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Redevenir un garçon de son âge en faisant l'école à l'hôpital

Laurent Morency est dans son lit d'hôpital tout sourire avec ses cahiers d'école.

Laurent Morency fait l'école à l'hôpital et à la maison. Il suit des traitements de chimiothérapie pour un rhabdomyosarcome.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Émilie Richard

Laurent Morency vient de célébrer son 11e anniversaire. Il aime jouer aux jeux vidéo, comme bien des garçons de son âge, mais il ne fréquente pas l'école comme le font ses amis. Laurent vit plutôt au rythme des traitements de chimiothérapie qui le gardent loin des bancs d'école. Malgré cette épreuve, il ne subira pas de retard scolaire pour autant.

Cette année, ce sont les enseignants qui viennent à lui. À la maison, mais aussi à l’hôpital Fleurimont où il est suivi pour un cancer logé profondément derrière sa mâchoire, du côté gauche.

Laurent combat un rhabdomyosarcome.

Le diagnostic est tombé à la fin de l’été. Ç'a été comme une grosse bombe, ça revole partout et après on se ramasse, se souvient sa mère, Marie-Claire Landry. On s’est dit : "ça ne sera pas possible, il ne pourra pas aller à l’école", poursuit-elle.

À ce moment, les parents de Laurent commencent à penser à une alternative et à s’imaginer lui faire l’école à la maison. On s’est fait dire non, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. On [les médecins] vous signe un papier, vous le donnez à l’école et c’est elle qui s’en occupe, explique Mme Landry. La maman accueille cette « bonne nouvelle » avec un soupir de soulagement.

Laurent, avec une main sur sa tête dégarnie, regarde son enseignante en tournant une page de son livre scolaire.

« Il est très brillant et rapide. En dedans d'une heure, on peut faire le travail qui aurait pris une demi-journée en classe », soutient l'enseignante de Laurent en milieu hospitalier, Mélanie Beaulieu.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Quand je regarde ça aller, je me dis une chance qu’il y a un enseignant qui détermine ce qu’il faut faire et dans quel ordre, ce n’est pas comme je l’ai appris. Quand on a su qu’il y avait une enseignante ici [à l’hôpital], on s’est dit wow! C’est plus motivant pour lui de faire une heure avec elle, enchaîne-t-elle.

Et cette heure est productive avec un élève comme Laurent.Il est très brillant et rapide. Il n’a pas de difficulté d’apprentissage alors en dedans d’une heure, on peut faire le travail qui aurait pris une demi-journée en classe, soutient son enseignante en milieu hospitalier, Mélanie Beaulieu.

Cette dernière trouve son compte auprès des clientèles différentes. Si elle a acquis plusieurs années d’expérience dans les centres jeunesse, elle n’échangerait pour rien au monde le poste qu’elle occupe à l’hôpital depuis cinq ans.

On rentre ici et on n’a pas le goût de partir. On découvre un milieu vraiment intéressant et on a la chance de ne pas faire de gestion de classe ou d’évaluations. C’est certain qu’on n’a pas toute la dynamique de l’école qui est sympathique, mais on a autre chose qui rend la tâche vraiment agréable.

Mélanie Beaulieu, enseignante à l'hôpital Fleurimont
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L’enseignante souligne au passage le contact avec les familles et le travail d’équipe avec les infirmières ou les physiothérapeutes, par exemple, pour offrir le maximum aux enfants qui lui redonnent beaucoup en retour. Ce sont des jeunes matures. Ils restent à l’essentiel. Ils nous donnent des leçons de vie, exprime-t-elle doucement.

En tout, il y a trois enseignantes à l’hôpital Fleurimont qui travaillent dans différents départements.

Mélanie Beaulieu est affectée à l’unité d’oncologie pédiatrique, mais aussi en pédiatrie où elle suit pendant quelques jours, parfois quelques semaines, les enfants hospitalisés. Son rôle, dans ce cas, est de s’assurer que les jeunes patients n'accumulent pas trop de retard. On demande à l’enseignant de fournir les travaux scolaires que l’enfant va manquer pendant son séjour à l’hôpital pour éviter qu’il soit surchargé de devoirs ou d’heures de récupération à son retour à l’école, précise-t-elle.

En oncologie pédiatrique, c’est autre chose.

Mme Beaulieu travaille en étroite collaboration avec l’enseignant attitré à l’enfant malade, et ce, pendant toute l’année scolaire.

Mélanie Beaulieu regarde droit devant le sourire aux lèvres alors qu'elle enseigne à Laurent qui est hospitalisé.

Mélanie Beaulieu enseigne à l'unité d'oncologie pédiatrique et en pédiatrie à l'hôpital Fleurimont depuis cinq ans.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Dans le cas de Laurent, qui fréquente normalement l’école Notre-Dame- de-Bonsecours, c’est l’enseignant qu’il devait avoir cette année qui a accepté une charge de travail supplémentaire. Michaël Poulin visite donc Laurent chez lui, selon des horaires variables, à raison de quatre heures par semaine. Ce dernier communique régulièrement avec Mélanie. On s’écrit des courriels, il me laisse des notes sur les cahiers de Laurent. On s’assure que d’ici la fin de l’année, Laurent va avoir vu toutes les notions de cinquième année. On veut qu’il soit en sixième avec sa gang de chums et qu’il n’ait pas tout perdu de cette année plus difficile, explique l’enseignante avec un sourire dans la voix.

Il est bien entouré ce Laurent.

S’il le faut, M. Michaël le visite les fins de semaine et Mme Mélanie n’hésite pas à lui enseigner bien assise dans son lit d’hôpital. Je trouve cette façon plus conviviale, c’est plus facile pour entrer en contact, assure Mélanie Beaulieu.

Mélanie Beaulieu qui enseigne à Laurent assise sur le lit d'hôpital du garçon.

Mélanie Beaulieu enseigne à Laurent assise sur le lit d'hôpital parce que c'est plus convivial.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Laurent s’adapte bien à cette nouvelle réalité scolaire même s’il s’ennuie de ses amis. Au moins, je n’ai pas à attendre après toutes les explications des autres élèves. C’est moins long attendre au bureau du prof, avoue-t-il timidement.

Cette année, Laurent ne suit que les cours de base, soit le français, les mathématiques, l’univers social et l’éthique et culture. Quand chacun a terminé ses classes, ils se regroupent sur le lit [d’hôpital] d’un des enfants pour jouer à Uno, par exemple. Il y a quand même une mini-récréation, raconte en souriant sa maman.

Marie-Claire Landry en avant-plan. Elle est la maman de Laurent assis à ses côtés.

Marie-Claire Landry, maman de Laurent, profite du temps pendant que son garçon est avec l'enseignante pour rencontrer les médecins, répondre à des courriels ou souffler un peu.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

À la maison, si Laurent est suffisamment en forme, il donne plutôt rendez-vous à ses amis sur Facetime ou en ligne pour jouer à des jeux vidéos. Et à de très rares occasions, si son niveau d’énergie lui permet et qu’il n’y a pas de microbes à l’horizon, Laurent reçoit ses amis chez lui, pour son plus grand bonheur. On essaie de compenser, dit sa mère.

D’autant plus que Laurent est très conscient des longues semaines qui l’attendent. Il sait compter. Il est capable de savoir qu’on a fait six semaines de traitements et qu’il en reste 60, compatit la dévouée maman, qui profite des périodes de classes pour rencontrer les médecins, répondre à des courriels ou souffler un peu.

Et pendant ce temps-là, oui, Laurent apprend, mais surtout, il redevient comme un garçon de son âge. Ils [les patients] ne sont pas malades pendant cette heure-là. Ou du moins, ils pensent moins à la maladie, témoigne celle que Laurent trouve gentille, Mme Mélanie.

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