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Un prix Nobel d'économie pour des travaux sur la réduction de la pauvreté

Le reportage de Maxime Bertrand

Photo : Getty Images / Jonathan Nackstrand

Agence France-Presse

Le prix Nobel d'économie a été attribué lundi à Esther Duflo, Abhijit Banerjee et Michael Kremer pour leurs travaux sur la réduction de la pauvreté dans le monde.

La Française Esther Duflo, son mari américain d'origine indienne Abhijit Banerjee et l'Américain Michael Kremer ont introduit une nouvelle approche [expérimentale] pour obtenir des réponses fiables sur la meilleure façon de réduire la pauvreté dans le monde, a annoncé à Stockholm le secrétaire général de l'Académie royale des sciences, Göran Hansson.

Au milieu des années 90, Michael Kremer, 54 ans, professeur à l'Université d'Harvard, a démontré à quel point cette approche peut être puissante en utilisant des expériences de terrain pour tester diverses interventions susceptibles d'améliorer les résultats scolaires dans l'ouest du Kenya, explique l'Académie.

Esther Duflo s'est fait un nom en conduisant des recherches avec Abhijit Banerjee, 58 ans, qui fut son directeur de thèse, sur des communautés pauvres d'Inde et d'Afrique, pour mesurer l'impact réel de micropolitiques. Leurs méthodes de recherche expérimentale dominent désormais l'économie du développement.

Grâce à eux, plus de cinq millions d'enfants en Inde ont bénéficié de programmes efficaces de soutien dans les écoles et de nombreux pays ont débloqué d'importantes subventions pour la médecine préventive.

Malgré de récentes et importantes améliorations, rappelle toutefois l'Académie, l'un des défis les plus urgents de l'Humanité est la réduction de la pauvreté dans le monde, sous toutes ses formes. Quelque 700 millions de personnes vivent encore dans l'extrême pauvreté, selon la Banque mondiale.

Esther Duflo, professeure d'économie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), est l'une des économistes les plus célébrées dans le monde, notamment aux États-Unis. Récipiendaire en 2010 de la médaille John Bates Clark, elle est seulement la seconde femme à recevoir le prix Nobel d'économie après l'Américaine Elinor Ostrom en 2009.

Je suis très honorée. Pour être honnête, je ne pensais pas qu'il était possible de gagner le Nobel aussi jeune, a réagi l'économiste qui devient à 46 ans la plus jeune des lauréats du prix d'économie.

Seule femme honorée de l'édition Nobel 2019, ses travaux lui avaient valu en 2013 d'être choisie par la Maison-Blanche pour conseiller le président Barack Obama sur les questions de développement, en siégeant au sein du nouveau Comité pour le développement mondial.

Notre vision de la pauvreté est dominée par les caricatures et les clichés, expliquait-elle dans un entretien en septembre 2017.

Interrogée en anglais lundi sur ce qu'elle fera de la somme de neuf millions de couronnes suédoises (environ 1,2 million de dollars canadiens) à partager entre les lauréats, Mme Duflo a répondu : À l'âge de 8 ou 9 ans, j'ai lu une biographie de Marie Curie, et quand elle a eu son premier prix Nobel elle a acheté un gramme de radium. [...] J'imagine que nous allons discuter tous les trois pour savoir ce que sera notre gramme de radium.

Dernier né des Nobel, le « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel » a été créé en 1968 pour célébrer les 300 ans de la Banque de Suède.

Il avait été attribué en 2018 aux Américains William Nordhaus et Paul Romer, qui ont décrit les vertus et nuisances de l'activité économique sur le climat.

Les autres Nobel 2019

Après une édition 2018 funestement exceptionnelle du fait du report du prix de littérature, la saison Nobel 2019 n'aura guère soulevé de passions ni suscité de polémiques par-delà la consécration de l'écrivain autrichien Peter Handke.

L'auteur de L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty est honni dans une partie des Balkans pour ses positions pro-Serbes et sa présence en 2006 aux funérailles de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, accusé de crimes contre l'humanité et de génocide.

Son prix a relancé un débat ancien, récurrent en France avec le cas Céline, sur la séparation entre l'œuvre d'un écrivain et son engagement politique. Sommé d'y répondre, le président du comité Nobel de l'Académie suédoise qui décerne le prix l'a tranché d'une formule : Handke n'est pas un écrivain politique.

Comme la critique s'y attendait, le prix de littérature 2018, reporté d'un an après un scandale d'agressions sexuelles en plein mouvement MeToo, est revenu à une femme, la Polonaise Olga Tokarczuk.

L'Académie suédoise, laminée par cette affaire dans laquelle un Français marié à une académicienne a été condamné à deux ans et demi de prison pour viol, n'avait qu'un objectif en tête cette année : faire le moins de vagues possible et revenir au « style » alors que les devanciers d'Olga Tokarczuk et Peter Handke avaient froissé les défenseurs des belles lettres, Bob Dylan (2016), trop « pop » et pas assez littérateur à leurs yeux, Kazuo Ishiguro (2017), trop « grand public ».

Annoncé à Oslo, le prix de la paix a opté pour un choix dit « classique » avec le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, artisan d'une réconciliation spectaculaire avec l'ex-frère ennemi érythréen.

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