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« Les conservateurs vous ont-ils si bien servis? » demande le Bloc aux gens de Québec

Andrew Scheer rétorque qu'il n'a « pas de leçon à recevoir » d'Yves-François Blanchet.

Le reportage de Philippe-Vincent Foisy.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Bernard Barbeau

Brandissant l’exemple de Chantier Davie, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a invité jeudi les résidents de la région de Québec à se demander si l’élection de plusieurs députés conservateurs dans leur coin de pays leur avait été utile ces dernières années.

En point de presse devant les installations de Chantier Davie Canada, à Lévis, il a dit avoir une question à poser aux gens de Québec et des alentours. Je ne suggère pas tant que ça la réponse, mais s’il y a une réflexion, ce sera déjà quelque chose d’intéressant.

Dites-moi, dans la région de Québec, est-ce que les conservateurs vous ont si bien servis que ça? Est-ce que vous avez eu votre part? Est-ce que vous avez eu des réalisations réelles?

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

La Davie aurait dû être la preuve de l’engagement [des conservateurs] à l’endroit de la région, à l’endroit de Lévis et à l’endroit de la population de la région, et ça n’a pas eu lieu, a déploré M. Blanchet.

Le chef du Bloc a rappelé que c’est le gouvernement conservateur de Stephen Harper qui avait mis sur pied en 2011 la Stratégie nationale de construction navale (SNCN), un projet de 100 milliards de dollars sur 30 ans.

Depuis, le chantier naval de Lévis n’en a obtenu qu’une petite partie. Les chantiers Irving, à Halifax, et Seaspan, à Vancouver, ont été injustement favorisés, estime le Bloc. Ces derniers ont obtenu des contrats approchant respectivement 75 milliards et 25 milliards de dollars.

Le chantier de la Davie a eu au total 2 milliards sur 100 milliards. On est très, très loin du compte, a-t-il dit, en soulignant que celui-ci a la moitié de la capacité de construction navale canadienne.

Quant aux libéraux, ils avaient tout à gagner à donner des contrats, mais ils ne l’ont pas fait […] parce qu’il y a des puissants lobbys qui ont un accès direct à l’oreille des premiers ministres fédéralistes, selon Yves-François Blanchet.

Qualifiant le tout d'arnaque historique et de profondément odieux, il a soutenu que cette stratégie, s’il y avait eu un Bloc fort à ce moment, elle n’aurait jamais passé comme elle existe aujourd’hui.

Dire "voter pour le Bloc c'est voter pour les libéraux", ça fait une semaine qu'on joue dans ce film-là, on l'a tous entendu, a poursuivi M. Blanchet, un peu plus tard à Victoriaville. Moi, j'ai ajouté une ligne : voter pour les conservateurs, c'est voter pour le passé, voter pour le Bloc, c'est voter pour le futur. M. Scheer commence à pratiquer la politique de la colère, et je ne crois pas que la politique de la colère sert les Québécois.

Le couple devant des immeubles de Québec.

Andrew Scheer, vu ici avec son épouse Jill, a profité d'un arrêt à Québec pour défendre le travail du Parti conservateur dans le dossier de Chantier Davie.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

« Aucune leçon à recevoir », dit Scheer

Le chef conservateur Andrew Scheer, qui était à Québec en avant-midi, a nié les prétentions de M. Blanchet.

C’est complètement faux, a-t-il dit. « C’est notre gouvernement conservateur qui a assuré que Davie ait le contrat pour l’Astérix. Et une des premières décisions que Justin Trudeau a essayé de faire, c’est annuler ce contrat avec l’affaire Norman. »

C’est clair pour les Québécois et les Québécoises que c’est notre parti qui a toujours appuyé Davie et seulement notre parti.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

D'après M. Scheer, c'est grâce aux pressions que l'opposition conservatrice a exercées sur le gouvernement Trudeau que Chantier Davie Canada a pu obtenir quelques contrats.

Je n’ai aucune leçon à recevoir de M. Blanchet, a-t-il lancé. L'élection de députés bloquistes permettrait à Justin Trudeau de demeurer premier ministre, a-t-il prévenu, et c’est clair que Davie n'aurait pas le même accès [à des contrats] que sous un gouvernement conservateur.

Le Parti libéral du Canada (PLC) a soutenu dans un communiqué, en fin de journée, que son gouvernement avait « rétabli et rebâti la relation entre Ottawa et la Davie », et signalé avoir confié pour près de 4 milliards de dollars de contrats à la Davie, soit « 25 fois plus que les conservateurs lors de leur dernier mandat ».

Quoi qu'il en soit, le leader du Bloc québécois a réclamé une série de mesures, dont l’annulation de contrats déjà octroyés à d’autres entreprises (mais pas encore signés) pour qu’ils soient redonnés au Chantier Davie. Oui, on en est là, a-t-il assuré.

Le Bloc demande également à Ottawa de faire de Chantier Davie Canada le troisième partenaire de la SNCN – ce qui ne devrait pas se heurter à trop de résistance, les conservateurs comme les libéraux ayant annoncé une telle intention – et de lancer une commission d’enquête sur celle-ci afin de répondre aux interrogations soulevées lors du procès du vice-amiral Mark Norman et par des contrats octroyés au chantier Irving à des prix exorbitants à la suite d’un lobbying intensif.

Il souhaite aussi l’attribution à Chantier Davie du contrat pour un second pétrolier ravitailleur, l’Obélix, celui de l’Astérix ayant été un tel succès, de même que tous les contrats des brise-glace qui font présentement l’objet de discussions.

Enfin, il demande l’annulation de la location avec option d’achat d’un troisième traversier pour Marine Atlantique, pour que soit octroyée à Chantier Davie la tâche de le construire.

Notre dossier Élections Canada 2019

Le 3e lien et le tramway

Andrew Scheer a signalé mardi que seul le Parti conservateur appuie la construction d'un tunnel entre Québec et Lévis passant sous l'île d'Orléans. Nous en serons un partenaire.

C’est seulement moi, comme premier ministre, qui peut réaliser le troisième lien. Tous les autres partis sont contre le troisième lien.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Nous appuyons ce projet, parce que nous savons que les gens de Québec veulent de ce projet, c’est très clair, a ajouté M. Scheer. Et nous savons que la Ville et la province font ce qu'il faut pour s'assurer qu'il respecte des standards environnementaux très élevés.

Il n’a pas voulu fixer de limite à l’éventuelle contribution financière d’Ottawa : On va regarder les chiffres. Ce sera le sujet de négociations. On va respecter les principes traditionnels [quant à la participation financière] du gouvernement fédéral.

Yves-François Blanchet a répété quant à lui qu'il attendrait le rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) avant de se prononcer.

Dans le même temps, un gouvernement Scheer honorerait les engagements de l'administration Trudeau à l’égard du tramway de Québec. On va respecter les projets qui ont déjà été approuvés, a indiqué le chef conservateur.

Le PLC avait avancé plus tôt dans un communiqué que le Parti conservateur comptait annuler le financement fédéral de 1,2 milliard de dollars du réseau de transport structurant de Québec. C’est un autre mensonge de la part des libéraux, a déclaré M. Scheer, qui a garanti les montants comme les délais prévus.

Mise en garde des libéraux

Les libéraux ont néanmoins persisté, en après-midi, à Québec.

Disant savoir calculer, le candidat et ministre sortant Jean-Yves Duclos a établi à un peu plus de 4 milliards de dollars la part du Québec dans les compressions « draconiennes » de 18 milliards qu'ont prévues les conservateurs dans les projets d'infrastructures. Et comme le financement des projets prévus par le gouvernement Trudeau dans la province totalisait 2,7 milliards – dont 1,2 milliard pour le tramway –, ça ne tient pas la route, a-t-il assuré.

Leurs promesses pour le troisième lien, pour le pont de Québec, pour le réseau de transport structurant – le tramway –, ça ne marche pas, a dit celui qui cherche à se faire réélire dans la circonscription de Québec. Alors je les inviterais à refaire leurs devoirs.

Or, les conservateurs n'ont jamais indiqué qu'ils effectueraient bel et bien des compressions de 4 milliards de dollars dans le financement des projets d'infrastructures au Québec. Ils ne l'ont pas dit, a reconnu M. Duclos. Mais si on prend la part du Québec, à peu près 23 %, c'est 4 milliards de moins en infrastructures pour la province.

À la dissolution de la Chambre, les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches étaient représentées majoritairement par des conservateurs.

Malgré un certain recul, les projections laissent croire que la majorité des électeurs de la région de Québec, notamment ceux de Bellechasse–Les Etchemins–Lévis et de Lévis–Lotbinière, pourraient opter de nouveau pour les conservateurs, le 21 octobre. Ceux de Québec et de Louis-Hébert pourraient toutefois favoriser les libéraux, comme ils l’ont fait en 2015. Et la lutte est serrée entre ces deux formations dans Beauport–Limoilou. Dans Beauce, le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, est au coude-à-coude avec le conservateur Richard Lehoux.

Il n’est cependant pas du tout exclu qu’au moins un ou deux bloquistes puissent se faufiler, en particulier dans Montmagny–L'Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup.

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