, la main levée, répondant à une question.

Joe Biden a plaidé que Donald Trump s'en prenait à lui parce qu'il avait peur d'être battu.

Photo : Reuters / Shannon Stapleton

Organisé par CNN et le New York Times, le débat, qui a réuni pendant trois heures un nombre record historique de 12 candidats sur une même scène, s'est déroulé dans un contexte politique fort différent du précédent.

Depuis le dernier débat, le mois dernier, plusieurs choses ont changé, dont l'ouverture par les démocrates d’une enquête sur la destitution du président américain, dans la foulée des révélations d’un lanceur d’alerte préoccupé par un appel entre le président Trump et son homologue ukrainien.

C'est d'ailleurs avec ce thème, autour duquel les candidats ont affiché un front uni, que les modérateurs ont lancé le débat.

Ironiquement, chaque candidat a expliqué pourquoi la procédure de destitution était justifiée, tout en tentant ensuite pendant la majeure partie de la soirée de montrer qu'il est le mieux placé pour battre Donald Trump aux urnes.

Autant le sénateur Bernie Sanders que l'ex-vice-président Joe Biden ont qualifié Donald Trump de président le plus corrompu de l'histoire du pays.

Entraîné malgré lui au centre de la tempête politique qui secoue la Maison-Blanche, Joe Biden n'a pas expliqué pourquoi il propose maintenant d'interdire aux membres de la famille du président de conduire des affaires à l'étranger, alors que son fils Hunter siégeait au conseil d'administration de la société gazière ukrainienne Burisma, entre 2014 et 2019, quand lui-même était vice-président des États-Unis.

Mon fils n'a rien fait de mal. Je n'ai rien fait de mal, s'est défendu Joe Biden.

Donald Trump accuse les Biden de corruption et soutient que l’ex-vice-président démocrate a utilisé sa fonction pour protéger les intérêts financiers de son fils Hunter. Rien n’étaye cette théorie, ont démontré les médias américains.

Joe Biden a fait valoir que les efforts du président pour lui nuire prouvaient que ce dernier avait peur de lui.

Ce que nous devons faire maintenant, c'est nous concentrer sur Donald Trump. Il ne veut pas que je sois le candidat [démocrate]. Il s'en prend à moi parce qu'il sait que je le battrai à plates coutures.

Joe Biden, ex-vice-président des États-Unis

Au cours des dernières semaines, le nombre d'Américains en faveur d’une destitution, ou au moins en faveur de l’ouverture d’une enquête en ce sens, a grimpé rapidement et le sujet a dominé l’espace médiatique.

Selon un récent sondage réalisé pour Fox News, 51 % des gens soutiennent maintenant la destitution du président.

Les candidats jettent les gants

Pete Buttigieg s'adresse à Beto O'Rourke, alors qu'Andrew Yang est entre les deux.

Entourant Andrew Yang, Pete Buttigieg (à gauche) et Beto O'Rourke (à droite) ont eu de très vifs échanges.

Photo : Reuters / Shannon Stapleton

Le débat a donné lieu à plusieurs échanges musclés, notamment entre l’ex-représentant du Texas Beto O’Rourke et Pete Buttigieg, qui s'est davantage illustré que lors des débats précédents.

Appelant la formation politique à ne pas se laisser freiner « par les sondages , les consultants et les groupes témoins », M. O’Rourke, plus radical que ses adversaires démocrates sur cette question, a de nouveau plaidé pour la confiscation des armes d’assaut, comme celle utilisée dans la tragédie ayant meurtri sa ville d’El Paso, en août dernier.

Plaidant pour une approche plus pragmatique, M. Buttigieg a plutôt affirmé qu’on devait aux survivants apporter des résultats. Le problème, ce n’est pas les sondages […] Le problème, c'est la National Rifle Association et ses alliés au Congrès, et nous devrions nous unir pour les combattre, a-t-il lancé.

Et je n'ai pas besoin d’une leçon de courage de votre part, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan personnel.

Pete Buttigieg, maire de South Bend, en Indiana

M. Buttigieg, qui a combattu en Afghanistan, a aussi croisé le fer avec la seule autre candidate ayant servi dans l'armée, la représentante d'Hawaï Tulsi Gabbard, sur la question du retrait des troupes américaines du nord-est de la Syrie. Cette décision du président Trump, critiquée autant par des républicains que par des démocrates, a ouvert la porte à une offensive de grande envergure de la Turquie contre les Kurdes.

Donald Trump a le sang des Kurdes sur ses mains, tout comme plusieurs politiciens des deux partis qui ont appuyé un changement de régime en Syrie depuis le début de la guerre en 2011, a lancé Mme Gabbard, qui a déjà rencontré le dictateur syrien Bachar Al-Assad. Ce geste lui avait valu des critiques dans son propre parti.

Le massacre qui a lieu en Syrie n'est pas une conséquence de la présence américaine. C'est la conséquence d'un retrait et d'une trahison des alliés américains et des valeurs américaines par ce président, a rétorqué Pete Buttigieg.

Prélude à une sortie de piste?

Huit candidats – Joe Biden, Elizabeth Warren, Bernie Sanders, Pete Buttigieg, Kamala Harris, Andrew Yang, Cory Booker et Tom Steyer – sont déjà assurés d’une place au débat de novembre prochain, pour lequel les critères de sélection ont été resserrés.

Quatre candidats, Amy Klobuchar, Beto O’Rourke, Julian Castro, Tulsi Gabbard, risquent cependant de manquer ce prochain rendez-vous, ce qui pourrait sonner le glas de leur campagne.

Il reste encore 19 candidats dans la course à l'investiture.

Bannière vers notre dossier sur les candidats démocrates à la présidentielle de 2020

Politique américaine

Politique