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Commerces, hôtellerie, restauration : la crise politique à Hong Kong a un coût

Une buvette avec une employée et une cliente.

Une buvette ouverte dans une rue de Hong Kong.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Anyck Béraud

Des mois de manifestations pro-démocratie contre le gouvernement pro-Pékin se font sentir dans des secteurs économiques clés du territoire chinois semi-autonome. Hong Kong est moins prisé que d’habitude par les touristes en cette période de turbulence sociopolitique.

C’est particulièrement vrai en ce qui concerne les visiteurs de la Chine continentale, assure le président de la Fédération des restaurants et des métiers connexes, qui regroupe quelque 6000 points de vente à Hong Kong.

Durant les vacances de la fête nationale chinoise, la Golden Week, le nombre de touristes qui viennent de là-bas a chuté de 50 %. C’est inquiétant, explique Simon Wong.

Il faut souligner qu’en Chine continentale, ce sont surtout les images des violences et des dérapages d’une très petite minorité de manifestants hongkongais, lors des rassemblements largement pacifiques, qui sont diffusées.

Mais elles font aussi le tour de la planète.

Écoutez le reportage d'Anyck Béraud à l'émission L'heure du monde.

Entrée de métro fermée avec des grillages.

Une entrée de métro condamnée.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Simon Wong dresse un bilan très sombre de l’impact des manifestations dans son secteur.

En trois mois, depuis juin, nous avons perdu presque 7,5 milliards de dollars de Hong Kong. Et pour le seul mois d’octobre, ça pourrait atteindre 3 milliards en pertes supplémentaires. Ça représente environ 10 % de nos chiffres d’affaires, estime-t-il. Il ajoute que de nombreux restaurants ont dû réduire les heures de leurs employés, et même les renvoyer.

Le fait que le service de métro soit arrêté plus tôt que l’horaire prévu – entre autres mesures pour circonscrire les manifestants ou empêcher tout acte de vandalisme – n’incite pas nécessairement les gens à sortir manger ou à faire une virée dans les magasins.

Première récession depuis la crise financière de 2008

L’économie de Hong Kong était déjà ébranlée par la guerre commerciale sino-américaine et le ralentissement économique en Chine. La baisse enregistrée du nombre de touristes en rajoute une couche.

La restauration, l’hôtellerie, les commerces, mais aussi l’industrie du luxe, un secteur important à Hong Kong qui attire des acheteurs de partout en Asie, tous des secteurs sinistrés, souligne Jean-Pierre Cabestan, professeur au Département de sciences politiques à l’Université Baptiste de Hong Kong.

Carrie Lam [la cheffe de l’exécutif hongkongais] espère que cette montée des difficultés économiques va être de nature à diviser le mouvement [de contestation] et finalement à rallier une grande partie des Hongkongais à une stratégie plus pacifique ou à un arrêt pur et simple du mouvement, ajoute-t-il.

Commerces pris en étau

Dans un secteur très commerçant d’où partent souvent les manifestations, Causeway Bay, nous essuyons plusieurs refus de commenter à notre micro. Au détour d’une rue, des ouvriers réparent une succursale de la Banque de Chine. Presque en face, un magasin est placardé. Des commerces considérés comme des symboles de la Chine continentale ont été saccagés par des contestataires radicaux.

Simon Wong, de la Fédération des restaurants et des métiers connexes, souligne que tout cela nuit considérablement à ses membres.

Par contre, ceux qui appuient le mouvement pro-démocratie en font parfois les frais. Le président de la compagnie aérienne hongkongaise Cathay Pacific en sait quelque chose. En août dernier, il a dû démissionner sous la pression de Pékin, après l’appui exprimé par des employés aux manifestants.

Parmi ceux qui s’affichent : le gérant d’une buvette qui a installé sur le comptoir une petite figurine représentant un manifestant masqué.

Petite figurine représentant un manifestant masqué

Petite figurine représentant un manifestant masqué, sur un présentoir hongkongais.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Il permet aussi aux clients et aux passants de laisser des petits messages sur le mur.

Il assure que 90 % des messages sont en faveur du mouvement pro-démocratie, et qu’il ne subit pas du tout l’ire des autres qui sont contre. Oui, il doit parfois fermer boutique durant les manifestations, notamment à cause des gaz lacrymogènes lancés par les policiers, parce que ça contamine ma nourriture, lance-t-il.

Des centaines de post-it de couleurs différentes sur les murs d'un commerce

Un commerçant permet aux passants de laisser des petits messages sur les murs de sa boutique.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Discours politique annuel sous tension

Il aura fallu des semaines de contestation pour que Carrie Lam se décide à retirer, et non simplement à suspendre, le projet de loi qui devait permettre d’extrader en Chine continentale toute personne recherchée par les autorités de Pékin et qui a mis le feu aux poudres.

Les opposants à cette loi y voient bien des dangers et une autre façon pour le régime chinois de porter atteinte aux libertés et aux droits garantis à Hong Kong. Et le retrait de cette loi, ce n’est plus assez.

« Cinq demandes » : c’est ce que les pro-démocratie ont de nouveau scandé hier, 14 octobre, lors du premier rassemblement autorisé depuis que les autorités ont décidé d’interdire le port de masques durant les manifestations.

Ils réclament aussi une enquête indépendante sur l’usage de la force par la police contre les manifestants, l’amnistie générale pour ceux qui ont été arrêtés, l’implantation du suffrage universel pour élire le chef de l’exécutif, et ils veulent que les autorités cessent de qualifier les manifestations d’émeutes.

Visage de Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif hongkongais

Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif hongkongais

Photo : Associated Press / Mark Schiefelbein

Contexte tendu donc pour Carrie Lam, qui va prononcer demain son discours de politique annuel.

La Chambre américaine de commerce de Hong Kong est tellement inquiète qu’elle demande au gouvernement d’agir, avec des mesures de réconciliation à son avis nécessaires pour sauver la réputation du territoire.

La cheffe de l’exécutif hongkongais a prévenu que, dans son discours, elle accordera la priorité à des questions comme le logement, inabordable pour bien des Hongkongais, en particulier les jeunes.

Pour Jean-Pierre Cabestan, de l’Université Baptiste de Hong Kong, elle va proposer des solutions sociales et économiques à une crise qui est foncièrement politique. Il ajoute que si ces problèmes nécessitent depuis longtemps des solutions, ces réponses sociales et économiques ne vont pas régler sur le fond la crise politique qui est une crise de confiance et qui est une crise qui porte sur la réforme politique et sur la démocratisation complète de Hong Kong.

Bien des manifestants pro-démocratie que nous avons sondés à l’approche du discours de Carrie Lam disent ne pas s’attendre à grand-chose. Pour eux, il y a longtemps que le lien de confiance est rompu.

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