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Est-du-Québec : le vieux fond nationaliste va-t-il jouer un rôle décisif le 21 octobre?

Le PQ vient à la rescousse du Bloc québécois pour déloger des députés sortants.

Un homme regarde au large à la hauteur de Pointe-au-Père dans le Bas-Saint-Laurent. À sa droite se trouve un bateau et un drapeau du Québec qui flotte.

Le Bloc québécois veut reconquérir des bastions nationalistes, notamment dans le Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Marc Godbout

Le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie ont contribué à la survie du Parti québécois en octobre 2018. Complètement écarté de ces bastions nationalistes, le Bloc québécois veut les reconquérir grâce aux assises du PQ. Mais il fait face à des députés sortants respectés et appréciés.

Il est un peu passé 17 h. Guy Caron entre dans une salle. On sent très rapidement qu’il est en terrain ami. Il ne s’agit pourtant pas d’un rassemblement politique ou partisan.

Plus de 150 personnes âgées sont venues partager un repas dans ce club social de Rimouski, qui vise à briser l’isolement.

Il travaille fort pour nous, s’empresse de raconter une dame. En fait, tout le monde semble n'avoir que des éloges pour le candidat néo-démocrate et député sortant.

Au bout de la table, Lise Perron se décrit comme une fière souverainiste. Elle a voté pour le néo-démocrate Guy Caron auparavant. Elle avoue être déchirée.

Je ne veux rien savoir du turban. La position du chef sur la laïcité n’est pas claire. Si je vote pour Guy, ce sera parce qu’il a fait une bonne job. On verra.

Lise Perron, une électrice

À ses côtés, Jacques Roy exprime ce sentiment. J’ai peur que ce soit le Bloc qui passe. Je sens qu’il remonte ici. Mais je vais quand même voter pour lui, c’est plus important d’avoir un bon député.

Guy Caron en discussion avec deux personnes

Le député sortant et candidat du NPD, Guy Caron, discute avec des retraités dans un centre communautaire de Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Guy Caron avait réussi à faire une percée dans ce fief bloquiste lors de la vague orange de 2011. Le député de Rimouski-Neigette–Témiscouata–Les Basques est depuis devenu l'un des visages québécois du Nouveau Parti démocratique.

Pourra-t-il obtenir un troisième mandat? Guy Caron répond ainsi : Le Parti québécois était en chute libre lors de la dernière campagne électorale au Québec. Jean-François Lisée n’était pas le chef le plus populaire et, pourtant, Harold Lebel, du PQ, a doublé sa majorité ici.

Plutôt ironique, surtout que le député Harold Lebel a mis toutes les ressources de son réseau à la disposition du candidat bloquiste Maxime Blanchette-Joncas, pour déloger Guy Caron.

« Le PQ essaie de se sauver à travers le Bloc! »

Suzanne Tremblay n’a pas perdu son franc-parler. Elle reste tout aussi colorée que lors de son long passage en politique fédérale. À 82 ans, l’ancienne députée bloquiste, qui a représenté la circonscription pendant 11 ans, a fait le choix d’intervenir dans cette campagne.

Même si elle se dit toujours indépendantiste, elle n’hésite pas à appuyer publiquement le député sortant. Caron a démontré qu’il était un bon député et ce n’est pas à Ottawa que la souveraineté va se faire, tranche-t-elle.

Selon Mme Tremblay, les Québécois sont en train de se laisser aveugler. Les gens veulent voter pour Yves-François Blanchet. Mais dans les comtés, ce n’est pas des Yves-François Blanchet qu’on a. Ils ont trouvé des gens à la dernière minute, ajoute-t-elle.

Suzanne Tremblay, avec le fleuve Saint-Laurent en arrière-plan

L'ancienne députée du Bloc québécois, Suzanne Tremblay, appuie le candidat du NPD, Guy Caron.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Les gens ne le réalisent pas, mais il y a beaucoup de poteaux au Bloc.

Suzanne Tremblay, ancienne députée du Bloc québécois

Ce qui s’annonçait d’abord comme une lutte à deux entre le NPD et le Parti libéral pourrait prendre une autre tournure dans cette circonscription, avec la remontée du Bloc québécois.

Suzanne Tremblay y voit aussi une autre tendance : Le PQ essaie de se sauver à travers le Bloc. Jamais le PQ ne s’est occupé du Bloc comme il s’en occupe maintenant.

Trois personnes passent devant le bureau de campagne.

Des piétons passent devant le bureau de campagne du candidat du Bloc québécois Maxime Blanchette-Joncas, à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

L'ex-députée fait allusion à la machine péquiste du très apprécié député Harold Lebel, qui a mis toute la gomme pour faire élire le candidat bloquiste dans Rimouski-Neigette–Témiscouata–Les Basques.

Le même type d’opération est en cours dans la circonscription voisine, un autre bastion nationaliste et péquiste.

Notre dossier Élections Canada 2019

Autre parti, même adversaire

Avec quatre bureaux de campagne et un véhicule motorisé, le candidat libéral Rémi Massé a visiblement plus de moyens que sa rivale bloquiste. Il a aussi un bilan comme député sortant.

Sa victoire en 2015 avait mis fin à une absence libérale de plus de 30 ans dans la circonscription d’Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia.

Ils regardent la carte du comté d'Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia.

Le candidat libéral et député sortant Rémi Massé est en compagnie d'un membre de son équipe électorale.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Il répète que sa présence à Ottawa a permis à la circonscription d’obtenir des investissements de 165 millions de dollars et 221 emplois fédéraux supplémentaires, dont une centaine à l’Institut Maurice-Lamontagne qui avait grandement écopé sous Stephen Harper.

Rémi Massé a du mal à contenir son calme face à la menace bloquiste.

On veut nous faire croire que le Bloc québécois, c’est la solution aux régions. Ça me met en maudit!

Rémi Massé, candidat libéral dans Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia

J’ai confiance aux gens de chez nous, dit-il. Nos chiffres sont différents de ce que laissent entendre les médias et certaines projections. Je sais qu’il y a une majorité silencieuse.

Rémi Massé se bat en territoire péquiste, celui du chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé. C’est ici que l’appui au PQ était le plus élevé lors du dernier scrutin provincial, avec 69 % des voix, quatre fois plus que ce qu’avait récolté le parti à l’échelle du Québec.

Elle serre la main d'une cuisinière dans un restaurant de Saint-Adelme.

La candidate du Bloc québécois dans la circonscription d'Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, Kristina Michaud

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

La machine péquiste s’est mise à l’oeuvre pour fournir ici aussi une équipe de campagne à la candidate bloquiste Kristina Michaud.

Sans cet appui, elle serait pratiquement dépourvue de moyen. À 26 ans, Kristina Michaud était jusqu’à tout récemment conseillère politique de Pascal Bérubé. Jamais une femme n’a réussi à se faire élire au fédéral dans cette circonscription.

On souhaite qu’il y ait une corrélation entre le vote que j’ai obtenu et celui qu’elle pourrait obtenir, explique Pascal Bérubé, qui admet du même souffle que la circonscription est représentée par un député fédéral respecté, dynamique et engagé [...] mais je suis confiant que les gens vont vouloir voter avec leurs convictions. Kristina Michaud peut faire aussi bien.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, tout près de sa résidence de Matane.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, tout près de sa résidence de Matane.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Et au sujet des poteaux du Bloc, le chef péquiste réplique à Suzanne Tremblay : C’est n’importe quoi. Suzanne Tremblay se trompe. Il y a une équipe qui se révèle. La première force politique de l’Est-du-Québec, c’est les indépendantistes, et je pense que ça va paraître à l’élection fédérale.

Le candidat avant le parti?

Sur la promenade piétonne qui longe la rivière Matane, Suzanne Parent est sur le point d’aller voter par anticipation. C‘est de moins en moins facile d’y aller avec le Parti libéral. Je retourne au Bloc, confie-t-elle.

Mais Micheline Murray n’est pas prête à tourner le dos au candidat libéral. J’aime le travail de Rémi Massé. Il nous respecte et, de toute façon, le Bloc, c’est des affaires du passé, résume-t-elle.

Rémi Massé, lance Damien Gauthier, qui vient d’aller voter.

Un couple marche avec ses chiens à Métis-sur-Mer, en Gaspésie.

L'histoire a souvent démontré dans cette région que l'électeur aimait voter pour un candidat plutôt que pour un parti. Est-ce que ce sera différent cette fois-ci?

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Le candidat libéral admet ceci : Des gens me disent qu’ils ne votent pas Parti libéral du Canada, mais Rémi Massé. Pourquoi? Certains ne sont pas contents avec la légalisation du cannabis, d’autres avec la position sur la laïcité, d’autres vont dire qu’ils n’aiment pas notre chef.

L’histoire a souvent démontré, dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, que l’électeur préfère voter pour le candidat ou la candidate plutôt qu’un parti. Cette logique résistera-t-elle à la résurgence du Bloc québécois dans ses deux bastions nationalistes?

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