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Haïti : la mission des Nations unies prend fin malgré la crise

Le reportage d'Olivier Bachand

Photo : Reuters / Andres Martinez Casares

Radio-Canada

C'est mardi que prend fin la Mission des Nations unies pour l'appui à la justice en Haïti. La MINUJUSTH, cette opération de paix qui avait notamment comme objectif de renforcer les institutions judiciaires, se termine alors que le pays est en pleine crise sociale et politique.

La population haïtienne manifeste depuis des mois pour réclamer le départ du président Jovenel Moïse.

Corruption, pauvreté, pénurie de produits essentiels, les raisons de la colère sont nombreuses. Or c'est dans ce contexte que l'ONU retire ses billes pour laisser sur place un Bureau consultatif et politique.

La situation actuelle, c'est une situation d'anarchie dans le sens littéral du mot. Il n'y a pas de gouvernement, il n'y a pas de direction comme telle, il n'y a pas d'administration.

Franklin Midy, professeur associé au département de sociologie de l’UQAM

Lui, tout comme d'autres témoins de la politique haïtienne, est très critique envers ces missions onusiennes qui se succèdent depuis la fin de la dictature des Duvalier.

MINUSTAH (qui a pris fin en 2017), MINUJUSTH, rien de cela n’a empêché la situation de se détériorer, ajoute le professeur à la retraite. On se retrouve devant un gouvernement totalement corrompu et en même temps un État massacreur de la population.

Le sociologue Frédéric Boiron est du même avis. Mon analyse à moi, c’est que ça n’a rien changé, dit-il. Ce qu’il fallait faire en Haïti c’est l’implantation de la démocratie après le départ des Duvalier et cela n’a pas été fait.

C’est un échec et pas seulement pour l’ONU, mais aussi pour les dirigeants du pays qui n’ont pas pris leurs responsabilités pour s’assurer que ces missions correspondaient aux besoins du pays. Ça faisait leur affaire qu’une mission soit là, un peu fantôme, pour continuer à corrompre et à être corrompu.

Et ce ne sont pas les 15 000 policiers, notamment formés par des policiers canadiens, qui feront une différence sur la sécurité dans le pays. Cette police-là est dépassée, entre autres par l'ampleur des manifestations. Sur le plan du nombre de policiers, c'est insuffisant pour le territoire haïtien, explique Frédéric Boiron, qui estime que cette force est en train d’être récupérée par ceux qui sont au pouvoir afin de s'y maintenir.

Franklin Midy croit aussi qu'un tel phénomène est en cours. Demain, la MINUJUSTH se termine, mais la police est divisée et restera divisée, dit-il.

Pendant ce temps, la population haïtienne descend en masse dans les rues pour réclamer le départ du président Jovenel Moïse. Toute la société haïtienne est actuellement dans la rue, mobilisée, explique M. Midy. Toutes les institutions, toutes les églises, tous les artistes, les professeurs d’université. Tout le monde demande la démission de ce pouvoir pour qu’on puisse travailler à refonder la société haïtienne.

Les carottes sont cuites pour Jovenel Moïse.

Franklin Midy, professeur associé au département de sociologie de l’UQAM

La refondation de l'État haïtien, qui consisterait à mettre fin au système actuel et à rebâtir le pays sur de nouvelles bases, c'est aussi le credo du directeur du Centre international de documentation et d'information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne, Frantz Voltaire.

On se rend compte qu'il va falloir laisser les Haïtiens résoudre leurs problèmes, parce que jusqu'à présent, les interventions étrangères depuis 1994 n'ont pas abouti, malgré tout l'argent dépensé, conclut M. Voltaire.

Avec les informations d'Olivier Bachand et Nancy Caouette

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