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Syrie : Mike Pence se rendra en Turquie pour négocier un cessez-le-feu

Un homme vêtu en treillis tient un lance-roquette.

Un soldat de l'armée syrienne, près de la frontière avec la Turquie

Photo : afp via getty images / Delil Souleiman

Radio-Canada

Le vice-président américain Mike Pence s'envolera pour la Turquie mercredi afin de négocier un cessez-le-feu, alors que les forces de Bachar Al-Assad – qui sont désormais alliés des Kurdes – ont repris le contrôle de la ville syrienne de Manbij, dans le cadre d'un déploiement destiné à contrer l'offensive turque.

Selon la Maison-Blanche, lors de la réunion de jeudi prévue avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, le vice-président Pence réitérera l'engagement du président Trump de maintenir des sanctions économiques punitives à l'encontre de la Turquie jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée.

Le premier ministre turc a réagi peu de temps après l'annonce de cette visite. M. Erdogan a affirmé avoir déclaré à son homologue américain que la Turquie ne proclamerait jamais un cessez-le-feu dans le nord de la Syrie.

Donald Trump avait quant à lui promis la veille de « détruire l'économie turque » en imposant des sanctions économiques « sévères » contre la Turquie, en réponse à cette offensive qu'elle mène dans la région.

En attendant la concrétisation des efforts diplomatiques, les belligérants continuent de faire parler leurs canons, forçant notamment l'organisation humanitaire Médecins sans frontières à suspendre ses activités dans la région et à évacuer son personnel.

Les forces gouvernementales syriennes ont pris le contrôle total de la ville de Manbij et des localités avoisinantes. [La police militaire russe] mène des patrouilles le long de la ligne de contact entre [les forces syriennes et turques], a déclaré le ministère russe de la Défense dans un communiqué.

L'envoyé spécial russe pour la Syrie, Alexandre Lavrentiev, a de son côté assuré que Moscou ne permettrait pas des affrontements entre les armées turque et syrienne.

La situation dans le nord de la Syrie pourrait réellement saper la paix interconfessionnelle dans ces régions habitées non seulement par les Kurdes, mais aussi par des Arabes et des sunnites. De tels affrontements ne sont dans l'intérêt de personne et seraient inacceptables.

Alexandre Lavrentiev, envoyé spécial russe pour la Syrie

Selon M. Lavrentiev, des pourparlers entre Kurdes et des émissaires du régime de Damas auraient eu lieu sur la base militaire russe de Hmeimim – dans le nord-ouest de la Syrie – même si les résultats de ces négociations semblent, pour le moment, méconnus.

Si la ville frontalière de Tal Abyad est tombée aux mains des Turcs, celle de Ras al-Aïn semble résister pour l'instant.

Pour défendre cette autre ville frontalière, les Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) utilisent un réseau dense de tunnels et de tranchées.

En sept jours, l’offensive turque a déjà tué 70 civils coté syrien, 135 combattants des FDS et 120 combattants proturcs, provoquant de surcroît l'exode de 160 000 personnes.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme a aussi annoncé mardi que deux soldats de l'armée syrienne avaient perdu la vie dans des tirs d'artillerie de rebelles affiliés à la Turquie.

Des funérailles

Des personnes en deuil assistent aux funérailles de cinq combattants des Forces démocratiques syriennes tués dans des combats contre les forces dirigées par la Turquie dans la ville de Ras al-Aïn le long de la frontière, le 14 octobre 2019.

Photo : Getty Images / Delil Souleiman

À cet effet, les autorités kurdes en Syrie se sont alarmées mardi de l'arrêt des activités de « toutes » les ONG internationales. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU a également annoncé « une suspension des opérations », et un transfert en Irak voisin du personnel international.

Des alliés de circonstance

Les États-Unis, alliés jusqu'à présent aux forces kurdes dans la lutte contre le groupe armé État islamique (EI), ont annoncé dimanche le retrait de 1000 soldats du nord-est de la Syrie, ouvrant la voie à l'opération turque.

Donald Trump, qui a demandé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan un arrêt immédiat de l'offensive en Syrie, a signé lundi un décret autorisant des sanctions – comme la saisie de biens et des interdictions d'entrée sur le territoire américain – contre d'actuels et anciens membres du gouvernement turc.

Pour éviter de nouvelles sanctions [...], la Turquie doit mettre fin immédiatement à son offensive, a prévenu le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Nous allons poursuivre notre lutte jusqu'à ce que nos objectifs soient atteints, a alors rétorqué mardi M. Erdogan.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan qui s'adresse à un public.

« Jusqu'à ce matin, nous avons libéré une zone de près de 1000 km2 des mains de l'organisation séparatiste terroriste », a expliqué mardi le président turc Erdogan désignant par cette expression les YPG.

Photo : Getty Images / Adem Altan

La France et d'autres pays européens craignent que de nombreux membres de l'EI détenus par les Kurdes ne réussissent à s'enfuir, profitant du chaos sécuritaire pour se reformer sur le terrain.

Néanmoins, le président turc Recep Tayyip Erdogan a assuré dans le Wall Street Journal qu'aucun combattant de l'EI ne pourra quitter le nord-est de la Syrie.

Le Quai d'Orsay est prévenu

Environ 12 000 combattants – dont 2500 à 3000 étrangers – sont détenus dans les prisons sous contrôle des Kurdes, et au moins trois Françaises auraient été « récupérées » par le groupe armé État islamique, selon des informations de proches transmises à leur avocate.

On vien de ce rentre compte qe c dawla – l'État en arabe, et un des qualificatifs de l'EI – ki nous a récupérer, a envoyé l'une de ces femmes à des proches, selon un message vu par l'Agence France-Presse.

Les YPG ont rapporté que près de 800 prisonniers affiliés à l'EI étaient parvenus à s'échapper du camp d'Aïn Issa, au nord de Raqqa, grâce au chaos lié à l'offensive turque. D'autres sources affirment néanmoins que les Kurdes les auraient poussés à quitter le camp.

Elles sont parties depuis très longtemps de l'organisation [...] donc pour l'EI elles sont considérées comme des déserteurs. Même si on sait que la France va dire "elles rejoignent l'EI", a affirmé la mère de l'une d'entre elles.

Le Quai d'Orsay est prévenu, a indiqué l'avocate Me Marie Dosé, qui alerte depuis des mois sur les conditions des Françaises dans les camps du nord-est syrien.

Des enfants assis sur le sol.

Des enfants - qui seraient liés à des combattants étrangers du groupe armé État islamique - sont pris en charge par des bénévoles dans le village d'Ain Issa, au nord de la Syrie, avant le début de l'offensive.

Photo : Getty Images / Delil Souleiman

Responsabilité décriée?

Depuis le début de l'offensive turque, le 9 octobre, le Haut-Commissariat tente de vérifier l'authenticité des abus qui lui sont rapportés, dont des exécutions.

La Turquie pourrait tout de même être considérée comme « responsable » des exactions commises par les groupes armés qui lui sont affiliés, a déclaré mardi l'ONU, soulignant que les exécutions menées par les rebelles proturcs peuvent constituer un « crime de guerre ».

Le Conseil de sécurité des Nations unies va probablement se réunir à huis clos mercredi pour débattre des derniers événements survenus dans la zone, ont déclaré des sources diplomatiques.

Il s'agit d'une seconde réunion extraordinaire depuis le début de l'offensive turque visant à déloger du nord-est de la Syrie les forces kurdes des YPG – considérés comme terroristes par Ankara –, mais alliés de l'Occident dans la lutte contre les djihadistes du groupe armé État islamique.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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