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Un membre des Hells Angels obtient une semi-liberté

Robin Moulton à califourchon sur une moto.

Robin Moulton a été condamné l'an dernier pour possession de cocaïne en vue d'en faire le trafic. Il est un membre en règle des Hells Angels, une organisation dont il refuse de se dissocier.

Photo : Facebook

Radio-Canada

Un Néo-Brunswickois considéré comme un membre en règle du chapitre Nomads des Hells Angels a obtenu une semi-liberté en dépit de l’opposition des autorités policières et de Service correctionnel Canada.

Des enquêteurs estiment que Robin Moulton était revenu dans sa province d’origine, en 2016, dans le but d’ouvrir un chapitre des Nomads, alors que celui-ci prétendait avoir uniquement l’intention d’exploiter un commerce d’articles de motocyclette.

Ces renseignements sont contenus dans la décision rendue le 3 octobre par la Commission des libérations conditionnelles.

Possession de cocaïne dans le but d'en faire le trafic

Moulton, 50 ans, a été condamné en octobre 2018 à 4 ans et demi de prison pour possession de cocaïne dans le but d’en faire le trafic et de possession d’une presse à cocaïne dans l’intention de produire ou de faire le trafic d’un stupéfiant.

En tenant compte du temps qu’il avait déjà passé derrière les barreaux, toutefois, il ne restait plus à Moulton que 2 ans, 9 mois et 15 jours de prison à purger.

La police avait intercepté Moulton en août 2017 alors qu’il circulait près de Woodstock, dans l’ouest du Nouveau-Brunswick. Les agents avaient découvert un bloc de 10 onces de cocaïne dans sa voiture.

Cette drogue, pure à 35 %, avait une valeur de 12 000 $ à 24 000 $ sur le marché noir.

L’arrestation de Moulton n’était pas le fruit du hasard : des enquêteurs avaient installé une caméra activée par le mouvement dans un casier et avaient ainsi pu voir leur suspect façonner des briques de drogue avec une presse, et les déposer dans un sac de sport avant de partir.

Moulton avait déjà un casier judiciaire. En 2008, il avait été condamné à 64 mois de prison pour trafic de cocaïne et possession d’une arme à utilisation restreinte.

Robin Moutlon s'approche de la porte du palais de justice.

Robin Moulton lors d'une comparution en cour.

Photo : CBC

Des origines autochtones

D’après les documents de la Commission de libération conditionnelle, Moulton est membre de la bande de motards criminalisé depuis longtemps.

Il est décrit dans ces mêmes documents comme étant de descendance autochtone. La Commission souligne toutefois qu’il n’a pas grandi dans une réserve et n’a pas été élevé dans la culture autochtone.

Votre dossier indique que vous vous êtes sentis déconnectés [de la culture autochtone] en ne grandissant pas dans une réserve et en étant privé des enseignements et des cérémonies traditionnels qui vous auraient aidé à résoudre des problèmes et à développer votre capacité d’adaptation, écrit-elle.

La faiblesse de son sentiment d’appartenance à une communauté autochtone explique pourquoi il s’est senti attiré par la camaraderie, le pouvoir et l’influence associés à une bande de motards criminalisée, poursuit la Commission.

Tout en prenant acte du fait que Moulton a ouvert une entreprise à son retour au Nouveau-Brunswick, la Commission note aussi qu’il y vendait des vêtements portant le numéro 81, associé aux Hells Angels.

Robin Moulton dans des habits du club de motards Nomads.

Robin Moulton porte les couleurs des Nomads, un chapitre des Hells Angels au Nouveau-Brunswick, dans cette photo qui date de 2017.

Photo : Facebook

La Commission reconnaît, dans sa décision, que Moulton a participé à certains programmes et à des cérémonies autochtones en prison, mais souligne qu’il a toujours refusé de se dissocier des Hells Angels, qu’il décrit comme son « groupe social ».

Dans sa demande de libération de jour, Moulton affirmait qu’il voulait poursuivre le « parcours de guérison » qu’il avait entrepris en assistant à des cérémonies et en se formant à la médecine traditionnelle autochtone, pour rétablir les liens avec sa communauté. Il disait aussi avoir l’intention de s’inscrire à des études collégiales pour mettre à jour ses compétences. Il a une formation de chef cuisinier et de boucher.

S’il obtient la pleine libération, il a l’intention de s’installer dans une maison qu’il possède, avec sa conjointe de fait.

Service correctionnel, la GRC opposés à sa libération

Service correctionnel Canada n’appuyait toutefois pas sa libération. L’agence souligne dans sa présentation qu’un centre qui n’est pas identifié ne voulait pas de lui à cause de ses liens avec les Hells Angels, de même qu’une maison de transition dans la région ciblée pour sa libération.

Un membre des Hells Angels.

Robin Moulton décrit les Hells Angels comme son « groupe social ».

Photo : Getty Images / Christopher Furlong

Service correctionnel Canada estimait qu’il manquait d’information pour conclure que les risques présentés par Moulton étaient gérables, même s’il avait suivi des programmes en prison.

La Commission des libérations conditionnelles note également, dans sa décision, que la GRC au Nouveau-Brunswick était opposée à toute forme de libération de Moulton. Un porte-parole de la force policière a refusé de commenter l’affaire.

Lors de son témoignage devant la Commission des libérations conditionnelles, Robin Moulton a déclaré que son risque de récidive était faible et a soutenu que l’opposition de Service correctionnel à sa libération se fondait sur les préjugés à propos des bandes de motards criminalisées.

Il soutient d’autre part qu’il subissait un stress considérable lorsqu’il a décidé de faire le trafic de cocaïne en 2016. Un ami proche, plaidait-il, venait de connaître une mort violente et l’ouverture de son commerce lui causait des soucis financiers.

L’un de ses amis avocats avait également témoigné en sa faveur, en contestant le lien entre ses activités criminelles et son appartenance aux Hells Angels.

Il croit [l’ami] que les médias et la police établissent un lien à des fins sensationnalistes, écrit la Commission.

La conjointe de Moulton avait également témoigné, en disant que celui-ci était un bon père pour ses enfants. Un aîné autochtone a par ailleurs affirmé que Moulton avait renoué avec ses racines autochtones.

Une liste de conditions

En tenant compte de tous ces arguments, la Commission a accordé à Robin Moulton une libération de jour pour 6 mois. Elle estime qu’il a les outils et compétences pour bien gérer le risque qu’il pourrait représenter pour la communauté et qu’il est en mesure de respecter les conditions qui lui sont imposées.

Tout en se disant préoccupée par ses liens avec une bande de motards criminalisée, la Commission, la Commission note que Moulton n’a pas un casier judiciaire garni et que sa dernière libération conditionnelle s’est bien déroulée.

Elle lui impose une liste de conditions : il devra, pendant sa semi-liberté, habiter en permanence la résidence qui lui sera assignée. Il pourra sortir durant le jour, mais devra y revenir toutes les nuits.

Il ne pourra pas s’associer à quiconque se livre à des activités criminelles et présenter des preuves que ses moyens de subsistance ont été obtenus grâce à des activités légales.

Enfin, il ne pourra acheter, détenir, ni consommer de drogues, il devra chercher un emploi et limiter ses déplacements au territoire établi par son agent de probation.

Avec les informations de Karissa Donkin, CBC

Nouveau-Brunswick

Crimes et délits